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mercredi 5 février 2014

AndiamoLa dérive des incontinents

1955... Ils sont trois. Ce ne sont plus trois petits enfants qui s'en vont glaner aux champs, mais trois vieillards qui glandent dans un "mouroir", on les appelait "hospices" autrefois, ça y sentait la pisse effectivement. De grands dortoirs séparés par un couloir, un côté pour les femmes, l'autre pour les hommes.

Eugène, Louis et Fernand : un peu comme dans les "vieux de la vieille". Ils sont dans cette grande bâtisse, ça n'est pas "Gouyette" comme dans le roman de René Fallet adapté par Gilles Grangier à l'écran, mais ça lui ressemble !

Ah ! On s'emmerde ferme chez les sœurs de la charité, dans ce coin de la Picardie près de Grandvilliers, quand on a arpenté la grand' rue, fait une petite halte chez Robert histoire d'écluser un canon et taper le carton une paire d'heures en ressassant les mêmes histoires...

Celles de la grande guerre, la vraie ! La seule qui vaille, où l'engagement au corps à corps était de mise, à la baïonnette nom de Dieu ! Tu voyais crever le mec en face, les yeux dans les yeux, l'horreur, lui en vert de gris, toi en bleu horizon ! De quoi faire de jolis rêves toute ta putain de vie... Enfin si on appelle ça une vie, après tant de saloperies.

L'horizon ? Il n'allait pas bien loin, une largeur de tranchée et basta ! Les feuillets à l'odeur pestilentielle, la dysenterie, la vermine, les poux, les puces, eux bouffaient à leur faim, ce sont bien les seuls ! La bouffe infecte qui arrive froide, quand la "roulante" a du retard, le pinard, les quarts en alu dont on a élargi la circonférence en tirant dessus comme des malades afin d'en augmenter la capacité (authentique). Les heures de glande à graver des douilles d'obus de "75" qui orneront la cheminée du pauvre logement de Ménilmuch' ou la pièce unique de la ferme de Boue sur Vase...

Le perlot, l'herbe à Nicot, qu'on roule consciencieusement afin de n'en pas perdre une miette ou que l'on bourre dans un brûle-gueule. Les briquets à essence qui fument noir...

C'est tout ça qu'ils se racontent, à longueur de parties, je coupe, je surcoupe, tiens le 12 avril 17 à Verdun on leur a coupé les couilles aux boches quan ksé ki z'ont voulu...
- La ferme ! On la connaît par cœur, l'histoire de la grange reprise aux Fridolins !

En 1914, "ils" ont été rappelés, il en fallait bien de la "viande" pour gaver les tranchées, nourrir les canons de "75" ! Eugène avait vingt-neuf ans, Louis trente-et-un et Fernand vingt-huit.

Ils n'ont pas toujours été de "vieux croûtons", ces trois-là ! Eugène pratiquait même le plongeon de haut vol, saut périlleux, vrille et tout le toutim !

Louis avait même fait le tour de France en 1913. Oh, bien sûr, il a juste terminé, et on n'a jamais parlé de lui, mais fallait l'faire à l'époque, vélo à pignon fixe qui pesait une tonne ! C'est au cours de la fameuse étape de Luchon, que Eugène Christophe avait cassé sa fourche dans le "Tourmalet", et avait parcouru 14 kilomètres bécane sur le dos, afin de réparer la dite fourche dans une forge à Sainte-Marie de Campan, et ce sans assistance aucune ! Ça ne rigolait pas ! Cette année-là, le Tour avait été remporté par Philippe Thys (je vous vois venir... NAN, je n'y étais pas ) !

Et enfin Fernand. Lui, c'était le saut en longueur, le triple saut était sa spécialité... Ses potes le charrient :

- T'aurais dû pratiquer le saut en largeur, hé couillon, p'têt' que t'aurais été meilleur !

Seize heures. Ils se sont levés, arpenter une dernière fois la grand'rue avant le retour au bercail. La sempiternelle soupe aux pois cassés, ou aux lentilles, deux patates, une noix de beurre ranci, et le broc de flotte... La flotte qui pue le chlore. Le gâteau de riz et le verre de pif, c'est pour le dimanche, et le dimanche seulement.

Au carrefour, une traction avant, une "onze légère" est garée à cheval sur le trottoir, le moteur tourne, son proprio doit être au tabac d'en face en train d'acheter un ballot de foin.

Eugène s'arrête soudain.

- J'en ai conduit une de traction il y a trois ans, le fils d'un copain m'avait passé le volant, j'ai mon permis, MOI ! dit-il en bombant le torse où ne brille aucune médaille.

Tour à tour il regarde ses copains.

- Ça vous dirait d'aller voir la mer ?

- Et comment, à pied ?

- Ben non ! Elle n'attend que nous, répond Eugène désignant la "onze".

- Vendu ! répondent en chœur Louis et Fernand..

Eugène au volant, Louis à son côté, et Fernand derrière, le titulaire du permis enclenche la première, ça craque un peu..

- Tu ébavures les pignons ? demande Louis.

"Ta gueule !" pour toute réponse. La onze démarre.

- On va où ? demande Fernand.

- Au Tréport : c'est tout droit !

Deux heures plus tard, ils traversent le pont levis enjambant la Bresles, ce petit fleuve côtier qui se jette dans le port. Il fait encore grand jour : nous sommes début juin, les journées sont longues.

La petite route qui serpente jusqu'en haut des falaises oblige à rester en première.

- La pente est raide, déclare Eugène.

- Pas comme nous, a surenchérit Louis, ce qui a fait marrer les deux autres.

La onze est garée le long de la petite route, point de parking à l'époque. Tous trois s'avancent au plus près des falaises qui plongent à pic. Cent mètres environ en contrebas, la Manche caresse amoureusement la falaise, patiemment, lentement, "elle" sait qu'elle en viendra à bout, elle a tout son temps la mer... tout son temps.

En silence, ils admirent à leur droite les falaises de Mers-les-bains, à leur gauche celles de Criel. La côte d'Albâtre est magnifique dans la lumière d'une journée d'été finissante, la mer a pris une multitude de teintes qui va du bleu profond à l'ocre en passant par des verts émeraude de toute beauté.

- Et si on ne rentrait pas ? Plus jamais, murmure Eugène en fixant tour à tour Louis et Fernand...

- Oui, plus jamais, répondent-ils en chœur.

Alors, sans se concerter ils se sont donné la main et ont plongé pour le plus magnifique triple saut que Fernand n'aurait osé imaginer.


Les falaises du Tréport.

Les falaises de Mers-les-Bains.

(Daguerréotypes Andiamo)

vendredi 31 janvier 2014

Saoul-FifreLâchement tagué par Ambreneige !

Mon premier travail rémunéré fut les vendanges. J'avais 12 ans, j'y allais le Mercredi et le Dimanche, en vélo, à 8 kilomètres, en amenant ma gamelle pour le midi. Pas qu'un peu fier lorsque le dernier jour, le patron me remit mon solde en disant à mon père : "Il a travaillé comme un homme, je l'ai payé comme les autres." Après le bac, sans céder aux supplications de la reum qui voulait que j'aille en fac, j'ai travaillé dans une imprimerie, pointeuse, primes de rendements, sur des machines bizarres et dangereuses qu'il fallait régler, contrecolleuses, massicots, ensacheuses.. Ensuite j'ai été monteur en téléphone, à la grande époque des années 70 où nous équipions la France. Pour un forfait de clopinettes, vous demandiez le téléphone et vous l'aviez, le prix était le même si vous habitiez en ville ou si il fallait vous planter 40 poteaux pour amener le fil chez vous. Là, j'ai tout fait : raccordement de 900 paires souterrains, tirage aériens, poteaux à la barre à mine, installations intérieures, dépannages etc... Il n'était pas rare qu'un paysousse nous garde à manger le midi... Puis j'ai fait de l'intérim, tout ce qui se présentait, serrurier P3, j'ai participé à la construction de Roissy II, raffinerie de pétrole, montage d'un échafaudage autour d'un refroidisseur de la centrale de Braud st louis, enfin, n'importe quoi... Et puis là, je suis agriculteur, le plus vieux métier de la terre avant prostituée, puisqu'il faut bien leur donner un peu de blé, non ?

En films, je suis pas fort et surtout je m'en souviens jamais bien. Alors ce qui surnage, c'est forcément chouette ? Allez : "Thelma et Louise", je le revois toujours avec plaisir, "Regain", je pleure à chaque fois, "Le père Noël est une ordure", on s'en lasse pas et j'aime beaucoup le travail de Clint Eastwood en général et dans "Sur la route de madison" en particulier.

En colo, je suis allé une fois à Fabian, c'est un hameau pas loin de Saint-Lary. Autant vous dire que je n'ai pas l'esprit colo pour un sou, mais là, les paysages étaient si grandioses aux alentours que j'en ai un souvenir inoubliable. La quasi unanimité des gosses restaient sur place à tenir les murs des tentes sous la garde du gros cuisinier et quelques courageux, dont moi, étions volontaires pour aller crapahuter dans les Pyrénées, observer faune et flore et lacs et se faire les pieds. Sinon, les vacances d'Été, c'était souvent chez mon oncle, dans le Périgord vert, près de Brantôme. C'était kifkif chez nous, dans le Périgord je-sais-pas-quoi, près de Bergerac, mais sans les parents, et avec des cousines à la place des sœurs, et tout en mieux, en fait. Ensuite, à Bordeaux, les vacances, c'était avec les copains-copines, en vélo, sous la tente, sur les longues plages de l'Atlantique, Lacanau, Le Porge, Le cap Ferret, les bains de minuit, les feux de camps, les départs à la maison en milieu de matinée, avant le rush des touristes. À c'tt'heure, comme on vit à la campagne, les vacances, on les passe plutôt en ville, pour changer et nous avons dégusté Venise, Amsterdam, Strasbourg, Brême, Lyon, puis ce sera Vienne, Nantes, Prague. Que 4 ? Oupsse !

J'en suis à mon vingtième déménagement donc sélecter dois-je. Rue Bouquière à Bordeaux. Un must, au dernier étage sous les toits, point d'eau froide, commodités bouchées sur le palier et peu onéreux. Mais que de fêtes, de souvenirs d'amours et d'amitiés vraies ! Une aile du château de l'Isle, à Castelnau-du-médoc, je dis ça pour frimer, mais aussi pour montrer qu'on peut avoir une adresse classieuse pour pas plus cher qu'ailleurs. En plein bourg de Saint-Ouen-sur-Iton, dont toutes les cheminées sont en tire-bouchon sans que j'aie remarqué que l'on y fasse plus de cochonneries qu'ailleurs. Et puis dans un tipee en Ariège, passage presque obligatoire dans ce coin, au choix avec la hutte gauloise, la yourte et la grotte.

Je m'y abime les yeux, je prends un gros risque de me faire traiter de flemmard par mon entourage, j'y perds mon temps et mon argent dans les upgrades.

J'aimerais être à la retraite comme Andiamo et Margotte. J'aimerais être adulé comme Tant-Bourrin (mais sans être aussi lèche-cul, je précise). J'aimerais aller à Paris ce mois d'Aout car mon petit doigt me dit qu'à cette période les parisiens adorent filer visiter des fabriques de bouchons. J'aimerais être sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle.

lundi 27 janvier 2014

AndiamoLa grande sieste

Dormir ! Dormir enfin, le vrai sommeil, le coltard, le coma, la catalepsie, l’hypnose grand teint, redevenir une larve, un fœtus, bien recroquevillé, quasi inerte, inconscient, pas de rêve, le blanc comme un brouillard, mais consistant... Des œufs en neige ! Voilà c’est ça, des œufs en neige, s’y enfoncer, s’y vautrer, quasiment en apesanteur, s’embuer les neurones jusqu'à ne plus rien comprendre, tout confondre, mélanger, pour ne rien retenir.

Pas le grand tunnel lumineux, non ! Trop clair, j’veux pas qu’on m’voit, anonyme, incognito, NEMO, nobody, la pointe des pieds, se retirer sans faire de bruit.

Autour de moi on dira : "tiens, ça fait plusieurs jours que je ne l’ai pas vu ! Où, est-il ?"

Ah putain, il était mort ! On ne nous a rien dit, comme si le moribond tapait dans le dos des gens en leur disant d’un ton jovial : "bon, ben, c’est pas l’tout, mais moi j’me casse" ! Et les autres d’ajouter : "c’est ça, à plus !" 

Mais il n’y aura pas de plus, fini, terminada, TERMINATOR, la grande évasion ! La grande illusion, tu crois que tu es vivant ? Mais tu es déjà crevé ! "Des morts à crédit" écrivait le clairvoyant Louis-Ferdinand, tu te raccroches, tu minaudes, comme si tu étais éternel, quelle connerie ! Tiens, écoute, approche-toi, c’est édifiant, long une vie ?

Après avoir lu ceci, tu diras : "la vie ? Un pet d’chien, un battement de paupière pas même un éternuement"... Oui, écoute bien...

L’univers, le nôtre (après tout y’en a pt’ êt' d’autres hein !), a environ 15 milliards d’années ! 15 milliards ! On ne peut s’imaginer ce que représentent ce 15 suivis de 9 zéros.

Alors on va ramener ce chiffre astronomique à une valeur beaucoup plus compréhensive pour nous, pauvres minus !

Disons que l’univers a UN AN pile poil : ça va ?

Nous sommes le 1er janvier à 0 heure 0 minute 0 seconde... BIG BANG (peut-être)

- Les premières étoiles apparaissent le 12 Janvier.

- La voie lactée, notre chère galaxie le 17 Mai...

- Notre système solaire et notre vieille Terre le : 18 Septembre ... Déjà ça calme !

- La première forme de vie, probablement une amibe ou autre, le : 20 Septembre.

- Le 31 Décembre à 23 heures 56 minutes... Apparition du premier Homo-Sapiens !

- Enfin le 31 Décembre à 23 heures 59 minutes 59 secondes : Christophe Colomb découvre l’Amérique !

Quand je pense que l’on m’a emmerdé parfois pour 5 minutes de retard !!!

mercredi 22 janvier 2014

BlutchMes poètes de légende [1]

J’ai déjà eu l’occasion de vous faire découvrir un petit bout de ce grand poète vaudois qu’est Jean Villard Gilles (voir "Ma baie des Anges à moi").

Il est né au bords du Léman, à la toute fin du 19e siècle, ce qui lui a fait traverser la boucherie de 14-18, la crise de 29, l’entre-deux guerres, la folie nazie et les trente glorieuses.

De quoi alimenter sa fécondité littéraire, son âme de poète, sa tendresse, son goût pour les belles formules et son esprit anar. Bref, un Vaudois parfait. Parce que si le vaudois est débonnaire, plus prompt à lever son verre que prendre les armes, il ne faut pas lui en raconter tout de même…

Donc pour ce qui est de soigner les chaud-froid en politique, il faisait plutôt confiance à thermolactyl que dans les politocards de sévices.

Il aurait pu être révolté, rouspéteur, mauvais coucheur ou gueulard, voire même, qui sait, mauvaise tête ; mais il avait du génie, alors il est devenu poète, anticonformiste et libre penseur. Ses armes étaient son esprit, sa gentillesse et son humour.

Il a très vite développé le théorème que pour être reconnu chez soi, il vaut mieux décarrer ailleurs. Il a donc pris ses cliques, ses claques et son clic-clac pour s’expatrier dans l’arrière-banlieue de son Montreux natal : Paris.

Il y a ouvert un petit boui-boui du nom de "chez Gilles" (ben tiens, question pub, y a pas à se gêner non plus…). Entre les chansons dont il avait commis paroles et musique, qu’il interprétait avec son complice Julien (inaugurant ainsi un style nouveau qui fut abondamment repris depuis), il recevait quelques autres rimailleurs, dont l’Abbé Brel, avant qu’il ne vire sa cuti, sa guitare et sa soutane.

Ne voulant pas divertir les boches, il s’était tiré de Pantruche à leur arrivée pour s’établir à la capitale, la vraie, celle du Pays de Vaud : Lausanne.

Il y fonda (sans Jane) le Coup de Soleil. Nostalgie des petites femmes de Pigalle ou défection de Julien ? Le duo est devenu Edith et Gilles. Les cousins des Bourbines[1] évaporés de l'hexagone, il réinvesti Paname. Edith partie voir ailleurs si le bon Dieu y était, il s’associe avec Albert Urfer dans un nouveau tandem. Il quitte Paris en 1975, juste avant de raccrocher les gants à 81 ans et d’égrainer, depuis Saint-Saphorin, les quelques deux mille couchers de soleil sur le Léman qui le sépare alors de la grande envolée.

Je vous disais donc, sans le moindre chauvinisme, que les Vaudois sont de riches natures, pétris d’auto-dérision. Ne disent-ils pas : « Y en a point comme nous », ajoutant pour les sceptiques : « … s’il y en a, y en a pas beaucoup. »

Quelques étapes marquantes en chansons :



Dollars

1932 : La grande crise s’estompe à peine qu’il a déjà tout compris de la grande arnaque du dollar sur le monde. Son esprit anar se rebelle, il martèle sa musique pour mieux enfoncer ses paroles dans la tête des gens, mais il est trop en avance, hélas ! Le mythe de Crésus délocalisé en Amérique par les sirènes d’Hollywood était trop fort…

Trois ans après la grande crise, le texte était visionnaire, comme le sont les authentiques poètes.


De l´autre côté de l´Atlantique
Dans la fabuleuse Amérique
Brillait d´un éclat fantastique
Le dollar
Il f´sait rêver les gueux en loques
Les marchands d´soupe et les loufoques
Dont le cerveau bat la breloque
Le dollar
Et par milliers, d´la vieille Europe
Quittant sa ferme ou son échoppe
Ou les bas quartiers interlopes
On part, ayant vendu jusqu´à sa ch´mise
On met l´cap sur la terre promise
Pour voir le dieu dans son église
Le dieu Dollar !

Mais déjà dans la brume
Du matin blafard
Ce soleil qui s´allume
C´est un gros dollar !
Il éclaire le monde
De son feu criard
Et les hommes à la ronde
L´adorent sans retard

On ne perd pas l´nord, vous pensez,
Juste le temps de s´élancer
De s´installer, d´ensemencer
Ça part !
On joue, on gagne, on perd, on triche
Pétrole, chaussettes, terrains en friche
Tout s´achète, tout s´vend, on d´vient riche
Dollar !

On met des vieux pneus en conserve
Et même, afin que rien n´se perde,
On fait d´l´alcool avec d´la merde
Dollar !
Jusqu´au bon Dieu qu´on mobilise
Et qu´on débite dans chaque église
Aux enchères comme une marchandise
A coups d´dollars !

Mais sur la ville ardente
Dans le ciel blafard
Cette figure démente
C´est le dieu Dollar !
Pas besoin de réclame
Pas besoin d´efforts
Il gagne toutes les âmes
Parce qu´il est en or

Autos, phonos, radios, machines,
Trucs chimiques pour faire la cuisine
Chaque maison est une usine
Standard
A l´aube dans une Ford de série
On va vendre son épicerie
Et l´soir on retrouve sa chérie
Standard
Alors on fait tourner des disques
On s´abrutit sans danger puisque
On est assuré contre tous risques
Veinard !
La vie qui tourne comme une roue
Vous éclabousse et vous secoue
Il aime vous rouler dans la boue
Le dieu Dollar

Quand la nuit sur la ville
Pose son manteau noir
Dans le ciel immobile
Veille le dieu Dollar
Il hante tous les rêves
Des fous d´ici-bas
Et quand le jour se lève
Il est encor là !

On d´vient marteau, dans leur folie
Les hommes n´ont plus qu´une seule envie
Un suprême désir dans la vie :
De l´or !
S´ils s´écoutaient, par tout le monde
On en sèmerait à la ronde
Au fond de la terre profonde
Encor !
On en nourrirait sans relâche
Les chèvres, les brebis, même les vaches
Afin qu´au lieu de lait elles crachent
De l´or !
De l´or partout, de l´or liquide
De l´or en gaz, de l´or solide
Plein les cerveaux et plein les bides
Encor ! Encor !

Mais sous un ciel de cendre
Vous verrez un soir
Le dieu Dollar descendre
Du haut d´son perchoir
Et devant ses machines
Sans comprendre encor
L´homme crever de famine
Sous des montagnes d´or !


Que le dollar se change en €uros selon les régions du monde n’y change fondamentalement rien à la conclusion.



Les trois cloches (1940)

Piaf s’empare de cette chanson et en fait un tube mondial, mais qui laissera son auteur dans une discrétion qui sied parfaitement à son caractère vaudois. Beaucoup encore croient que le texte est de Piaf.



Le bonheur (1948)

Toute la tendresse de Gilles est contenue dans cette hymne au bonheur. Ça s’écoute sans commentaires...



Nos colonels (1958)

Gilles le pamphlétaire pacifiste n’aimait pas beaucoup l’esprit militaire. Pour situer le contexte particulier, les Suisses d’alors étaient soldats jusqu’à 60 ans, temporairement délivrés de leurs obligations militaires. Pour rester imprégnés de leur mission, il devait faire chaque année une piqûre de rappel variant entre un et 21 jours. Les colonels dirigeaient alors une armée de un million d’hommes mobilisables en 24 heures…

La Suisse n’ayant pas de général en temps de paix, l’iconographie guerrière s’est tout naturellement portée sur ses colonels, fiers descendants de Guillaume Tell et plus emblématiques que les généraux français, puisqu’à eux seuls, ils ont maintenu en respect le 3ème Reich tout entier.

Comment ça que c’est douteux ? Que je déconne ? Que je ne suis pas objectif ? C’est rien que de la jalousie parce que la Suisse a résisté à l'envahisseur venu de Germanie. T'imagines pas à quel point Sardou a fait rigoler les Suisses avec ses Ricains à la noix... D'accord que la grosse majorité des Suisses parlent le schleu, mais c'est d'origine, le petit moustachu n'y est pour rien du tout !

T’as pas un colonel suisse qui te dira que c’est pas à cause de leurs bras noueux qu’Hitler n’a pas osé, pas un, alors c’est bien la preuve…

Michel Bühler et Sarcloret font revivre le duo d’origine, le fou-rire en plus…



Les bonnes (date inconnue et enregistrements inexistants sur la toile)

Un petit côté social et sarcastique aussi, ce vaudois débonnaire n’était pas moins provocateur… Mais si finement que la bourgeoisie ne lui en n’a jamais vraiment voulu. Était-elle seulement consciente de l’ironie de Gilles pour elle ?


Les bonnes
On n’en voit plus, c’est une espèce
Qui disparaît très rapidement
Même les Bretonnes, même les négresses
Certainement chère Madame Durand
Ces filles on les a toutes pourries
C’est elles maintenant qui font la loi
Pensez, la nôtre était nourrie
Et logée plus trente francs par mois
Aussi il n’ faut pas qu’on s’étonne
On a tout fait pour les gâter
On était trop bon pour les bonnes
Vraiment, c’est à vous dégoûter
Moi qui suis faite pour être patronne
Et déployer d’ l’autorité
Hé bien quand j’ sonne
Il n’ vient personne
Il n’y a plus d’ bonnes
Quelle société !!

Pensez, chez moi j’en ai eu seize
J’ leur faisais un petit nid douillet
Un lit, une table, une lampe, deux chaises
Ça donnait sur les cabinets
Évidemment ça manquait d’ vue
On n’y voyait jamais l’ soleil
Mais la nuit c’est chose superflue
Surtout avec un bon sommeil
Et quand le réveil carillonne
Au point du jour, joyeusement
Sachant que le soleil rayonne
Dedans dans tout l’appartement
On se lave et l’on se savonne
Avec plus d’ zèle, évidemment
Le soleil luit, le gaz ronronne
Mais y’a plus d’ bonnes
Sombre moment !!

Leur travail, laissez-moi rire
Vider les pots, ranger les lits
Faire la vaisselle, frotter et cuire
Passer les cuivres au trifoli
Trois fois par jour servir à table
Faire chaque matin une pièce à fond
Les courses, un travail agréable
Repasser le linge de maison
Trois fois rien, avec ça gloutonnes
Même qu’on s’ privait souvent ma foi
Pour qu’il reste du gigot breton
Ou la carcasse d’un poulet froid
Avec ça, on était trop bonne
Un jour de liberté par mois
Pour s’en aller faire les luronnes !
Ben, y’a plus d’ bonnes
Pourquoi, pourquoi ?

On les menait en promenade
Le dimanche ; on en prenait soin
Allant si elles tombaient malades
Jusqu’à quérir le médecin
Mais quand la moustache en bataille
Nos maris les serraient d’ trop près
Alors on surveillait leur taille
Ça n’ ratait pas, quelqu’s mois après
On renvoyait la jeune personne
En la tançant sévèrement
C’était notre devoir de patronne
Nos maris n’ pouvaient décemment
Être les pères des enfants d’ nos bonnes
C’est tout d’ même un vrai soulagement
D’ ne plus voir ces ventres qui ballonnent
Comme y’a plus d’ bonnes
Y’a plus d’enfant !

Ça devait finir dans la débauche
Selon la loi du moindre effort
Tout ça c’est la faute à la gauche
Aux soviets, à Blum et consorts
J’en ai reçu une cet automne
Qui m’a dit d’un air insolent
Bonne à tout faire, moi j’ suis pas bonne
Elle est partie en m’engueulant
La morale, je vous l’abandonne
La base du régime bourgeois
Son piédestal, c’était la bonne
Sans elle, tout s’effondre à la fois
L’office, le salon, la couronne
L’ordre, l’autorité, la loi
Y’a plus de Bon Dieu,
Y’a plus personne
Quand y’a plus d’ bonnes
Y’a plus d’ bourgeois !



Les Vaudois

Le Vaudois est à l’image de la Venoge :

« Tranquille et pas bien décidé.
Il tient le juste milieu, il dit :
«Qui ne peut ne peut !»
Mais il n’en fait qu’à son idée… »

L'autodérision est l’art de se foutre gentiment de soi pour éviter de devoir casser la gueule à ceux qui le feraient sans saveur. Cyrano ne me donnera pas tort…

Dans cet art, Gilles était un maître.

Variétés - 31.12.1962 - Réalisateur: Paul Siegriest - 03'45''
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Il a écrit tant de perles dans sa vie que le choix était difficile. En fait, c’est la disponibilité des archives qui en a décidé ainsi. Il a célébré le Front populaire, chanté le 14 juillet, les noms de chez-nous, les chorales, les Suisses allemands, les Tessinois, l’exotisme vaudois en se mettant à la place d’une senhora brésilienne amoureuse d’un paysan vaudois, etc.

Toutes les choses sérieuses n’étaient que dérision et les choses « dérisoires » avaient toute sa tendresse.

Comme blogbo ne rime pas avec buveurs d’eau, je vous… je nous offre une tournée générale avec la Gonflée et la complicité de Bühler et Sarcloret…

Santé et conservation !

Notes

[1] Suisses allemands

samedi 18 janvier 2014

Andiamo"Elle" va mieux !

Un billet fin et délicat, un mets de choix comme seul Blogbo en a le secret ... à déguster à la petite cuiller (ouais moi j'écris cuiller à l'ancienne NA)

.

(ch'tiot crobard Andiamo)

dimanche 12 janvier 2014

AndiamoLa vie passionnée et passionnante de Jésus

Nous sommes toujours au théatre Amar Higni.
Les décors de Roger Hardt et les djellabas sont signées Donald Cardwell.

Un squate pauvrement meublé dans la banlieue de Nazareth.
Le Père se prénomme Joseph et la mère Marie.
Le fils Jésus est au chomdu, pour subsister et rapporter quelques sesterces à la cambuse, il accomplit des miracles.


- Jésus !... Jésus !... JE-SUS ! Nom de Dieu !

- Oui M'man, qu'est-ce que tu veux ?

- C'est quoi ce doigt qui traîne par terre ?

- T'inquiètes, c'est le doigt de Samir le lépreux, je lui ai serré la pogne tout à l'heure, et y'a un doigt qui a dû se faire les adjas, il sera tombé dans ma glaude et en sortant mon tire-mœlle, il est tombé... Voilà !

- Pourquoi tu serres la main d'un lépreux ?

- Pour le guérir, M'man ! Il m'a dit : "rends-moi pur", je l'ai touché et hop ! guéri le vilain qui partait en sucette, ma Môman toujours vierge.

- Toi, t'es bien un Juif, mon fils ! A ton âge, croire encore que ta mère est vierge... Enfin !

- Tiens, pendant que tu es là, qu'est-ce que tu es allé foutre chez Pierrot hier ?

- Sa belle-doche était malade, elle avait chopé le "gobu" !

- Le gobu ?

- Ben oui, c'est une dent qui pousse au cul !

- Rhôôô, tout d'même !

- Qu'est-ce que tu lui as fait ?

- Je lui juste rapporté une brosse et du dentifrice, afin qu'elle ne chope pas une carie !

- Tu es revenu de Galilée la semaine dernière, Jésus ? (grosse voix de Joseph qui apparaît côté jardin)

- Oui P'pa, pourquoi ?

- C'est ça, fait ENCORE le malin ! Et faire le malin quand on est le fils de Dieu, hein ?

- Et raconte-moi, tu as fait quoi à ce pauvre Kader ?

- Ben... Il voyait clair comme un tas d'sable, alors je lui ai rendu la vue !

- Alors tu vas à Bethsaïde en Galilée, tu rencontres ce pauvre Kader, tu glaviotes sur ses gobilles en capote de fiacre, et hop ! il recouvre la vue !

- C'est plutôt chouette, mon Papa, non ?

- Comment ça, c'est chouette ? Il divorce maintenant !

- Ben j'vois pas (si j'ose dire !), pourquoi ?

- Comment ? T'as vu la tronche de sa romblère Yasminah ? Elle est écarlate à force de taper dans le pinard ! Elle lui avait fait croire qu'elle avait un teint de rose .. Remarque, y'a des roses rouges, enfin bref, elle l'avait épousé biscotte il est pété de sesterces, et maintenant qu'il a vu sa tronche, il la jette comme un vieux Papi Russe .. Pardon "papyrus". Et tu lui as pris combien à ce vieux grigou pour lui décapsuler les calots ?

- Deux cents sesterces !

- Ah tout de même !... Bon, si tu croises un autre atigé des châsses, tu peux œuvrer mon fils ! Après tout, tu vas pas "miraculer" à l'œil ... Si j'ose dire !

lundi 6 janvier 2014

celestineLa vie n'est qu'un jeu

Avis à la population ! Ce billet est interdit aux pisse-froid, aux troglodytes et aux bachibouzouks mâles ou femelles qui se prennent au sérieux, étranglés par des cravates grand teint et des idées reçues, ou serrées dans des tailleurs stricts et des principes à la con. (Vous connaissez la règle du zeugme ?)

Avant de lire ce billet, trois épreuves préliminaires vous seront imposées, dont la réussite dépendra de votre faculté à faire jaillir de vous l'enfant que vous étiez. Du moins je l’espère.

Tout d'abord, il vous faudra être capable d'attraper une corde et de sauter à cloche-pied en comptant jusqu'à cent. C'est l'épreuve numéro un. Certains auront sans doute besoin de se donner une contenance en se disant que les boxeurs le font bien, eux, et que personne ne les trouve ridicule. (En même temps, qui s'amuserait à dire à un boxeur qu'il est ridicule ? Mais bref, passons)

Puis vous devrez prouver que vous savez toujours faire une bulle avec un malabar, une bulle énorme, bien tendue, à la limite de l'éclatement. D'ailleurs, si vous vous la faites exploser dans la tronche et que vous vous retrouvez plein de filaments de gomme collante du nez au menton, vous marquerez un point supplémentaire.

Enfin, vous attraperez le susdit menton de votre partenaire le (ou la) plus proche, le tiendrez solidement par la barbichette et le premier de vous deux qui rira aura une tapette. On ne rit pas !

Bien, ceci étant posé, et les trois épreuves réussies devant un jury impartial composé exclusivement de moi-même, vous pouvez démarrer la lecture de ma démonstration imparable.

Oui, la vie n'est qu'un jeu, je ne le suppute pas, je l'affirme.

Dès notre arrivée dans cette « vallée de larmes » (si c’est pas fait pour plomber l'ambiance, cette expression…)  une sage-femme nous fait faire le cochon pendu. Tout de suite après, nous faisons connaissance avec nos premiers ballons, énormes, doux, et ronds, et gorgés d'amour nourricier... de quoi vouer au basket une passion sans borne et garder une nostalgie secrète pour ces girondes capsules.

Ensuite ? C’est l'enfance : la dînette, le docteur, ou les gendarmes et les voleurs, puis, lassés du solitaire on découvre, émerveillés, les dames et la pelote, mais aussi  les échecs.

Puis certains jouent beaucoup à cache-cache, surtout avec leur contrôleur fiscal. D'autres se font un Monopoly géant, misent tout sur un coup de dés et considèrent qu'ils ont réussi leur vie uniquement s'ils sont parvenus à s'acheter la rue de la Paix et ses boutiques de Rolex.

Certains restent des pions toute leur vie. Mais chacun espère  la douceur d'une rencontre et quand cela arrive enfin, on s'invente alors toutes sortes de divertissements avec sa moitié pour passer le temps. Qu'il est bon de jouer à chat perché, au barbu, à saute-mouton, ou au cochon qui rit avec une personne du sexe qu'on n'a pas... mais gare au morpion !

Quand la carte chance est bien en vue sur le plateau de jeu, tout va bien.

Mais soudain Jacques a dit : stop ! Coup de poker, mauvaise pioche, on se retrouve l’Écarté... on devient le Black Jack, le Pouilleux, à mille bornes du bonheur perdu. Notre moral joue à l'élastique, il nous faut rebondir, choisir le bon petit cheval, se remettre en selle... éviter de tomber dans le puits, ou d'aller en prison, revenir à la case départ, sans toucher vingt mille francs... le jeu de l'oie est dur mais c'est là l'oie !

Heureusement, après la pluie qui joue des claquettes sur l'écran noir de nos nuits blanches, hop, un deux trois soleil ! Belote !

Nous revoilà derechef à choisir, à coup de " pierre feuille ciseau", à grimper les échelles en évitant les serpents... que de pièges ! A tout hasard, on consulte les tarots pour juger de notre fortune. Mais on tente surtout d'éviter d'être le maillon faible.

Plus  on avance, plus sur le plateau, les pions s'affolent : rebelote ! Plus rien ne nous arrête. On vise le ciel de la marelle, le mille de la cible, la lucarne de la cage... plus haut, plus fort, plus loin, comme le veut la devise des J.O.

C’est la dernière bataille, perdue d’avance. A la vie, à la mort, à qui perd gagne, les annonces sont claires. Peu importe, la vie est un jeu, une roulette russe, un mah-jong, un perpétuel jeu de rôles...

Alors, vous voyez bien que rien n'est sérieux sur ce minuscule caillou où nous sommes, perdu dans l’univers glacé...

Et dix de der ! Un jour…    TILT !     Game over... Oui la vie est un jeu, captivant mais cruel, alors, allez-y, profitez-en, bande de cercopithèques à poils ras.

Pfffff...Si vous croyez que j'ai hâte d'y être...Quand j'y pense, qu’est-ce qu’il nous reste pour passer l’éternité ?  Juste un jeu d’osselets…

Je dis ça, je dis rien, comme dit le poète.

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