Blogborygmes

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

jeudi 5 septembre 2013

AndiamoPotemkine





Huguette, debout sur un tabouret branlant, nettoie « ses » carreaux. C’est une petite femme sans âge, les cheveux grisonnants, toujours une réflexion acerbe prête à sortir de sa bouche édentée.

Claude l’a épousée il y a quarante-cinq ans… Quarante-cinq ans déjà ! Certes on ne peut pas dire qu’elle aie inventé l’eau tiède, mais à vingt ans elle était mignonne, un peu ronde : « abondance de biens ne nuit pas » se plaisait-il à dire.

Il l’avait épousée un peu par obligation : une soirée au Moulin de la Galette, rue Lepic, une bouteille de mousseux, deux tangos, trois slows, on va prendre l’air et on se retrouve les pattes en l’air dans la deuch garée un peu plus loin. La suite, vachement banale : enceinte, un mariage vite fait. Dans les années cinquante, on ne badinait pas avec ces choses-là, Monsieur ! On « réparait » et c’est tout !

Une petite Jeanine née sept mois après le mariage. « Tout va si vite de nos jours » disaient les grands-parents un peu gênés !

Au début, ils ont habité un deux-pièces à Aubervilliers, au premier étage d’un immeuble correct et bien entretenu. Puis, en 1960, Adrienne Pageon, la maman d’Huguette, est décédée, suivie de près par Auguste Pageon, son époux. Alors Huguette, Claude et la petite Jeanine ont emménagé dans l’appartement des parents, un trois-pièces-cuisine situé au 14 de la rue Chappe à Montmartre, que le papa d’Huguette avait acquis à grand peine après une vie de labeur. Seule enfant, Huguette en avait hérité.

Elle est là, frottant ses carreaux, le chiffon dans une main, dans l’autre le produit miracle qui fait reluire tout ce qu’il touche ! Elle a vu ça à la télé : une nana gaulée comme une Ferrari, un coup de spray et hop, la gazinière cradingue prête à réintégrer les stands « Darty » ! Comme neuve, la gazinière… Elle y croit, Huguette, dur comme fer ! Des sprays, des pâtes miracles, des liquides plus ou moins visqueux, il y en a plein les étagères !

C’est comme ses crèmes à la con sensées lui apporter la jeunesse éternelle ! « Avec ses rides et sa peau tannée, elle devrait acheter des sacs de plâtre » pense Claude en la voyant étaler copieusement des tartines de crème parfumée au patchoulli, ou pire au cuir de Russie. Claude a horreur des parfums, une sorte d’allergie, alors elle le fait exprès, juste pour l’entendre éternuer !

Pareil avec la cuisine, elle ne s’emmerde pas : surgelés, surgelés, surgelés et, de temps en temps, un effort, l'ouverture d'une boîte de conserves.

Enfin, hier, elle a dépassé les bornes : sur ARTE passait « le cuirassé Potemkine », le chef-d’œuvre d’Eisenstein. Claude, afin d’avoir la paix, la laisse toujours choisir le programme, mais là, il tenait à revoir ce film…

- Quoi ? J’en ai rien à foutre d’Einstein ! Il ferait mieux de s’occuper de son cul !

- Pas Einstein, Eisenstein ! Et puis Einstein était un physicien, Eisenstein était un grand cinéaste, ce film est un pur chef-d’œuvre !

- Rien à foutre ! Ce soir, il y a « trou de serrure », une télé-réalité tellement bien pipeautée qu’on croirait voir les deux orphelines, pas question que je loupe « MON » émission !

Et Claude s’était farci ce lot de conneries puis, vers 9 h 45, était parti se coucher. Huguette avait alors monté le son, juste pour l’emmerder.

La musique, les cris, les beuglements des hystéros, tout passe à travers la mince cloison ! Il ne dort pas, il lui revient cette phrase qu’elle lui hurle toujours au cours de leurs nombreuses engueulades :

- N’oublie pas que tu es « CHEZ MOI » ! Si ça ta plaît pas, tu te casses !

Afin de faire l’extérieur de la fenêtre, Huguette se tourne légèrement, Claude se lève puis, brusquement, pousse Huguette. Un grand cri. Le bruit sourd d’un corps qui atterrit sur le toit d’une Clio…

Les pompiers sont arrivés les premiers, suivis d’un Samu. Elle a été conduite à l’hôpital Saint-Antoine tout proche, au service « réanimation ». Bien sûr, les flics ont enquêté. Rien de suspect, le truc banal en somme : Madame nettoie ses carreaux, juchée sur un tabouret bancal, elle se penche un peu trop et c’est vole, vole, papillon !

Bien sûr, Claude est allé à Saint-Antoine voir sa « chère » épouse, plus afin de ne pas éveiller les soupçons que par compassion, et encore moins par amour ! Au bout de six jours de soins intensifs, Huguette est sortie de « réa ».

Le chirurgien qui l’a opérée a prévenu Claude :

- La colonne a été touchée au niveau des lombaires, la mœlle épinière aussi, et malgré nos efforts votre femme ne remarchera pas, Monsieur Magnard, nous l’avons informée.

Elle a voulu une chambre seule. Dès la première visite, son regard haineux s’est porté sur Claude.

- Je sais que tu m’as poussée… Je t’ai vu, ordure !

- Mais… Mais…

Ferme ta gueule ! Je sais ce que j’ai vu ! Je ne dirai rien aux cognes, j’ai pire que la taule comme punition : tu vas t’occuper de moi, me porter, me laver, m’emmener aux toilettes, me sortir, et t’as pas intérêt à renauder sinon je balance tout aux lardus. Je leur dirai que tu me menaçais, enflure !

Alors, tous les jours, Claude s’en est occupé : la toilette, l’habiller, et pratiquement tous les après-midi descendre le fauteuil roulant d’abord, puis Huguette ensuite, l’installer, et la promener sur les pavés disjoints de la butte, les côtes de plus en plus pénibles, et elle…. elle et son rire édenté…

-T’en chies, hein, enfoiré ! T’en chies, j’espère !

Mai…. Le printemps est là, sur la butte aussi, quelques rares lilas blancs passent par-dessus les vieux murs de pierre des petites maisons anciennes appartenant à des privilégiés. Claude, sous l’exigence de son acariâtre épouse, a poussé le fauteuil près du Sacré-Cœur. Le square Nadar et ses bancs si bucoliques, le grand escalier faisant face à la Basilique, les courageux le montent à pied, les autres prennent le funiculaire.

Claude s’est assis sur l’un des bancs, il venait là autrefois avec celle qui était sa fiancée, ils passaient des heures à se bécoter ! Claude s’est levé a poussé le fauteuil, au passage un bref regard au Chevalier de la Barre, statue en bronze à l’entrée du square… Ils sont là, face aux escaliers.



Lentement Claude a sorti une banane de sa poche, il l’épluche tranquillement sous le regard mauvais d’Huguette.

- Qu’est-ce que c’est que cette fantaisie de bouffer une banane le matin ?

- Tu sais, connasse...

- QUOI ?

- Ne m’interromps pas, je te prie… Dans le film d’Eisenstein « le cuirassé Potemkine », il y a une scène, un « classique », au cours de laquelle un landau dévale un escalier au cours d’une émeute. Cette scène est cultissime. Et bien, mon bel amour, tu vas la refaire rien que pour moi !

Claude a jeté la pelure de banane au sol, il a posé le pied dessus, a fait mine de glisser en poussant un grand cri, s’est affalé sur les pavés, tandis que le fauteuil part dans le grand escalier pour un « remake » inoubliable du cuirassé Potemkine…


jeudi 29 août 2013

BlutchComment réussir quand on est con et pleurnichard

Comment réussir quand on est con et pleurnichard.

(Ou la chronique un peu pocharde du Baron qui écluse sec.)

Avertissement et dénonciation :

C’est rien que la faute à Célestine si ce texte existe, l’idée originelle étant la sienne.

Il peut paraître un peu bizarre dans sa construction et sa syntaxe. Les plus futés des lecteurs de Blogbo (heu oui, tout le monde, bien sûr… pourquoi, il y avait des doutes ?) auront découvert qu’il cache des titres de films.

La chasse est ouverte, combien, lesquels et qu’ont-ils en commun ?

Tous hélas ne sont pas des chefs-d’œuvre, au sens tambourrinesque du terme. Mais certains ne dépareraient pas dans sa galerie de charades… Et j’en suspecte même bon nombre de faire partie de son panthéon.



En ce début de canicule, un incorrigible marginal m’a fait une embrouille.

Hier, au 125, rue Montmartre, ce fut la chasse à l’homme. Je n’en suis sorti d’une courte tête en me plongeant dans le gas-oil. J’ai bien failli bouffer les pissenlits par la racine avec ces barbouzes.

Maintenant, cette bande de misérables, je les garde à vue, jusqu’au dernier. En bon professionnel plus question de leur tourner le dos.

C’était une sacrée entourloupe que me fit Fleur d’oseille. Ah, j’te jure, la française et l’amour…

Elle te joue les amours célèbres, et après tintin : elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais elle cause, elle cause tant et plus que la Babette s’en va-t-en guerre, tu te croyais le pacha de la dame et tu te retrouves guignolo avec des tontons flingueurs aux trousses. Un sacré retour de manivelle, ça tu peux me croire.

D’accord, je suis un incorrigible cavaleur, toujours prêt à faire le singe en hiver. Mais ne nous fâchons pas tout de même, je ne suis pas ce grand escogriffe, cet animal sexuel qui a le sang à la tête dès que le rouge est mis et que la dame te joue les gaietés de l’escadron avant de se fondre dans le désordre de la nuit.

Est-ce bien raisonnable que la petite vertu de la dame te fasse coucou, c’est moi, ta petite France… Alors moi, le président des locdus de gueuler dans le rade « vive la France ! » pendant qu’elle se barrait…

Il y a toujours un moment où le cave se rebiffe. Les bons vivants, faut pas les pousser tout de même. C’est que depuis cette histoire, elle cause plus, elle flingue. Elle te la joue anar.

Chez elle, maintenant, le drapeau noir flotte sur la marmite.

Mais attention à Raoul. Elle veut la guerre, alors je passerai sur le corps de mon ennemi.

Mais avant la vengeance, écoute le cri des cormorans le soir au dessus des jonques…

dimanche 25 août 2013

AndiamoLe gluant

Âmes sensibles, Mamans vertueuses s’abstenir !!

La demi-queen a dépoté le gluant !! Pas de quoi en faire un cake, R.A.B., non, non, ça n’est pas le début de Rabbit !

Oui, je ne les aime pas, tout comme eux nous détestent royalement, alors on ne va pas se gêner !

Il y en a un que j’aime bien c’est Charles et ses feuilles, on dirait un taxi en maraude !

J’explique le taxi en maraude : autrefois les taxis parisiens étaient munis d’un boîtier fixé près de la portière avant gauche du taxi. C’était un boîtier en alu, muni d’une espèce de petit rectangle en alu lui aussi sur lequel était écrit "libre". Quand le taxi était libre, le chauffeur abaissait cette languette ainsi on voyait si le véhicule pouvait être hélé ! Hélé pas belle la vie ?

Alors le Parisien bon teint comparait un mec attigé des esgourdes en le qualifiant de « taxi en maraude » et voilà !

Donc ce grand con de Charles aurait déclaré à Camilla : « je voudrais vivre dans ta petite culotte ». Voilà qui est sympathique ! Biscotte l’autre, sa première épouse, elle était peut-être gironde, mais peut-être que dans le déduit elle ne valait pas un coup de stout (bière rousse) , Et Charlot premier n’est sans doute pas un constipé du kilt !

Son fiston, il n’est pas mal non plus… Non, pas chailles de poney, l’autre, Harry tas d'rouille, il se murge et finit à loilpé ! Voilà qui est sympa aussi !

Et l’autre, le British, il tient la Froome ! Il monte les côtes sans pédaler ! Je l’ai vu escalader le Ventoux sans décoller de la selle, moi je pense que c’était afin que l’on ne voit pas les seringues qu’il avait au cul …Mais bon, ça n’engage que moi, dans quelques mois, il avouera lui aussi avoir marché à l’eau pas très claire, il rendra son p’tit maillot jaune, les sous qui vont avec, en attendant il aura eu droit au GODE SAVE ça COUINE sur les Champs Elysées… Grevure !

Ouais, vous allez penser que je ne les aime pas ? Ben... C'est vrai ! Eux non plus ne m’aiment pas, NA !

dimanche 18 août 2013

celestineMa baie des anges

Il ne vous aura pas échappé que je ne sais rien refuser aux tenanciers de ce blog protéiforme (j’aime bien ce mot, ça fait toujours bien dans une conversation, essayez, vous verrez. Ca en jette. ) Bref, après la Baie de Somme de l’Ancêtre (vous noterez la majuscule déférente) on me somme d’écrire ma Baie des Anges. Je m’exécute avec d’autant meilleure grâce que ce n’est quand même pas une corvée.

Mes origines en patchwork me font balancer comme un métronome entre deux fougues : Italienne du côté de ma mère et Irlandaise du côté d’un copain à mon père. (Meuh nooon, papa, je plaisanteuh ! )

Bref cette double tare fait que j’ai la tête près du bonnet (phrygien), toujours prompte à m’enflammer au propre comme au figuré, un tempérament de feu, à côté duquel les éruptions du Vésuve ne sont que des pétards mouillés un quatorze juillet pluvieux sur la plage de Malo-Bray-Dunes.

Ce grand préambule (de savon) pour vous esspliquer pourquoi on peut avoir comme ma moman des ancêtres italiens, de l’époque où Nice et la Savoie n’avaient pas encore été l’objet du Traité de Turin, tout en étant une Niçoise pur jus. Elle pratique encore couramment le Nissart, et parle avec ce délicieux accent remis au goût du jour par Mado la Niçoise, et qui n’a rien à voir avec les autres accents du sud. J’ai grandi en croyant que ses expressions étaient comprises par tous, du nord au sud de l’hexagone. Comme par exemple « j’en ai une fourre ! » qui signifie « je suis fatiguée, j’en ai plein le dos ». Ou encore « Celle-là de ficanasse ! » pour parler d’une qui se mêle des affaires des autres. Ou pour parler d’un type pas riche, « celui-là, il a pas quatre sous pour faire baler un gari » ce qui peut se traduire littéralement par il n’a pas d’argent pour faire danser un rat…

Je vous laisse imaginer mes premiers dialogues avec les copines en arrivant à l’école communale dans la ville de garnison où je suis née, grâce aux aléas de la vie d’artiste de mon père…. Forte des enseignements de ma mère, sur le quai de Rauba Capeu, par exemple, je n’ai jamais fait l’erreur que font les « estrangers » en le traduisant par « robes et chapeaux ». En réalité, le vent y est si fort qu’il vole le chapeau.

Ma mère me racontait aussi l’histoire de cet Anglais qui demandait à un Niçois « Do you speak English ? » et qui répondait « Noun, you aspeto lou tram » ce qui voulait dire, non, moi, j’attends le tram. Tram qui refait son apparition après avoir été supprimé…souvent hommes varient ! Segure que vaï ! D’ailleurs, ma mère connaît tellement d’histoires, parfois je me dis que je devrais les écrire avant qu’elle s’en aille.

Nice est comme une jolie femme, son collier de perle brille le long de la Promenade des Anglais, elle semble un peu prétentieuse sous ses beaux atours, mais elle recèle des trésors bien cachés à ceux qui savent lui parler gentiment. J’y ai connu d’insouciantes vacances sur les gros galets ronds de la grève, bercée par le parfum du mimosa de la bataille de fleurs, au Carnaval. J’aime encore me balader Rue de France et arpenter le Boulevard Carabacel où mon père et ma mère se sont connus, d’après la légende…

Dépassez donc le stade du Japonais moyen, qui va rester des heures sur la place Masséna, la Prom et l’Avenue de la Gare devenue Jean Médecin (A Nice, pour qui vos tétons ? pour mes deux seins, ha ha, la vieille blague qui circulait au moment des élections !) et laissez-vous embarquer dans le vieux Nice, où, si vous évitez les restaurants –pièges-à-touristes du Cours Saleya, vous pourrez déguster à des adresses un peu secrètes les fameuses spécialités niçoises.

La vraie salade, avec les olives de Nice, toutes petites, et marron clair, le vrai Pan Bagna,(sans concombre !) les beignets de fleurs de courge, ou de fleurs d’acacia, la pissaladière, la ratatouille et l’inénarrable socca, sorte de galette de pois chiche qui se déguste grillée comme un péché avec un verre de rosé. Et puis, les panisses, les gnocchi, les ravioli, les cannelloni maison et surtout, les petits farcis. Tomates, courgettes rondes, aubergines, poivrons, pommes de terre. Tout se farcit à Nice. Bref, rien que d’y penser j’en pleure tellement c’est bon.

Pour digérer vous pouviez aller faire un tour aux Arènes et jardins de Cimiez pour écouter un concert de Jazz. Je parle à l’imparfait, car hélas, ce lieu magique, vestige gallo-romain qui donnait à la musique une poésie étrange a cessé d’exister, au nom de la sacro-sainte « rentabilité », sous prétexte de la non moins sacro-sainte « sécurité » on ne sait jamais, c’est vrai qu’on n’est pas à l’abri d’une fracture du coccyx sur les vieilles pierres deux fois millénaires… En 2010, ce fut un dernier concert bien nostalgique, entaché par cet arrêt de mort prononcé par la Mairie.

La Mairie…ciel, je ne sais pas si j’en parle ! Les vieux Niçois, eux, (mais il n’y en a plus guère) pleurent de voir leur ville devenir la proie des ambitieux, des snobs parvenus et des promoteurs et, n’ayons pas peur des mots, mais ayons peur des maux, de la voir glisser peu à peu vers le bord extrême où il vaut mieux être riche, blanc et en bonne santé que pauvre noir et malade. Chiotti et Estrozizi ont bien compris le truc ; ils se servent de la splendeur de la Baie pour servir leurs appétits démesurés de pouvoir. Nice, tremplin à ministres…A sinistres, oui !

Et pourtant, dans mon cœur, Nice restera Nissa la Bella, éternellement. C’est une ville qui me rend belle. J’y suis bien, elle s’accorde à mon teint et à mes yeux. Et souvent, écrivis-je un jour, je me prends à rêver de Nice, ma ville phare, mon étape, mon escale depuis toujours. Nice de mon enfance, son collier de perles, ses eaux turquoises, son marché aux fleurs. On est à une ville comme à ses souvenirs, attaché à jamais par des liens invisibles et puissants. Et on y revient par intermittence jusqu'à ce qu'un jour, enfin, on décide de s'y retirer pour son dernier face à face avec la vie. Je sais que mon chemin me ramènera vers ses ruelles, son ciel anglais, son air doux et humide, quand, dans quelques décennies, l'appel des bateaux du vieux port et des flâneries dans le Vieux Nice s'imposera comme une évidence. Alors je reprendrai mon voyage au pays de Nucera, interrompu durant la parenthèse enchantée qu' aura été toute ma vie. Et je partagerai mes jours entre la mer et la montagne, entre la plage et les sommets, la côte et l'arrière-pays, faisant du délicieux contraste de cette région une façon unique de ne jamais s'ennuyer.

lundi 12 août 2013

AndiamoBalade en baie de Somme

Certes ça n’est pas la baie des Anges, ni Copacabana, mais par contre c’est beaucoup plus sauvage !

Cette baie est située à l’estuaire du fleuve côtier la Somme, ce fleuve a donné son nom au département. Je viens d’apprendre qu’à l’âge de pierre ce fleuve était aussi important que le Saint Laurent ou l’Orénoque ! Incredible comme on dit de l’autre côté de la Manche justement.

Hélas la baie s’ensable inexorablement, les ports de Saint Valéry, du Crotoy, et du Hourdel, n’abritent que très peu de chalutiers, il y a encore une trentaine d’années, ils en regorgeaient, les eaux saumâtres de la baie abritent de nombreuses espèces de poissons, et de coquillages.

A chaque marée un courant violent envahit la baie, modifiant sans cesse les emplacements des bancs de sable, qui forment des hauts fonds sur lesquels il ne ferait pas bon s’échouer. C’est pour cela que des bateaux spécialisés sillonnent chaque jour la baie afin de placer les bouées aux bons endroits, pour matérialiser le chenal.

Tout proche le parc de Marquenterre réserve ornithologique magnifique, je l’ai visitée il y a quelques années, elle comporte des « cabanes » permettant de photographier les oiseaux sans toutefois les déranger…

On peut embarquer à bord du bateau « commandant Charcot » pour une visite de la baie, classée site protégé depuis peu. On embarque depuis Saint Valéry sur Somme, pour rejoindre la pointe du Hourdel, qui abrite (ça va faire plaisir à Blutch) de nombreuses espèces d’oiseaux marins, on y trouve également des veaux marins (mais non pas votre voisine prenant un bain de mer !) et des phoques… Pas des pédés, les autres avec des petites nageoires…

Allez on embarque ?

Le long de cet estuaire on voit de jolies maisons, résidences bourgeoises datant de la fin du XIX ème siècle, début XX ème, cette côte assez proche de Paris attirait les citadins en mal de grand air et de bains de mer ... La mode des baignades en mer venait d'être lancée.

Vieillottes, un tantinet désuètes... Mais tellement belles !

Voilà la visite est terminée, c'était un ch'tiot billet de vacances....

Les deux premières images ont été chourrées sur le WEB, les autres sont de votre serviteur.

mardi 6 août 2013

Saoul-FifreTous des voleurs

Plus difficile que moi en melons tu meurs. Exigeant sur la qualité. En fait mon père était producteur de melons en Algérie (entre autres). Et puis vous savez ce que c'est, ah non vous êtes presque tous parigots-bouches-de-métro, mais un enfant de cultivateur on attend de lui qu'il finisse les invendus, ça fait partie du contrat qu'on lui a fait signer avec son sang à la maternité.

Ah j'en ai bouffé du melon trop mûr ou bien malade ou bien ligneux, fallait pas gaspiller, tu sais combien on aurait pu le vendre, un beau melon comme ça, ingrat, t'y comprends rien, tu connais pas ton bonheur. Chez nous, on mangeait pas des "tranches" de melon, c'était chacun son melon, voire SES melons, voire SA cagette, quand l'adéquation entre la production et la consommation avait connu un blême dans le prévisionnel.

T'avais intérêt à aimer le melon, quoi ? J'aimais le melon, moi, mais avec leurs histoires comme quoi c'était OBLIGATOIRE d'aimer le melon, ben ça me coupait l'envie. Putain comment ça les choquait, de me voir chipoter sur le melon, c'était leur destin, leur gagne-pain, t'imagines que mes caprices fassent tâche d'huile, se répandent, deviennent à la mode, que les gens me choisissent comme guru de l'antimelonisme, qu'à chaque fois qu'une fille arrive à convaincre un nouvel adepte de la diabolicité du melon, elle obtienne une nuit entière avec moi ? La chair de leur chair qui les mène à la ruine, à la désolation, à la jachère ? Faut aussi se mettre à leur place, merde.

L'amour familial connait des Hoo et des Baah, j'en sais quelque chose, mes enfants crachent par terre et dans ma direction à chaque fois qu'ils ne peuvent faire autrement que de me croiser, et pourtant je ne les ai jamais forcé à bouffer du melon, alors vous imaginez le regard peu amène de mes géniteurs envers le traitre à leur race que j'étais, d'autant que je laissais sadiquement à mon écorce 2 bons centimètres de chair tout à fait délicieuse, mes frères et sœurs plus mieux civilisés que moi la rongeant jusqu'à l'os, couvés énamoureusement des yeux, reconnus comme leurs dignes rejetons, solidaires dans l'adversité économique et fidèles à la mémoire génétique.

Testard comme vous me connaissez, je ne risquais pas de tomber par faiblesse dans aucun chantage affectif et je finis par m'enfermer dans une bulle psychotique d'où le melon était absent.

Et puis, les années passant, 69 en particulier, année érosive, j'acceptai d'y ouvrir quelques brèches, me déclarant à ma propre stupéfaction amateur de BONS melons. Je les sniffais longuement et précautionneusement avant d'y porter une dent méfiante puis d'y puiser un réel plaisir. Mon père aurait enfin connu le soulagement dû aux cœurs justes mais il n'est plus là. Et ma mère le pourrait encore mais si je lui crie au téléphone : "Je remange du melon", j'ai peur qu'elle me réponde : "Quoi ? Alain Delon a un ranch ?".

Tout ça pour vous dire que notre fournisseur de melons est un arabe, et non l'inverse, je la fais d'entrée de jeu pour vous éviter les affres de l'hésitation au seuil de l'atteinte la plus illicite du sacro-saint politiquement correct. Et ses melons sont superbons, 3 pour 2 €, nan je suis vraiment dégueulasse de vous narguer comme ça, ils ont une cabane en planche au bord de la N113 et ils vendent les fruits de pleine saison, soi-disant pour les touristes mais en fait c'est beaucoup les indigènes du coin qui viennent se ravitailler.

L'autre jour j'avais un RV avec mon homéopathe, c'est un vrai docteur mais comme il est pas conventionné, je sais que quand je le paye en liquide sans lui demander de feuille de remboursement il est vachement content, alors j'étais parti avec 2 billets de 50 euros dans ma poche. Ça parait cher comme ça mais j'y vais qu'une fois par an maximum et puis lui, il me guérit au moins, je ressors pas plus malade que je suis rentré, comme j'en connais qui préfèrent aller chez des collègues à lui.

Je m'arrête devant la cahute, je choisis mes melons en leur reniflant le cul, la méthode est universelle et peut être extrapolée à moultes situations où une décision cruciale est nécessaire, je paye et je remonte dans mon carrosse, que je fais démarrer.

L'arabe lève son index pour me faire signe de l'attendre, je baisse ma vitre, il s'approche et me dit d'un air timide : "Vous aviez de l'argent quand vous êtes arrivés ?". Je réponds : "Ben oui, j'avais 2 billets de 50 € dans la poche...". "Ah ben c'est les vôtres alors, tenez !"

Tous des voleurs !

mercredi 31 juillet 2013

AndiamoL'homme des bois

L’homme des bois…

C’est ainsi qu'on appelait un pote de classe. Son patronyme commençait par « M » : je vais donc l’appeler Maurice…

Maurice était un grand gaillard, la tronche fendue en deux, toujours la banane ! Sapé façon craspouille, pas de chaussettes, tous les matins il devait se filer la tête contre le mur afin de se coiffer, à moins qu’il ne se colle un pétard dans les ronces et qu’il allume la mèche !

Aujourd’hui, il serait à la mode, mais dans les années cinquante pas trop ! C’était la coupe à la « Branlons Mado » qui faisait fureur ! Mécolle, avec mes douilles frisées façon Rital, j’étais dans l’sac !

Donc revenons à Maurice. Ce mec, je ne l’ai jamais vu sortir un cahier ou prendre des notes, toujours le dernier de la classe, je le talonnais, sans toutefois réussir à lui chourer sa place. Il y tenait au Godin, bien chaud l’hiver, dans ces classes hautes de plafond et difficiles à chauffer avec leurs nombreuses fenêtres. Moi, je l’aimais bien, l’homme des bois, gentil, poli avec tout le monde, pas bavard, présent mais glandeur comme c’est pas possible.

En fait, il avait tout compris Maurice : il avait adopté l’attitude du parfait crétin, le sourire, l’amabilité, le silence, incognito, furtif je dirai… Voilà, il avait inventé l’élève furtif bien avant les avions du même type ! Une pointure, ce mec, quand j’y songe…

Les profs aussi l’appelaient « l’homme des bois » : on aurait dit qu’il sortait d’une hutte de charbonnier de l’époque moyenâgeuse ! Non content d’être négligé, le gant de toilette chez lui ne faisait que passer… Ses fringues schmouttaient la vieille sueur. Mais bon, on n’ allait pas en faire un cake. La guerre étaient finie depuis peu et on était habitués à manquer de baveux, de fringues et tout le reste !

Aujourd'hui, ils font la gueule s'ils n'ont pas des niques, des t'as dit l'as, ou des cons verts !

Quelques années plus tard, pris de remords quant au peu d’attention que j’avais porté à mes pauvres études, je m’inscrivais au cours de dessin industriel.

Ces cours étaient dispensés gracieusement le samedi après-midi et le dimanche matin. Au passage, j’allais à la gambille toute la nuit le samedi. Quand j’arrivais après deux ou trois heures de sommeil aux cours, le garenne n’était pas très frais !

Un beau matin (z’avez remarqué ? On dit toujours un beau matin dans les histoires, JAMAIS : un matin pourrave !)... Un beau matin donc, je vois débouler dans la salle un grand mec : costard gris anthracite, cravate, tronche fendue en deux… L’homme des bois, m’écriai-je !

Il vient vers moi me dit bonjour, et moi la mâchoire pendante :

- Putain, KESKITARRIVE Maurice ?

- Rien de particulier, je suis venu saluer Monsieur « X » qui était mon prof. De dessin indus.

- Tu es dessineux ?

- Non, maintenant, je continue mes études afin d’être ingénieur !

- %^¨$£**µ// ; ???

- T’as l’air surpris ?

Moi l’air crétin (naturel en somme) :

- Ben oui ! Écoute, Maurice, à l’école, tu étais franchement nul ! Moi, j’étais pas loin, d’accord, mais comment tu as fait pour intégrer une école d’ingénieur ?

- Facile, je comprenais tout ce que les profs racontaient, mais ça m’emmerdait d’écrire, je suivais parfaitement les cours… Et puis je m’y suis mis, et voilà !

Je ne sais pas si ce Maurice était ce qu’on appelle un « surdoué » mais ça lui ressemblait bougrement ! Mais en matière de « foutage de gueule », c’était une pointure assurément.

< 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 61 62 63 64 65 66 67 68 69 70 71 72 73 74 75 76 77 78 79 80 81 82 83 84 85 86 87 88 89 90 91 92 93 94 95 96 97 98 99 100 101 102 103 104 105 106 107 108 109 110 111 112 113 114 115 116 117 118 119 120 121 122 123 124 125 126 127 128 129 130 131 132 133 134 135 136 137 138 139 140 141 142 143 144 145 146 147 148 149 150 151 152 153 154 155 156 157 158 159 160 161 162 163 164 165 166 167 168 169 170 171 172 173 174 175 176 177 178 179 180 181 182 183 184 185 186 187 188 189 190 191 192 193 194 195 196 197 198 199 200 201 202 203 204 205 206 207 208 209 210 211 212 213 214 215 216 217 218 219 220 221 222 223 224 225 226 227 228 229 230 231 232 233 234 235 236 237 238 239 240 241 242 243 244 245 246 247 248 249 250 251 252 >