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mercredi 27 juin 2007

Tant-BourrinLa voiture à pédales

- Une voiture à pédales ? Tu crois ? Ce... ce n'est pas un peu trop tôt pour lui ?
- Trop tôt ? Mais enfin, ouvre un peu les yeux : Jean-Steevy a quatre ans, il serait temps de t'en rendre compte ! Ce n'est pas à quarante ans qu'il jouera avec une voiture à pédales !
- Oui, je sais, mais... mais ça me paraît si... dangereux.
- Dangereux ? Mais quel danger veux-tu donc qu'il coure ? Il n'y jouera que dans les allées du square ; à la limite, ce sont plutôt les mémères qui auront à craindre pour leurs jambes et pour leur chien-chien !

Elle soupira. Les arguments lui faisaient défaut. Restait la manoeuvre de la dernière chance.

- Ça va peut-être te paraître ridicule, mais il y a des choses que seul le coeur d'une mère peut sentir. Imaginer notre Jean-Steevy dans une voiture à pédales me donne de véritables bouffées d'angoisse. Il est si petit et...
- Tututut ! Bon diagnostic, docteur : ça me paraît en effet ridicule ! Il y a des millions d'enfants qui ont déjà joué, qui jouent et qui joueront encore dans des voitures à pédales sans le moindre souci, alors on ne va pas brimer Jean-Steevy pour tes divagations de pythie de banlieue ! Allez, c'est dit : demain, je vais au magasin de jouets !

Ce qui fut fait.

Ce serait peu dire que Jean-Steevy fut heureux de son cadeau : il jubila, exulta, poussa des cris emmêlés de rires, fit des bonds en tous sens. Bien évidemment, il fallut se rendre au square immédiatement pour essayer sa belle voiture à pédales rouge.

Chemin faisant, la mère de Jean-Steevy se tordait les mains.

- On n'aurait pas dû... On n'aurait pas dû... J'ai un sale pressentiment...
- Mais enfin, c'est fini, oui ? Que veux-tu donc qu'il puisse lui arriver en faisant de la voiture à pédales dans les allées d'un square ?

Hélas, il y a en effet bien certaines choses que seul le coeur d'une mère peut sentir, et les faits allaient dramatiquement lui donner raison : il fallut plus de deux heures aux équipes de premiers secours pour désincarcérer le corps sans vie de Jean -Steevy de la carcasse de sa voiture à pédales rouge.

Sa voiture à pédales rouge encastrée, à l'intersection de deux allées du square, sous un gros 38 tonnes à pédales.

mardi 26 juin 2007

Saoul-FifreMon Maître-Étalon

Je suis né avec Brassens. En 1956, il était déjà célèbre, il avait percé, il avait déjà acheté l'impasse Florimont pour la confier à Jeanne et à Marcel. Cette maison où il aura passé 22 ans, qu'il a finalement léguée à Gibraltar, son roc-secrétaire, et qui est encore aujourd'hui fleurie régulièrement par des admirateurs. Gibraltar, ancien inspecteur des impôts que Brassens a débauché pour qu'il s'occupe de ses affaires. Gibraltar qui plaçait tout l'argent de Brassens sur un compte du Trésor Public, où l'état n'avait qu'à se servir pour récupérer les contributions dues ! Ha on est loin de "la liberté de penser" de Pagny ou de "la Suisse, oui mais plutôt la Belgique, pour pouvoir demander ensuite la nationalité monégasque..." de notre Jauni de moins en moins national ?

Brassens qui changeait régulièrement de DS, et qui donnait les "vieilles" à ses copains. Brassens qui passait son temps à écrire des 2 ièmes de pochette pour pousser ses amis dans le métier, à Pierre Dudan, à Pierre Louki, à Boris Vian, à Anne Sylvestre, à Pierre Barouh... Sa porte qui s'ouvrait pour des conseils, des coups de pouce. Philippe Chatel, Maxime Le Forestier, Renaud, lui doivent, je pense, le goût d'écrire et de chanter. Brassens qui distribuait des guitares "de chez Jacques Favino" (le luthier dont les œuvres ornent les pochettes de ses vinyles) comme d'autres des bonbons.

Car Brassens n'est pas qu'un excellent musicien doublé d'un parolier miraculeux. C'est un homme complet, d'un humanisme profond, qui a fait réfléchir et se poser des questions à toute une génération en désarroi. Il nous a initié à la poésie sous-jacente à toutes choses, il nous a appris à apprivoiser la Faucheuse, à nous en moquer, à lui envoyer une "patte-croche au bas de son dos", il nous a introduit dans le monde des sentiments.

Un des premiers chocs reçu de sa part est certainement "Le parapluie". Ce moment magique d'intimité, cette parenthèse intemporelle d'une tendre densité, la perfection de l'écriture, le vocabulaire recherché, délicieusement suranné, ces mots à moitié oubliés, rimant richement, rescousse, frimousse... tout Brassens est là, et la question est posée :

Comment fait-il, quel est son truc ?

Une passion, c'est ça : c'est une question dont on veut à toute force la réponse. Pourquoi ? Parce que. Alors j'ai écouté, j'ai chanté, je connaissais tous les textes de Brassens par cœur, et je béais d'admiration. Chez Brassens, il y a une idée, ou une élégance, ou un clin d'œil culturel par vers. C'est un festival et on se demande : "comment est-ce possible ?", et la réponse est somme toute simple. Brassens bossait beaucoup. Brassens ne faisait que ça. Brassens ne dormait que 5 heures par nuit. Brassens a beaucoup lu de poètes, il les a étudiés, les a décortiqués, pour lui aussi, humblement, "trouver la formule". Et quand il dit, dans la célèbre interview tricéphale Brassens-Brel-Ferré, qu'il n'est qu'un artisan-parolier, je pense qu'il est sincère, que ce n'est pas un accès de fausse-modestie. Brassens n'est pas pour autant un modeste, il sait parfaitement qu'il compte au nombre des paroliers d'exception, il a assez sué pour le savoir, et son public, dithyrambique, en est la preuve, mais c'est avant tout un homme honnête, et son succès lui donne des devoirs : être au niveau des aspirations qu'il soulève. "La marguerite", par exemple, un de ses textes à la légèreté fascinante, semble née d'un souffle d'air inspiré, il virevolte et se pose chez nous, pour nous, venant on ne sait d'où, de quelle amphore à génies... Et bien cette petite ritournelle qui nous parait toute naturelle est lourde, lourde, chargée de longs jours de ratures, de fausses routes, de recommencements, pour que les mots se mêlent en phrases, qu'ils coulent et rebondissent joyeusement de vers en vers, pour que le texte soit pétri de musique et que la musique exprime le jus des idées... Cent fois sur le métier... Edison parlait lui aussi du 1 % de génie et des 99 % de transpiration.

Brassens a simplement su assez tôt qu'il voulait écrire des chansons et en vivre. C'est ce qu'il faisait, d'arrache-pied, tandis qu'il "glandait" officiellement chez sa tante Antoinette, ou qu'il vivait aux frais de Jeanne, sa maîtresse, ou qu'il jouait les pique-assiettes chez ses potes plus intégrés. C'est de cette époque de vaches maigres que sont sorties ses plus jolies mélodies et ses textes les plus purs.

Et nous on rame, à cent coudées au dessous de cet oiseau migrateur qui a fendu l'Espace de la chanson française comme une étoile filante. Et on bave. Et on souffre de ce torticolis persistant dû à notre nuque trop longtemps inclinée, nos yeux fixant les auteurs inaccessibles.

Il est mort il y a plus de 25 ans, mais de temps en temps un mec malin exhume un truc inédit. Dans son intégrale (merci Anne !), on peut entendre Georges Lafaye lui extorquer une leçon d'écriture :

Ça ne se refuse pas, un cours de chanson par Brassens ! Et on continue d'apprendre...

lundi 25 juin 2007

ManouL'objet qui a bercé ma jeunesse





était :

- Un suppositoire bio
- Un tapis perçant
- Une lampe de chevet contradictoire
- Un capuchon (de stylo)
- Un électrophone bio-dégradé
- Une réincarnation temporaire du daï-lama et plus si affinité
- La gloire de mon père
- Un rouleau de scotch invisible
- Un écureuil dégénéré
- Pascal, sans raquette de jokari


A votre avis ?





dimanche 24 juin 2007

Tant-BourrinProduits dérivés

Ce blog, vous l'aurez remarqué, ne sollicite de votre part - contrairement à d'autres que je ne nommerai pas - de participation financière.

Ce blog, vous l'aurez remarqué, n'est pas recouvert de bannières de pubs et ne reçoit donc aucune manne de la part d'annonceurs publicitaires.

Ce blog, par conséquent, est une lubie qui nous suce notre temps et notre sang sans rien nous donner en retour hormis les bravos admiratifs de quelques neuneus de nos chers lecteurs.

Il est grand temps que cela change.

Et pour cela, nous avons décidé de lancer une gamme de produits dérivés, reprenant les couleurs et les valeurs de notre blogs.

Le premier produit qui sera très prochainement mis en vente sur le marché est un dentifrice, le dentifrice Blogbodents.

Seulement, voilà, je manque d'idées pour trouver LE slogan-choc de la mort qui tue la race de sa mère. Aussi aurais-je besoin de votre aide (après tout, pas toujours aux mêmes de bosser, hein !) pour en trouver un...

Pour vous aider, je vous présente plus avant le produit et ses caractéristiques...


Issu de la recherche spatio-agronomique (et surtout d'une vieille recette en usage depuis des générations dans la famille de Saoul-Fifre), Blogodents est un dentifrice hors norme, totalement différents de ses concurrents. Tout d'abord, le packaging, comme vous pouvez le constater ci-dessous, a été voulu le plus sobre possible : le nom du dentifrice et un rappel du composant essentiel ("au lisier de porc actif"), le tout écrit dans le code couleurs de Blogborygmes (vert et orange), un petit carré vert juste pour faire joli, et c'est baste !




La texture, spongieuse et granuleuse à la fois, ainsi que la couleur, marronnasse, ont fait l'objet de gigantesques études marketing afin de coller au mieux aux goûts du public. Et, à propos de goût, comme nos valeurs - authenticité, franchise, respect de la nature - nous interdisaient le recours à des parfums artificiels pour masquer l'odeur de merde la légère fragrance du lisier de porc actif, nous avons préféré laisser le produit tel quel. Brut. Pas fait pour les petites natures.




Et, au fond, le plus bel argument publicitaire n'est-il pas simplement le sourire de Saoul-Fifre, qui utilise cette mixture pour se brosser les dents depuis qu'il est tout petit ? Hein ?




Voilà, je vous ai donné toutes les billes pour m'aider à pondre un slogan publicitaire percutant et efficace et j'attends vos propositions dans les commentaires...

Même s'il est vrai que les qualités intrinsèques de ce produits sont telles que, même sans pub, il se vendra forcément par millions !

samedi 23 juin 2007

Saoul-FifreLes iules

Au hasard de ma correspondance avec Tant Bourrin, je lui ai raconté un jour l'invasion de iules qui nous avait touché en Avril 1987. Dans mon esprit, je voulais lui citer un des rares "événements" vécu au bled, mais qui avait eu les honneurs de la presse et et de la télévision parisiennes, et qui avait pu arriver, peut-être, aux oreilles d'un parigot autiste à tout ce qui ne parigotte pas. Car ici, l'invasion des iules, on s'en souvient encore ! Ça rentrait par le moindre trou, il y en avait des millions , il ne fallait surtout pas les écraser vu l'odeur insupportable de leurs entrailles, alors on les ramassait précautionneusement "pelle et balayette" et puis on devait les brûler, je me rappelle pas... Mais le lendemain, une nouvelle salve d'éclosions obligeait à tout recommencer. Nul ne savait d'où ils sortaient, disons que l'Hiver avait été particulièrement iulogène et remplissait les conditions idéales d'un élevage florissant de mille-pattes, il était juste dommage que le marché ne soit pas porteur ce Printemps-là, ça nous aurait consolé.

Enfin, toujours est-il que je n'ai pas regretté d'avoir abordé le sujet, car le mot "iule" fit Tilt dans la cervelle garantie 100 % de matière grise de mon bourrin favori, et, un mot induisant le suivant, voici la short-short-story adorable et impeccablement écrite, et drôle, qu'il m'envoya ce jour-là.

Et que vous n'auriez aucune chance de lire si je n'étais pas là, conservateur minutieux, perfectionniste, de notre correspondance, gardien de cette mémoire équine qui a tout à envier à celle de l'éléphant, protecteur jaloux de ce talent stocké que je souhaite voir diffuser au plus grand nombre, surtout si ça peut m'éviter d'écrire un billet digne de ce nom...

Fatigué de sentir sur sa nuque le froid et l'humidité de cette putain de bruine qui n'en finirait donc jamais, Frank Shuyard releva le col rapiécé de son pardessus, si usé que même une datation au carbone 14 serait impuissante à en estimer la date de fabrication. Décidément, sale affaire que celle-là. Il repassait sans cesse en revue dans sa tête les éléments de cette étrange invasion de mille-pattes. Des jours et des jours à se torturer les méninges jusqu'à s'en claquer les synapses, mais nada. Et pourtant, Frank sentait la clé de l'énigme toute proche, là, à portée de main, si seulement le shit et le bourbon n'avaient pas fini par transformer sa matière grise en vieille bouse de yack desséchée.

Arrivé dans son bureau, seule l'attendait une pile de factures aux allures pisanes. Les pépées, belles à vous couper le souffle et tout en rotondités, qui viennent vous supplier de les aider, ça n'existe que dans les romans policiers à trente cents. Lui, sa seule affaire depuis deux mois, c'était une délégation de bouseux de Plouc-Ville qui étaient venus la lui soumettre, achevant de flinguer la moquette pisseuse avec leurs bottes encrottées de fumier. Et bientôt, ce serait son compte en banque qui serait à son tour flingué s'il n'arrivait pas à résoudre fissa cette affaire de mille-pattes. Damned ! Fallait-il qu'il soit tombé bien bas pour accepter ce genre d'enquêtes animalières !

Désemparé, Frank Shuyard ne trouvait pas la motivation pour se mettre au boulot. Il préféra penser à la soirée minable qui l'attendait, seul à siroter de la bière tiède devant son poste de télévision. N'importe quoi pour se gaver l'esprit de conneries, plutôt que de rester à gamberger sur son existence de sous-sous-merde : la tentation de prendre son flingue pour se composter la boîte crânienne serait trop forte. Il sortit le Télé Z de sa poche, commença à feuilleter, allant même, dans son blues, jusqu'à lire les blagues éculées envoyées par les lecteurs.

Quand tout à coup, au détour d'une page, il eut le flash : "les iules ! les iules ! Bloody Hell, mais c'est bien sûr !" (il avait beaucoup regardé "les cinq dernières minutes" dans sa jeunesse). Vite, il n'était pas trop tard. Il ramassa son flingue et sortit précipitamment. Chemin faisant, il maudissait sa lenteur d'esprit, la solution crevait pourtant les yeux. "Les iules ! Les iules !" grommelait-il encore chemin faisant.

C'était la grille de mots croisés de son programme de télévision qui lui avait asséné brutalement la vérité. "Vieille vache" en deux lettres, c'était "Io", bien sûr. Et verticalement, "mille-pattes" en quatre lettres, avec le "i" de "Io", c'était "iule" !!! Depuis le début, il avait oublié de se poser cette question pourtant essentielle : "à qui profite le crime ?" Et s'il y avait des personnes à qui profitait cette mystérieuse invasion d'iules, c'était bien le gang des cruciverbistes, ceux-là mêmes qui avaient détourné le cours de l'Aa dans l'Oô six mois plus tôt.

Il n'eut aucun mal à convaincre le commissaire de district. L'opération fut rondement menée : le soir même, les chefs du gang, Guy Brouty et Robert Scipion, dormaient derrière les grilles. Et ces grilles-là avaient beaucoup de cases noires.

vendredi 22 juin 2007

ManouMoulefritx III (d'un don à l'autre)





Souvenez-vous, Mioulefritx ubique compulsivement tandis que ses parents s’embrassent sous une couche de confit d’oie. Le mage Hiii assiste à la scène. Un goéland posé sur la rambarde de la fenêtre est également témoin involontaire de ces ébats. Il se prénomme Biquet. L’oiseau souffre d’un mal incurable : une propension à se prendre pour une couche culotte, il cherche la merde. Comme si cette tare n’était pas suffisante, Biquet la conjugue avec un sens de l’orientation totalement déficient. Voilà pourquoi le majestueux volatile s’écrase 3 étages plus bas, sur le trottoir, au lieu de se coller aux fesses de Moulefritx.

Ce petit manège n’échappe pas à Hiii. Il décide de n’attacher aucune importance à la chose et de se concentrer sur Moulefritx. De mauvaise grâce, un fluide énergétique entoure la petite fille tandis qu’Hiii lui crie : « Que signifie cette volonté de vouloir se perdre dans quelque chose ou dans quelqu’un ? L’amour ? Un besoin d’absolu, de fusion ? ». Moulefritx perd brusquement son don d’ubiquité. Elle reste compulsivement plantée sur le tapis du salon. Hiii, Foutrix et Mioule n’en croient pas leurs yeux.

« La conscience est un produit social » articule posément Moulefritx. Non seulement elle parle, mais elle cite Karl Marx. Mioule désapprouve bruyamment le choix de Marx en cette période d'ouverture au centre. « Ne vous inquiétez pas, répond le mage, votre fille devenue anthologie vivante de philosophie vous citera compulsivement tous les philosophes, mais plus particulièrement Leibniz dans sa période pessimiste. Cependant ne lui demandez jamais pourquoi. Jamais ».

Tout cela vaut mieux qu’un don d’ubiquité épuisant convient mentalement Foutrix en se léchant le bras gauche.

jeudi 21 juin 2007

Tant-BourrinQuand j'étais modèle (3)

Je vous ai certes raconté avec force détails comment j'avais posé pour Léonard de Vincennes et pour Yves Klein, mais je m'aperçois (la malepeste soit de mon effroyable étourderie !) que j'ai omis de vous narrer ma séance de pose pour Botticelli.

Mais peut-être s'agit-il au fond d'un acte manqué : je n'ai pas gardé un excellent souvenir de cette séance, et c'est une douce litote que de dire cela ! C'est même à ce jour une de mes expériences les plus cuisantes dans le monde de l'art pictural. Mais reprenons l'histoire au début.

Je me baladais tranquillement dans les rues de Florence quand un type m'est tombé sur le paletot. C'était Botticelli qui, ému par la beauté sculpturale de mes formes, me suppliait de poser pour lui : il avait en tête un tableau gigantesque représentant la naissance de Vénus et, disait-il, j'avais tout ce qu'il fallait pour lui servir de modèle.

Vous me connaissez : je suis toujours prêt à rendre service aux petits jeunots qui débutent, j'acceptai donc.

Mais j'allais vite le regretter : Botticelli s'était mis en tête de me faire poser à l'intérieur d'un gros coquillage pas très frais qui sentait encore la marée.

Beuuuuuuh, je n'ai jamais pu supporter les fruits de mer ! La séance de pose fut donc un véritable calvaire pour moi, car je devais m'efforcer de ne pas bouger tout en essayant de contenir des envies de dégobiller mon petit déjeûner.

Mais mon amour de l'Art étant ce qu'il est, je tins bon jusqu'au jour où Botticelli m'annonça enfin que sa Naissance de Vénus était finie.

Il dit alors : "Ma qué maintenant qué yé fini, yé vais mettre les miennes binoculars. Yé préfère ne pas les mettre parce que yé souis coqueto, mais quand yé fini oun tableau, y'aime bene voir précisamente ce qué ça donne !"

Et c'est là que tout a merdé. Car il a vu ça :

... et il s'est exclamé : "Ma qué ! Ma tou es oun cheval !!!!"

Je lui ai répondu que oui et lui ai demandé si ça le défrisait. Ce à quoi il a répondu que oui et qu'on ne pouvait pas imaginer Vénus sous la forme d'un bourrin et qu'il faudrait peut-être qu'il se résolve à porter ses lunettes en permanence.

Profondément vexé, je suis parti en claquant la porte.

Botticelli trouva par la suite une greluche insipide pour poser déguisée en Vénus (c'est-à-dire à poil !) et repeint par dessus le chef-d'oeuvre que vous pouvez admirer ci-dessus.

Maintenant, vous savez tout. La prochaine fois que vous passerez devant ce tableau aux Offices de Florence, munissez-vous d'un grattoir et allez attaquer la couche supérieure de peinture pour faire renaître au grand jour la vraie Vénus chevaline qui se cache dessous.

Les vrais amateurs d'Art vous en seront à jamais reconnaissants, soyez-en certains !

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