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vendredi 9 novembre 2012

celestineMon rencard avec Chauguise

L'autre jour, profitant de mon passage à Paname, je me suis dit comme ça.

« Et si j'en profitais pour passer un coup de biniou à Andiamo ? Je me suis laissé dire qu'il créchait dans le coin. »

Vous emballez pas, hein, bande de décapsulés, je vois déjà vos petits yeux égrillards se plisser à l'évocation de je ne sais quelle idée salace...C'était juste pour boire un caoua, et taper la discute avec le concepteur du commissaire Chauguise himself et en personne. Eh non, je ne résiste pas, quand j'ai l'occase, j'aime bien mettre des visages sur les blazes. C'est comme qui dirait une manie chez moi, ce passage du virtuel au réel.

Bref, on se file rencard dans un p'tit troquet boulevard de Ménilmontant, mais oui madame...et j'avoue que j'ai les guitares en coton, les mains moites et les pieds poites en attendant l'arrivée du poulet le plus célèbre de la blogo.

Bon le vlà, et tout de suite, le courant passe. Continu et alternatif. On sent qu'on est en phase quoi ! On fait les présentations, on se tape la bise et en avant Guingamp ! Je vous apprends rien, à vous les tauliers de ce blog jubilatoire et intempestif, votre pote est un joyeux drille. Mais en plus, il connaît plein de trucs sur tout. Avec son accent titi des faubourgs populaires qu'il fait reluire depuis la septième génération, me vlà plongée tout droit dans un film de Lautner, dialogué par Audiard. Du petit Jésus en culotte de satin.

Tout y passe, bourgeois, patrons, la gauche, la droite, même le bon Dieu, comme dans la chanson... Mais aussi Brassens, Coluche, et pi, hé, rigolez pas, Duclos et Marchais, des gonzes que j'avais même oublié qu'ils existaient à une époque, et pi la famille, le turbin, les rapports zhumains en général et en particulier. Moi j'ai les mirettes qui pétillent et le clapoir ouvert comme un poiscaille qui a avalé trop d'air. J'esgourde, je biche.

C'est qu'il sait parler, le dabe ! Pas étonnant qu'il ait la plume alerte. Et avec les frangines, il est encore plus loquace. Que voulez-vous ? C 'est son p'tit talon d'Achille à lui, il aime beaucoup les personnes du sexe opposé. Opposé à quoi, on se le demande...

Moi chuis pas opposée à me laisser gentiment causer fleurette par un zigue qui m'appelle « belles chasses » , et qui a encore un esprit et des manières d'hommes, les vrais, qui refusent que les gonzesses paient les consommations. Pas comme ces homoncules de maintenant, qui se passent des pognes et se sucent la pomme au lieu de se serrer la pince, de toutes façons, je risque pas grand-chose pour mon honneur, avec le loufiat qui nous lorgne le regard en coin, et les chalands qui passent devant le rade.

A cinq plombes de l'après-midi, le boulevard de Ménilmontant c'est pas franchement le désert des Tartares, sans compter mes deux fistons qui chaperonnent de loin en loin, leur maternelle avec le zèle d'un James Bond en service commandé. (rapport au film que j'ai vu au cinoche avant-hier)

Enfin voilà, l'heure passe, il faut trop vite prendre congé, presqu'au milieu d'une phrase, et l'on se quitte comme deux potos, sous la petite pluie qui sert de manteau aux Parigots.

Arrivederci, bello. Et vous, faisez pas les jalminces, si ça se trouve, votre tour viendra...

mardi 6 novembre 2012

AndiamoLe machairodus

Gaston Coutard était un homme comblé, grand, costaud : un vrai baroudeur, ce Gaston !

Il occupait en cette année 2764 une place fort enviée : il était conservateur du grand parc animalier et paléontologique de la région de Mende. Un poste fort honorifique et lucratif, qui n’était toutefois pas sans danger car il était chargé d’approvisionner le dit parc en espèces animalières disparues depuis fort longtemps.

Certes il n’était pas question de rapporter un tyrannosaure ou un vélociraptor, c’était bon pour des scénarios de vieux films comme « Jurassic Park » qu’il avait vu à la cinémathèque, sur un vieil écran, et même pas en 3D !

Sa mission consistait cette fois-ci à rapporter un machairodus ou « dents de sabre », ce grand félin encore appelé « smilodon » et qui vivait il y a environ dix millions d’années, une période appelée Eocène (merci Wikipedia).

Comment rapporter de telles espèces ? Cela était devenu assez aisé, car depuis de très nombreuses années, les voyages spatio-temporels étaient monnaie courante, grâce à la superbe invention du professeur Trougnard, améliorée et peaufinée certes.

Assisté du jeune Emile Lambris, en stage de formation, Gaston pris place dans le rétro-taxi. Bien calé dans le fauteuil en skaï, il s’activa sur le clavier de l’ordinateur de bord, entrant les coordonnées qui devaient les propulser dix millions d’années avant notre ère !

Une cage avait été aménagée dans le compartiment inférieur de l’engin, afin d’abriter les animaux capturés, un treuil fixé dans le fond de la cage permettait de hisser les animaux endormis à bord.

Bien entendu, chacun des valeureux aventuriers était muni d’un fusil à fléchettes anesthésiantes, aussi discret qu’efficace.

Inutile de changer le jour et le mois, le 30 juin ferait largement l’affaire. Toutefois, en ce qui concernait l’année, Gaston entra : - 10 000 000, puis il appuya sur la touche « ENTER ».

ZZZZWIPPP ! Le rétro-taxi devint transparent, nos deux explorateurs aussi, ce qui permis au jeune Emile de s’apercevoir que son boss avait bouffé des spaghetti bolognese au cours de son dernier repas !

ZZZWAPPP ! Le rétro-taxi retrouva sa forme et sa consistance, le voyage était terminé.

Gaston Coutard ouvrit prudemment la porte. Une savane s’étendait à perte de vue. Une dizaine de ce que nous appellerions plus tard des antilopes se désaltéraient dans un marigot, alors il sortit ses jumelles prismatiques et scruta les alentours…

Soudain, il les vit. Cinq machairodus, un mâle et son harem, debout, humant l’air du soir en direction de la mare. « Nous allons nous approcher », déclara Gaston à son jeune aide. Le rétro-taxi était capable, grâce à un moteur atomique, de se déplacer dans le plus grand silence, en évoluant à quelques centimètres du sol. Un système anti-gravitationnel du dernier cri lui assurait cette capacité supplémentaire.

Immobiles, bien à l’abri dans leur engin, Gaston et Emile attendaient. Ils savaient que très rapidement, profitant de l’inattention passagère des antilopes trop occupées à étancher leur soif, les machairodus attaqueraient. Ils chassaient en groupe, encerclant leurs victimes, puis, superbe et généreux, lorsque les femelles avaient fait le travail d’approche, impérial et silencieux, le mâle portait l’estocade, détalant à toute vitesse, ses deux-cent cinquante kilos de muscles s’abattant sur les reins de sa pauvre victime, tandis que ses longues canines se plantaient dans la jugulaire de la pauvre bête…

Mais enfin il faut bien que tout le monde mange, murmura Emile Lambris tout ému à l’idée d’assister à sa première chasse de machairodus.

Tout se déroula comme prévu, une jolie antilope alla mordre la poussière, le mâle avait planté ses crocs et rien ne lui ferait lâcher prise. Un peu à l’écart une femelle gardait les petits de la « tribu ».

- Celle-ci ! s’écria Gaston la désignant du doigt.

Lentement, le rétro-taxi se mit en route, le vent leur venait de face, si bien que la femelle ne pouvait les sentir.

Quand ils furent à distance convenable, Gaston se tournant vers son jeune collègue lui dit :

- A toi l’honneur, Emile, ne la rate pas !

Emile épaula, bloqua sa respiration, une goutte de sueur dégoulina le long de son cou, il pressa la détente….

Un petit claquement sec, la fléchette se planta dans le flanc de l’animal qui se retourna en direction des deux hommes.

Lentement la femelle avançait, retroussant ses babines, dévoilant davantage ses canines démesurées. A quelques mètres du rétro-taxi, elle vacilla, émis un énorme bâillement, puis s’affaissa d’un coup, levant un petit nuage de poussière.

Alors, très rapidement, Gaston et Emile sortirent, enveloppèrent l’animal dans un filet, puis remontèrent dans leur engin, Gaston actionna le treuil tandis qu’il voyait la meute venir à grand train vers eux.

La trappe eût juste le temps de se refermer, le mâle était déjà contre le flanc de l’appareil, humant celui-ci, et cherchant à ouvrir la porte avec sa puissante patte munie de griffes redoutables !

Un peu fébrile et suant la peur par tous ses pores, Gaston tapa sur le clavier la date du retour, il enfonça la touche « ENTER »…

ZZZZWIPPP !… L’engin devint transparent, les spaghetti bolognese étaient toujours là !

ZZZZWAPPP !… L’engin réapparu, tangua dangereusement, puis se coucha sur le côté. Le choc fit ouvrir la trappe. Réveillée, la femelle machairodus, déchira le filet, puis détala !

- Bordel à cul de nom de Dieu de fumier d’lapin ! s’écria Gaston Coutard, qu’est-ce qui s’est passé ? On devait émerger sur une place bien plane, pavée de jolis carreaux roses et gris, et au lieu de ça je suis sur un terrain caillouteux, planté de buissons ! Evidemment, ça n’est pas stable, bordel !

- PA… PA…

- Toi, Ducon, ne m’appelle pas Papa !

- C’est pas ce que j’ai voulu dire patron, regardez : vous vous êtes planté, vous avez programmé 1764 au lieu de 2764 !

- Merde !

C’est tout ce que Gaston trouva à répondre.


Le 30 juin 1764, commença en pays de Gévaudan, le plus horrible carnage qu'aucune bête n'avait commis jusque là !... La bête aurait fait entre 88 et 124 victimes selon les sources. Le Roi Louis XV lui-même s'en ému et envoya une compagnie de Dragons afin de venir à bout de la bête... En vain !

(ch'tiot crobard Andiamo)

samedi 3 novembre 2012

Saoul-FifreMonsieur Ricard

Non pas Paul, rien à voir avec Paul, le célèbre peintre monochrome obsédé par le jaune à tel point qu'il popularisa une boisson pouvant vous foutre une jaunisse, ou plus précisément un ictère à bilirubine conjugué plus communément appelé "cirrhose"

Bon vous avez été sages, on a pas reçu plus de 20 spamms cette semaine, les trolls on a carrément oublié ce que c'était, allez hop, une petite gâterie (en tout bien tout honneur ho mon dieu qu'alliez-vous imaginer ?) par l'inoubliable Annie Cordy oui j'aime les artistes qui mettent leurs couilles sur la table et qui posent les vraies questions : pourquoi ce surnom de "six roses" ? Les exégètes les plus bourrés de compétences s'en arrachent encore les cheveux des années plus tard.

Non, le mien, de Ricard, s'appelait Arsène. C'était le dernier forgeron-réparateur de machines agricoles du coin et maintenant qu'il est mort on en a plus. Voilà mon billet est fini.

Snif Vé malgré mon chagrin je vais vous en dire un peu plus. Ricard c'était la terreur du monde agricole, il se mettait en pétard pour un rien, te collait un pain sur le tarbouif pour un mot de trop ou te lançait carrément à la figure le marteau-à-frapper-devant, enfin tout ce qui lui tombait sous la main au moment où il éprouvait un besoin urgent de te balancer quelque chose dessus. Valait mieux avoir un certain niveau dans l'art de l'esquive.

Alors les péquenots avaient pris l'habitude de lui envoyer leur femmes, espérant un peu plus de retenue et de respect devant des corps de mères. Erreur, grossière erreur car son imago maternelle était pourrave au dernier degré, je l'appris par la suite.

Et bien je ne suis pas peu fier d'avoir apprivoisé la brute, jusqu'à ce qu'on devienne, je ne sais pas si, avec une différence d'age entre nous de plus de 45 ans on peut utiliser ce mot, mais oui : amis. Déjà il était hyper compétent dans son boulot, m'a appris plein de ses secrets, j'avais une admiration palpable, palpitante pour lui.

Et puis il avait une histoire et j'adore les histoires qui trouvent leur dénouement par le haut, quels que soient les écueils et les vents contraires. Orphelin de père très jeune, sa mère se remaria assez vite et la relation du jeune Arsène avec son beau-père devint vite catastrophique. Le petit ayant du caractère (déjà !) la vie du foyer devint explosive et Ricard ne trouva que la fugue comme solution. Dix, onze ans peut-être... Il marcha, chaparda, dormit où il pouvait et un jour qu'il vagabondait dans une rue de Mallemort, il se fixa, fasciné, dans la position du chien d'arrêt, devant la porte d'un hangar à l'intérieur duquel un grand feu fouettait ses ombres et ses lumières mouvantes autour d'un bonhomme habillé de cuir qui cognait, se démenait, faisait vibrer la tôle, résonner l'acier à grands coups de marteau. Il resta là toute la journée, silencieux devant ces mystères qui le dépassaient, les énergies en jeu sans doute en affinité avec sa propre violence et avec sa colère, les yeux écarquillés. Le soir il était toujours dans la même position, hypnotisé, il venait de rencontrer sa vocation.

Le forgeron ferma son atelier et, ému par ce petit bout d'chou taciturne, le ramena manger et dormir chez lui. Les jours suivants, Ricard suivit son nouveau patron à la forge, balaya, surveilla le feu, courut chercher les pièces demandées et le forgeron, de son côté, se renseigna discrètement auprès de la maréchaussée sur l'identité de son fugueur, fit le voyage à Salon et proposa à la mère de prendre Arsène en apprentissage, ce qui fut fait, et qui arrangea tout le monde. De ce temps-là, Arsène fit une croix bien épaisse et bien opaque sur sa mère et son beau-père, il ne les a même pas invités à son mariage. Il finit sa formation chez son maitre providentiel, puis se mit à son compte après l'intermède du service militaire et de la guerre où on l'avait mis à ferrer "les mulets méchants" dont les autres maréchaux-ferrant ne voulaient pas. Puis il se maria avec une "Première rosière" de Salon-de-provence (l'équivalent de nos miss actuelles) dont la devanture avantageuse était une publicité vivante pour son corps de métier puisqu'elle livrait le lait cru fraichement trait, de porte en porte, avec son charreton plein de bidons.

Autant Arsène avait détesté sa mère, autant il a adoré sa femme qui était très gaie et qui savait le prendre par le bon bout.

Et puis vint le jour de ce coup de fil pour le moins inattendu :

- Vous êtes bien Arsène Ricard, votre mère s'appelle bien unetelle, née en ... ? Elle est à l'hôpital, elle n'a aucun revenu, en raison de l'obligation légale alimentaire due par les enfants aux parents, nous vous envoyons la facture...

Et voilà comment, à 75 ans, on se retrouve contraint d'héberger sa génitrice. Si Arsène avait tenté d'effacer sa mère de sa mémoire, de son histoire, de son amour, sa mère, elle, avait parfaitement réussi. L'infirmière a domicile lui dit :

- Vous avez vu comme votre fils est gentil ? Il vous a pris chez lui, il vous relève quand vous tombez, il vous porte...

Et la mère qui répond :

- J'ai pas d'fils, j'ai jamais eu d'fils !!!

La gueule que tirait l'Arsène !

Il a quand même fallu qu'ils se la coltinent quatre ou cinq ans, la grabataire, vu qu'elle s'est accrochée à la respiration jusqu'à presque cent ans. Madame Ricard bru est morte l'année suivante, sans doute épuisée par cet effort, c'était quand même elle qui supportait ses jérémiades en direct live à la maison ?

Le coup de Jarnac de la mère prodigue qui rapplique en fin de vie, la perte de sa femme qu'il adorait, Arsène a pas tenu le choc beaucoup plus que six mois et pourtant il était en pleine forme, il a travaillé jusqu'au dernier jour, on a essayé de lui changer les idées, de l'inviter à la maison, avec les gosses c'était toujours très gai, mais non, il s'est vraiment laissé mourir de chagrin.

Il m'avait dit :

Ya ma femme qui m'attend dans notre caveau, à Salon. Notre caveau, tu peux pas te tromper, c'est le seul qui n'a pas de croix !

Ah oui, ça me revient : sa mère l'avait mis en pension chez les sœurs, pour pouvoir faire sa vie tranquille...

mercredi 31 octobre 2012

Tant-BourrinLa très aventureuse vie du Chevalier de Tant-Bourrin et de son écuyer Saoul-Fifre (Chapitre XIX)

(lecture préalable des chroniques précédentes conseillée)

Où le Chevalier de Tant-Bourrin se mêle à la plèbe

XIIIème siècle après Jésus-Christ - Quelque part dans le Royaume de France

L'étrange équipage cheminait, dans une nuée de poussière soulevée par les sabots des montures, sur un mince chemin caillouteux qui serpentait dans la plaine, dans la chaleur ardente d'un automne médiéval tardif.

En tête, le Chevalier Hippobert Canasson de Tant-Bourrin, les épaules affaissées, la mine longue, triste et encore grêlée de morve séchée depuis sa dernière aventure, l'aura définitivement en berne, chevauchait son blanc destrier, rythmé par le clinquement sinistre de son armure déstructurée.

Derrière, doucement bercé par le pas zigzaguant de sa bourrique miteuse et alcoolique, son écuyer Saoul-Fifre, la face plus rubiconde que jamais sous les effets du soleil et de la mauvaise vinasse, un sourire béat et légèrement baveux aux lèvres, auréolé d'une myriade de mouches plus flamboyante que jamais, dormait du ronflement du juste.

Mais le Chevalier, depuis quelques heures, était soucieux, comme en témoignait l'infime tic nerveux qui lui faisait battre la paupière gauche toute les demi-secondes. Sa chevauchée vers de nouvelles aventures emplies de veuves et d'orphelins à secourir - même si, avouons-le, sa foi et son ardeur commençaient à se lézarder méchamment - était de plus en plus ralentie par d'autres véhicules : chevaux, carrioles, chars à bœuf, charrettes à bras, etc.

Au début, il put se faufiler entre les obstacles (la mule zigzagante de Saoul-Fifre fit d'ailleurs merveille dans cet exercice), n'hésitant pas à doubler en passant sur le bas-côté. Mais bientôt cet échappatoire lui fut interdit, car le chemin s'urbanisait, hérissé de chaumières de plus en plus nombreuses et rapprochées.

- Par la malepeste ! Mays que ce passoit-il doncques ? On n'avansçoit qu'au pas d'une tortue !
- Rrrrrr.... zzzzzz.... rrrrrr.... zzzzzz...
- Espèsce de résydu d'escuyer, je te parlois !
- Rrrrrr.... zzzzzz.... rrrrrr.... zzzzzz...

BLONK !

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dimanche 28 octobre 2012

AndiamoTi'Pote

Moi, quand j’étais petit, j’étais pas bien grand ni gros. J’ai grandi mais pas trop grossi. J’causais bien, mais ça suffit pas toujours de bien causer pour éviter les pains. Mon pote qu’on appelait « Ti’Pote », lui, y causait pas bien, mais les pains y les donnait bien.

Moi qui causais plutôt bien, j’y expliquais à Ti’pote les mecs qui m’avaient emmerdé. J’lui expliquais tellement bien (j’expliquais bien, t’aurais vu !) que Ti’Pote y faisait aussi sec une distribution de bourre-pifs, un festival de claques dans la gueule !

Un teigneux, Ti’Pote, et une allonge commack, y s’expliquait à sa manière, t’aurais vu la gueule de l’explication quand le malappris y s’tamponnait le tarbouif avec son tire-moelle rougi par le résiné !

Y m’disait : « mate son tire-moelle, on dirait la balançoire à minets de ma frangine quand elle a ses ours » ! Moi j’savais pas c’que c’était, une balançoire à minets, j’me disais que les greffiers chez Ti’Pote y z’avaient bien d’la chance d’avoir une balançoire. Et puis les ours et sa sœur, j’voyais pas bien ce qu’ils foutaient ensemble. Alors, pour ne pas avoir l’air con, je ricanais bêtement, faisant celui qu’avait tout gambergé.

Son Dab à Ti’Pote, il était terrassier, un métier tellement dur qu’il obligeait les pelleteurs à descendre 6 à 7 litres de rouge par jour, du rouge de chez « Pinard Boutique », sinon y pourraient pas tenir le coup, m’expliquait Ti’Pote. Tu vois, mon vieux, c’est pas qui lichtronne, non, mais c’est comme qui dirait forcé !

Un peu comme les travailleurs de force pendant et après la guerre qui avaient droit à des cartes de ravitaillement plus conséquentes. Car il fallait qu’ils prennent des forces justement. Son père à Ti’Pote y prenait des forces en faisant des repas liquides en quelque sorte… Enfin, c’est comme ça que j’voyais l’truc.

Sa mère à Ti’Pote, au début, j’ai cru qu’elle était peau rouge, elle avait la tronche vermillonne, vu qu’elle astiquait le comptoir de l’épicerie-buvette en face de chez moi. On n’avait pas le téléphone à l’époque, mais des buvettes, ça oui ! C’est là que les gens y causaient, c’est mieux que de jacter dans un bout de plastique et puis ça faisait vivre l’épicier.

Sa mère, donc, elle était drôlement consciencieuse, elle restait à frotter le zinc jusqu’à épuisement, vu qu’elle sortait vachement fatiguée. Pour rentrer chez elle, elle devait tenir les murs. Elle était drôlement courageuse, sa Manman à Ti’Pote.

Il avait des frangines, y z’étaient beaucoup dans leur deux pièces cuisine au bout de ma rue, six ou sept à s’entasser là-dedans. Un jour, sa sœur, elle a vachement grossie, on a demandé à Ti’Pote pourquoi qu’elle grossissait comme ça ?

C’est la première fois que je l’ai vu gêné, il a bredouillé… Trop bouffé, gros ventre comme les lapins quand y z’ont becqueté de l’herbe trop fraîche, sauf que ma frangine c’est des épinards qu’elle a bouffé. Après ça, sa frangine on l’a appelée Popeye, même qu’elle faisait la gueule. Et puis, un jour, on l’a vu la frangine à Ti’Pote, elle promenait sa boîte d’épinards dans une poussette, même qu’elle gueulait vachement la boîte, et qui fallait la changer six fois par jour !

Ti’Pote, il avait un vocabulaire rien que pour lui… Fallait suivre ! Tiens, il avait un vélo, il l’avait équipé avec une fourche cospique à ressort, et même que Ti’Pote il freinait du frein dans les descentes de côtes… Son père aussi, il les descendait les côtes, celles du Rhône surtout.

Et puis il aimait bien les films de Lélardi (Laurel et Hardy) même qu’il s’asseyait sur un nétrapontin quand y’avait plus de fauteuils de libres. Y causait pas bien mais qu’est ce qu’on s’marrait !

Et puis, un jour, Ti’Pote, il est revenu avec une belle cocarde : bleu, blanc, rouge la cocarde. Dessus, y’avait écrit : « bon pour les filles ». Il avait été reçu au conseil de révision, je crois bien que c’était la première fois qu’il était reçu quelque part. Parce que faut dire que personne ne voulait le recevoir, biscotte le gant de toilette, ils se le passaient chez lui, ils se le passaient seulement.

Il était tout content, Ti’Pote, il allait partir en Algérie, lui qu’avait jamais quitté sa banlieue pourrie, il jubilait. J’vas voir la mer qu’il braillait, j’vas prendre le bateau ! Puis il aurait un beau costar kaki, et la panoplie qui va avec, un flingo avec des vraies bastos, lui qu’avait connu que les lance-pierres bricolés avec des « chibrières » comme il disait. Y s’voyait toujours dans sa rue à jouer aux cow-boys et aux Indiens, y s’doutait pas de ce qui l’attendait.

Ça a dû drôlement lui plaire à Ti’Pote, le soleil, la mer, les palmiers, ça a dû drôlement lui plaire à Ti’Pote, parce qu’ on ne l’a jamais revu…

jeudi 25 octobre 2012

celestineFin d'un mythe

Le surhomme est tombé. L'homme aux sept tours de France, n'était en fait qu'un vil tricheur.

C'est pitié de voir ses afficionados, atterrés, tenter de lui trouver des excuses foireuses. Ils brandissent l'étendard de la triche "organisée", des exigences du monde de l'argent qui lancèrent le pauvre Pouce... Euh, pardon qui poussèrent le pauvre Lance à commettre l'irréparable, pris dans les rets gluants et ignobles d'une machination diabolique à l'insu de son plein gré.

D'autres jouent les faux étonnés. Comment ? Ce n'était donc pas possible, d'être ce champion extraordinaire que l'on nous contait ? Celui qui est capable d'enfiler l'Aspin, l'Aubisque et le Tourmalet à trente de moyenne et de grimper en arrivant encore vingt mètres de cordes à nœuds, alors que ses poursuivants ahanaient deux kilomètres derrière, à la ramasse...

Ça avait pourtant de la gueule, les exploits de ce beau mec bien balancé qui semblait tout droit sorti de la cuisse à Jupiter. Une cuisse triomphante, luisante et impeccablement épilée... Ça faisait rêver les ménagères de moins de cinquante ans en mal de héros absolu, et les cyclistes du dimanche qui coincent leur petite brioche dans un jogging décathlon ou un cuissard en lycra avec entrejambe en peau de chamois (ancien) ou en gel spécial irritations (moderne) pour faire le tour du bois de Saint-Cloud.

Là où il avait vraiment ému les foules, l'homme en jaune, c'est en se battant contre son cancer des "gesticules", des "choses de la vie" comme disait le regretté Coluche. Quand je pense qu'on avait tous gobé la version selon laquelle les frottements itératifs de ses valseuse contre la selle en silicone auraient pu être à l'origine de ce haut mal. Alors que son "gonade blues" résultait qu'il était simplement chargé comme une mule par les piquouses du professeur F.... son sulfureux toubib.

Il n’est qu’une victime expiatoire de plus, un « exemple » sur lequel peuvent se déchaîner les médias : mais pour un démasqué, fût-il mythique, combien de sportifs de « haut niveau » continuent de tricher impunément ?

Nan, mais, faut être un peu naïf pour croire que Superman existe à l’état naturel. Quand on a taquiné un peu du braquet et de la pédale, comme moi dans ma jeunesse quand je suivais (par amour) mon homme dans ses plus folles équipées cyclistes, on sait bien que certaines performances tiennent de l’irréalisable.

J’en ai grimpé des côtes, des rampes, des cols, soufflant comme un âne malgré mon 30-28, faisant du sur-place les pieds coincés dans les cale-pieds à la limite de la rupture d’équilibre. J’ai enchaîné les « faux-plats » (doux euphémisme), les crampes, les muscles tétanisés, les fesses à vif, la moule en compote… J’ai tout enduré : les fringales, les hypoglycémies, les vertiges de la descente, les lignes droites qui n’en finissent pas, le découragement, les crevaisons en plein vol, les dérapages sur les gravillons, les boyaux qui éclatent, les chaussures ferrées qui font clip-clop, le dérailleur qui déraille, les mains pleines de cambouis quand on essaie de remettre la chaîne sur ces putains de pignons… Sans parler des tenues particulièrement sexy et du bronzage cycliste qui n’a d’égal que son homologue agricole.

Bref, j’en ai chié des ronds de chapeau. C’est con, le vélo, c’est dur ! C’est un sport de barge. Bien sûr, j’ai jamais fait de compétition, hein. Juste « des balades » pour « le plaisir ». Et en plus je ne suis qu’ une faible femme, ne l’oublions pas.

Mais même avec ses gros biscottos et un gros paquet de biftons au bout, ce qu’ il arrivait à faire, Armstrong, c’était juste pas possible. C’était pas humain. Malgré ce qu’ on nous a fait avaler pendant des années. Fallait une intervention divine, comme dans les histoires de la mythologie. Un doigt de Dieu qui s’appelait E.P.O.

Et pour les gogos qui acclament les champions, un Enfumage Patiemment Organisé…

lundi 22 octobre 2012

Saoul-FifrePremière lettre

Par quels chemins tordus en vient-on à l'écriture, quels soupirs silencieux sont déjà en germes dans les cris, quelle entité a décidé et dans quel recoin qu'il vous faudrait salir du papier pour ralentir un peu votre chute ?

Très tôt compagnon de moments d'évidence, les mots me semblèrent des portes incontournables à qui se sentait l'âme pirate, avide d'arracher charnières et secrets aux coffres à trésors sémantiques et curieuse de pierres brutes à retailler en bijoux. Mes yeux, habitués à glisser sur les ombres et les choses de peu, restaient agrippés à ces signes d'origine supra-naturelle. Leur diversité de forme, de taille, de couleur dénotait leur importance et leur complexité. Il y avait une volonté derrière ces bitognots abscons. On les avait déposés là pour combattre le hasard, pour lancer des messages, des ordres, de l'espoir. Ceux-là même qui prenaient de leur temps pour graver ces lettres minuscules sur leurs supports si minces et si fragiles sous mes doigts ne mesuraient sans doute pas assez leur importance incroyable que je ressentais parfaitement, moi, du haut de mes deux ans révolus.

Je n'eus dès lors de cesse de faire cracher à mes géniteurs l'intégrale de leurs connaissances au sujet de tous ces gribouillis trainant dans la corbeille du courrier, sur les tables de nuit, sur nos étagères soutenant des pavés poids-plume, mais aussi à l'extérieur du nid, dans l'immensité du monde, gravés sur les frontons des monuments, sur les panneaux indicateurs de routes, les placards publicitaires, les véhicules d'entreprises et les journaux pour enfants que très tôt je préférai aux friandises glucosées du vulgus. Vous connaissez des parents, vous en êtes peut-être vous mêmes, j'en suis un, imaginons-les sans peine se valoriser en répondant avec systématique à ma soif de culture littéraire. A cette allure, je n'eus pas besoin de l'école obligatoire pour acquérir mes fondamentaux. Cela tombait impec car mon pays était en guerre et il était très dangereux d'aller à l'école, cela impliquant de marcher devant des magasins susceptibles d'être plastiqués

Ma mère devenant ma maitresse, et mon père, ravi de me voir si passionné, nous apportant son concours, mon œdipe fut aisément résolu.

Ils me révélèrent les possibilités sans limites de l'Ecriture un soir de décembre. Il suffisait que j'écrive à un nommé "Père Noël" pour recevoir les objets de mes désirs les plus fous. Technique marketing très en avance pour son époque, prenant pour postulat de base une absence totale d'esprit critique chez le consommateur-cible, mais d'une efficacité redoutable. Je ne me souviens pas avoir mis autant de cœur dans une lettre depuis. Comme on m'avait parlé d'un "pays du Nord" comme habitat d'origine du mécène en question, je prévins tout risque d'erreur de traduction ou autre en doublant mon texte de dessins au réalisme suffisant. Je fis admirer mon œuvre à mes parents, nous la fîmes bruler dans la cheminée pour qu'elle "monte au ciel", ça puait le mythe païen récupéré par son cureton et je reçus effectivement en retour ma panoplie de cow-boy avé le colt et le lasso. Un vrai tour de prestidigitation qui eut une grosse influence sur mon destin.

Ainsi ces hiéroglyphes, même réduits en fumée, n'existant plus que dans ma mémoire, pouvaient s'incarner, participer à la réalisation de rêves, donner du bonheur. Un stylo entre les doigts, je tenais donc là la baguette magique au pouvoir absolu.

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