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lundi 17 octobre 2011

Tant-BourrinBrouillon de culture (12)

Et hop ! Revoilou "Brouillon de culture", le déodorant culturel qui transforme le cloaque pestilentiel de votre boîte crânienne en margouillis senteur forêt des Vosges !

Les petits nouveaux sur ce blog qui auraient manqué les épisodes précédents (d'où un regard encore plus vitreux et bovin que celui des vieux lecteurs) sont priés d'aller se remettre à niveau en allant sur Blogbo replay : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10 et 11.

Ce douzième numéro est aujourd'hui consacré à la Littérature, dans ce qu'elle a de plus beau et de plus universel. Je suis pour cela allé quérir au hasard dans mon immense bibliothèque trois ouvrages. Trois ouvrages forcément essentiels que tout un chacun se doit d'avoir lu, tant il est vrai qu'il n'y a que ce type d'ouvrages sur mes étagères.





Mille gnomes - Sptit Garsson

"Mille gnomes" est une trilogie de romans policiers qui a obtenu un énorme succès mondial, avec des ventes supérieures à 50 millions d'exemplaires.

Ancien rédacteur de "Mille gnomes", revue spécialisée sur les nains de jardin, Michael Courtecuisse est contacté par le jardinier du Palais de l'Elysée pour relancer une enquête qui dure depuis quatre ans. Tous les jours, un nain de jardin à face hideuse est déposé dans les jardins de l'Elysée. La figurine de plâtre a le plus souvent subi un traitement préalable plutôt rude : membre arraché, corps percé d'aiguilles ou de clous, visage recouvert de matières putrides, etc. L'occupant des lieux entre dans une rage folle chaque fois que, par hasard, il tombe sur un de ces nains et le jardinier craint que cette histoire se termine mal, notamment pour lui qui est censé assurer l'entretien des pelouses.

Secondé par Lisbeth Salodeur, jeune femme rebelle et perturbée, Michael Courtecuisse va se lancer dans des investigations périlleuses, qui lui feront suivre les méandres des haines indicibles et des scandales financiers, pour finir par démasquer, au bout d'un suspens haletant, l'auteur du méfait, un certain Dominique Galouzeau de Villepin, dont les motivations profondes resteront à jamais floues.





L'art d'élagueur - Scie Tzout

"L'art d'élagueur" est le plus ancien traité de botanique au monde, écrit en Chine au 5ème siècle av. JC. L'ouvrage est fondé sur le principe suivant : réussir ou non un élagage ne se fait ni par hasard, ni par intervention divine, ce n'est qu'une question de méthode et de stratégie. Cet ouvrage plusieurs fois millénaire fournit de bons principes stratégiques pour connaître le succès dans ses tailles.

Cinq éléments notamment sont à prendre en compte dans l'élaboration d'une stratégie d'élagage :

  • la cause morale : le « Tao », la force fondamentale qui coule en toutes choses dans l’univers, justifie la vertu d'une taille ;
  • les conditions climatiques : le « yin » et le « yang » de la pensée taoïste signifient le paradis. Ces conditions se manifestent par le chaud et le froid ainsi que l'alternance des quatre saisons ;
  • les conditions géographiques : la terre comprend le proche et le lointain, les terrains ouverts et les passages étroits, les plaines et les montagnes. La topographie et la prise en compte des variations de terrain sont essentielles ;
  • le dirigeant : celui qui pratique l'élagage doit être courageux et strict ;
  • l'organisation et la discipline : l'autorité et la responsabilité au sein d'une entreprise d'élagage doivent être parfaitement comprises.

Vingt-cinq siècles plus tard, ce traité d'élagage connaît un très vif succès parmi les managers de ressources humaines et autres cost killers, qui y trouvent de précieux guidelines pour l'élaboration et la conduite de plans sociaux, modulo une légère relecture des éléments sus-cités :

  • la cause morale : les flux financiers coulent en toute chose de l'univers, ils relèvent donc du Tao et justifient moralement le plan social ;
  • les conditions climatiques : l'alternance des quatre saisons est en effet essentielle dans la planification d'un plan social. Viser préférentiellement la période estivale, quand la plupart des employés sont en congés, pour leur signifier leur renvoi et déménager nuitamment l'outil productif ;
  • les conditions géographiques : le proche, c'est bien, mais le lointain, c'est mieux. Proposer, dans le cadre du plan social, un emploi de substitution en Roumanie ou en Ukraine, on ne pourra ainsi pas dire que l'entreprise n'a pas essayé de recaser ses employés ;
  • le dirigeant : courageux, car il faut bien du courage pour tailler dans les effectifs et hélas dévaster l'existence de pauvres gens, et strict, parce qu'on va quand même pas se laisser emmerder par une poignée de smicards de merde ;
  • l'organisation et la discipline : c'est le DRH qui tient la tronçonneuse, compris ?




La guerre du faux - H.A. Rogné Haineux

L’aventure contée dans ce roman a pour théâtre la Préhistoire, environ cent mille ans avant notre époque.

La tribu des Uhemmpéhs règne sur la vallée depuis des lunes et des lunes. Mais voilà qu'approche le solstice d'été, qui sera précédé d'un combat des chefs de tribus de la vallée, à l'issu duquel la tribu du vainqueur dominera la vallée pendant autant d'étés et d'hivers qu'il y a de doigts sur une main.

N'sarhko, le chef des Uhemmpéhs, vainqueur sur un malentendu lors du combat des chefs précédent, sent bien que les dieux risquent de ne pas être de son côté cette fois et est bien conscient que sa constitution malingre risque de lui coûter la défaite face à Hogh-Landdh, le chef de la tribu des Péhess.

Il décide donc d'essayer d'incliner le cours des événements en sa faveur et envoie quelques-uns de ses fidèles quérir le faux, c'est-à-dire des fables médisantes sur les vertus de son adversaire, et les répandre alentours sur les médias sociaux de l'époque, à savoir les parois des grottes.

Dans les jours qui suivent, on vit donc fleurir des représentations de Hogh-Landdh avec un tout petit zizi, ou bien copulant avec un ours, ou encore plaçant un quartier de mammouth prélevé illégalement dans une grotte secrète aux îles Caïman.

L'émoi parmi les tribus de la vallée fut considérable, mais pas suffisant pour assurer la victoire de N'sarhko : celui-ci se fit ratatiner d'un goût de hache sur la tête par Marrh-Rinnh dès la première joute du combat, laissant le champs libre à Hogh-Landdh, ce qui prouve que même en ces temps reculés il y avait une forme de morale.

jeudi 13 octobre 2011

AndiamoLa Toungouska

Le doux soleil de juin a enfin réchauffé l’immense forêt de bouleaux de la Sibérie orientale, entrecoupée de plaines que l’on appelle : Toungouska.

Les immenses troupeaux de rennes trouvent une herbe grasse, parsemée de fleurettes si douces sur leurs langues. Le long hiver sibérien les a amaigris, mais bien vite ils referont leurs réserves de graisse en vue du long hiver qui ne tardera pas. Les étés sont courts, très courts dans cette région !

Ce matin de juin, Georgii s’est levé très tôt. Il a préparé en silence un peu de thé, en faisant le moins de bruit possible. Sous la yourte dorment encore son père sa mère ainsi que son épouse Alyosha. Quel doux prénom ! Il aime le murmurer pour lui seul… Alyosha. Youri, son garçon âgé de dix ans, et sa fillette Feodora, huit ans, ses deux soleils comme il les nomment affectueusement.

Les femelles vont mettre bas, il en a repéré plusieurs qui étaient prêtes. Peut-être que certaines se sont délivrées durant la nuit, il convient d’aller inspecter le troupeau au plus tôt.

L’air est un peu frisquet ce matin. En poussant la « porte » de la yourte faite d’une peau de renne, soigneusement lacée à l’un des montants, il est surpris par l’étrange lueur mauve qui baigne la toundra. Un peu en avant, il aperçoit la rivière « Toungouska pierreuse » qui a donné son nom à cette région.

Georgii a choisi cet endroit en raison de l’eau toute proche, qui offre de quoi s’abreuver au troupeau. Il peut ainsi, quand l’herbe devient plus rare, se déplacer en suivant la rive. L’eau de la rivière s’est également parée de cette étrange couleur mauve.

Lentement Georgii lève la tête, sa bouche s’affaisse, ses yeux s’écarquillent.

Juste au-dessus de lui, un étrange objet semble flotter. A priori, sa taille est colossale, il semble planer à une hauteur assez conséquente. Nous sommes en l’an de grâce 1908, et Georgii n’a jamais vu d’avions, ni de ballons dirigeables ou pas ! Il sait que cela existe, mais c’est très loin de ses préoccupations.

L’engin, nous le nommerons ainsi, ressemble à peu près à ce petit croquis.

(ch'tiot crobard Andiamo pour Blogbo)


Georgii ne peut détacher son regard, il est comme hypnotisé. D’autant que la couleur semble « pulser ». Le halo mauve qui l’entoure semble se contracter puis s’expanser selon un rythme bien régulier.

L’angoisse le saisit, lui d’ordinaire si calme. Habituellement, il n'y avait aucune raison de s’inquiéter, la vie est rude ici, pas facile, mais il y est habitué.

Georgii est né sous la yourte, comme son père et son grand-père avant lui, ses enfants également, et les enfants de ses enfants y naîtront aussi… Il en sera toujours ainsi, songeait-il en ces années du début du XXème siècle.

L’homme sent que cette « chose » là, au-dessus d’eux, est une menace ! Il ne sait pas comment l’expliquer, il connaît bien cette région, ses pièges, ses brusques tempêtes de neige, effroyables, à quelques mètres de la yourte on peut se perdre et mourir de froid.

Tout ça, il le connaît, mais ce qui flotte au-dessus de lui, il ne connaît pas : alors il panique un peu.

Il retourne sous son abri et réveille d’abord son père. L’ancien a peut-être déjà vu ça, ou en a entendu parler, il saura lui !

Le vieillard est sorti. Il a vu le regard effrayé de son fils, il sait qu’il est inquiet, les mots sont superflus, un seul regard a suffit.

Dimitri lève les yeux, puis baisse la tête, son crâne oscille de gauche à droite, il est effrayé lui aussi.

De retour dans la yourte, il explique qu’il n’a jamais vu ça, ni même entendu parler de cette chose.

Tout le monde est maintenant réveillé. Georgii a expliqué, mais a interdit que l’on sorte. Il sait que leur abri est dérisoire, et que si cette chose leur veut du mal, le pauvre abri fait de peaux de rennes est un rempart bien dérisoire !

Soudain, sans un bruit, un homme est apparu. Il se tient debout, un peu plus grand que Georgii, la peau très claire, des vêtements un peu différents des leurs, l’homme les regarde, ses lèvres ne bougent pas mais il leur parle. Pas avec des mots, plutôt avec des images qui défilent dans leurs têtes.

Ces images sont effrayantes, on y voit tout d’abord l’engin immobile, les pulsations s’accélèrent, puis il enfle et éclate ! Une boule de feu immense s’étend, le souffle de l’explosion couche les arbres. Sur un immense périmètre toute vie a disparue !

Puis une onde apaisante envahit leur cerveau, « il » leur demande de partir, de n’emporter que le nécessaire, fuir au plus vite, mettre le plus de verstes possible entre eux et leur machine qui est condamnée.

S’en suit une explication qu’ils n’ont pas trop compris : accumulateur d’énergie, défaillance du système de contrôle, rupture des dispositifs de sécurité, désintégration imminente, deux peut-être trois jours…

La « voix » devient impérative : FUIR, emportez le minimum, sauvez vos vies, partez !

Georgii aidé de son père a attelé le travois à deux rennes, a chargé le minimum, l’indispensable, ils sont partis, suivant la rivière.

Le premier jour, ils ont parcouru une vingtaine de verstes, le second, le terrain était plus difficile, quinze seulement.

Enfin, à l’aube du troisième jour, à sept heures quatorze exactement, alors que le ciel pâlissait à peine à l’est, une immense boule de feu a embrasé le ciel. Ils se sont aussitôt couchés comme la « voix » le leur avait recommandé.

Un souffle terrifiant est passé au-dessus de leur tête, le petit monticule derrière lequel ils se sont abrités les a protégés, quelques secondes plus tard, un bruit terrifiant a fait exploser leurs tympans. Ils ont vu c’est vrai, des arbres passer au-dessus d’eux, comme des brindilles emportées par les bourrasque de l’orage.

Le déluge de feu et de vent a semblé durer une éternité, quand ils se sont relevés, plus un arbre n’était debout, ils ne reconnaissaient plus ces paysages autrefois familiers.

Georgii a pensé : j’ai vu l’enfer !


Le trente juin 1908 à sept heures quatorze très précisément, dans une région de la Sibérie orientale nommée Toungouska, une explosion d’une violence inouïe, équivalente à cent fois Hiroshima, a dévasté une forêt sur un rayon de plus de vingt kilomètres, couchant tous les arbres ! Les dégâts ont atteints un rayon de plus de cent kilomètres !

L’observatoire sismologique d’Irkoust situé à plus de mille kilomètres a enregistré le séisme, la déflagration a été audible jusqu’à 1500 kilomètres !

Les moyens de déplacements de l’époque n’étaient pas ceux d’aujourd’hui loin s’en faut ! Puis les évènements d’octobre 1917 en Russie ont fait que la première expédition n’a été présente sur le lieu de la catastrophe qu’en l’an de grâce 1927 soit 19 ans plus tard…

Et jusqu’à aujourd’hui nul ne savait ce qui avait provoqué un telle catastrophe !



NOTA : je serai absent quelques jours, si vous me faites le plaisir de laisser des commentaires, j'y répondrai dès mon retour.

dimanche 9 octobre 2011

Saoul-FifreMenorca

Plus jamais çà. Non n'insistez pas, je vous dis que ce voyage à Minorque fut exécrable et que je ne suis pas près de recommencer la même erreur. Comment ça, je suis difficile ? Ça se voit que vous ne connaissez pas mon beauf et ma beauffe, enfin, ma sœur, quoi ?

Quand ils font bloc, ils sont capables de vous dégoûter du Taj Mahal ou de Saint Petersbourg. Ya ci, ya pas ça, ma piscine est plus chaude, la baguette est plus craquante chez mon boulanger, tu vas voir qu'ils vont pas nous rendre la caution et à l'allure où la Bourse s'effondre, s'il nous reste un slip au retour, faudra qu'on s'estime heureux.

C'est pas compliqué : tu les emmènes à Venise, lui il va tirer la gueule et la jambe à chaque canal car ya une côte pour grimper sur les ponts et elle, elle va flipper sa mère de tomber dans l'eau croupie, d'y attraper une maladie vénitienne ou qu'un pigeon lui chie dessus. Ils insisteront pour s'installer à la terrasse du Florian et, profitant que l'on fait caisse commune, ils passeront leur commande en dernier. Ce qu'il y a de plus cher sur la carte.

Pour que vous compreniez bien tout, je suis le petit dernier de la famille. Mais j'ai beau être proche de la retraite, peser deux fois son poids, ma sœur me voit encore comme le jour où elle m'a découvert pour la première fois à la maternité. Alors dans sa grandeur d'âme et sa large ouverture d'esprit, elle a accepté que je prenne le volant de la voiture louée, malgré mon jeune âge et attendu que j'étais le seul candidat. Mais les consignes étaient strictes : ne pas dépasser les cinquante kilomètres à l'heure et lui remettre les clefs du véhicule dès l'arrêt de celui-ci. J'étais bien capable de les perdre, avec mon irresponsabilité native. Et qui qui se retrouverait dans la mouise, hein ? Hein ? En attendant, elle me rejoue sur la banquette arrière Philippe le Hardy à la bataille de Poitiers (1356) : "Saoul-Fifre, une voiture à droite... Saoul-Fifre, une voiture à gauche..." tout en poussant de petits cris terrifiés censés me rendre apte à une conduite sereine.

Mon beauf lui, avait pris soin de se munir d'une attestation d'un docteur ne répondant plus de sa vie en cas de participation aux tâches domestiques. Nous nous agitions donc tous telles de diligentes abeilles autour de ce faux-bourdon (mais vrai couill..) affalé sur le divan qui zappait en permanence sur les chaînes espingouines dans l'espoir de tomber sur un match de foot ou de rugby. Le matin, il ne se levait qu'après avoir eu les narines chatouillées par la bonne odeur du café chaud et il nous faisait même tire-déboucher les flacons de pinard qu'il contribuait pourtant à vider aussi souvent qu'à son tour. "Mes pieds sous la table et mon cœur pour ma belle", soupirait-il d'aise en la contemplant s'activer à la desserte et à la vaisselle. A sa décharge (peuchère, à son âge ?), il nous avait prévenus avec franchise : "Pour compenser ma non-participation, ma douce travaillera double !"

S'il arrivait sur une plage premier d'entre nous, il choisissait pour s'asseoir le coin "naturiste" et la petite flaque entre ses genoux prouvait qu'il salivait plus vite que le sable n'était capable d'absorber sa bave. Des baigneuses s'éloignaient, dégoûtées, à la recherche de sable vierge de tout vieillard libidineux. Il les suivait à la jumelle tandis que ma sœur, sa femme, s'esclaffait de son niveau d'humour "pipi-lolos-quéquette". C'est rafraichissant de se trouver temporo-transporté dans une cour de récréation de petits sixièmes.

Sans doute la magie de Minorque qui opérait.

Cette magie qui m'y fera sûrement revenir, mais sans les deux autres bizarres, là.

Bon je vous envoie trois cartes postales, il parait que ça se fait.

Ça ne donne pas envie d'aller y plonger ?

La cathédrale de Ciutadella. Jamais vu une ville dont les pierres négocient aussi bien la lumière avec le soleil.

Cet endroit magique, un vallon cultivable bifide, descend en pente douce vers la mer, mais n'arrive pas jusqu'à l'eau. Il se termine par une falaise/éboulis difficilement franchissable. Il se nomme "Chez Saoul-Fifre", enfin, je me comprends : "Chez mon-vrai-nom-dans-la-vraie-vie".

lundi 3 octobre 2011

Tant-BourrinLe traducteur automatique bouseux-civilisé

Certains, parmi vous, s'étonnent que je ne sois encore jamais allé honorer de ma visite la ferme de Saoul-Fifre.

C'est oublier un peu vite un insignifiant détail, une broutille certes, mais qui devrait se révéler insurmontable : la barrière de la langue !

En effet, alors que je me targue de pratiquer le beau parler des beaux salons de notre belle Capitale, Saoul-Fifre ne dispose pour s'exprime que d'un vague patois primaire à côté duquel les grognements d'un sanglier passeraient pour un discours de Cicéron.

Alors que faire ?

Eh bien, voyez-vous, outre une syntaxe et une grammaire parfaites, je dois immodestement vous révéler que je maîtrise relativement les technologies informatiques, autant que celles du langage. J'ai donc conçu un traducteur automatique, activable par un simple clic sur un bouton, à même de rendre intelligible le langage bouseux de Saoul-Fifre et, à l'inverse, de transformer mes phrases raffinées en une bouillie sonore assimilable par ses maigres ressources intellectuelles.

Or donc, je peux désormais envisager de franchir le Périphérique et de gagner sa Terra incognita.

Ah, je rêve déjà des grandes et longues discussions que nous allons pouvoir avoir grâce à mon invention !... Je m'y vois déjà !

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jeudi 29 septembre 2011

AndiamoLa crique

Le Souf' est aux abonnés absents, point de ch'tiot billet en magasin...

Tant-Bourrin est sans doute épuisé par la reprise, les devoirs du gamin, les peintures/papiers peints à refaire avant l'hiver, les tuyaux du vieux Godin à ramoner puis à passer au chrome polonais (la peinture "alu" bien dégueu, qui jaunit au premier coup de chauffe), etc... Etc.

Alors le doyen s'y est collé : quelques photos prises il n'y a pas si longtemps, à bord d'un joli bateau à moteur, dont un couple d'amis a fait l'acquisition il y a peu.

Ils nous avaient gentiment emmenés dans une jolie crique, bordée d'une petite plage, où la verdure ajoute à la beauté de la grande bleue.

Pique-nique et rosé de Provence au menu. Le pastis ? Bien sûr ! Mais pour qui tu m'prends ?

Je vous ai posté quelques photos, juste histoire de vous faire regretter les vacances ! Consolez-vous : les prochaines n'ont JAMAIS été si proches !

Et merci à eux pour ces moments...HUUUMMMM!



Il suffit de passer le port.
Voguons guilleret, guillerette.
Il suffit de passer le port...



Le sillage du moteur de 200 chevaux ! Plus jeune ou moins vieux si tu préfères, j'aurais bien tâté du ski nautique)



Penché à l'avant de sa blanche caravelle, mon ami regarde monter des étoiles nouvelles !



Un ancien petit village de pêcheurs blotti au fond de la crique... Pauvres habitants ! Contraints de supporter une vue pareille... Y'a d'la misère tout d'même ma bonne Dame !



Et enfin : LA CRIQUE ! Il y a des journées pas faciles !

vendredi 23 septembre 2011

AndiamoLes vacances de Chauguise

Septembre, Chauguise est en vacances… Enfin, songe-t-il, après une année bien chargée.

Il a laissé Juliette, Juju comme il l’appelle familièrement, en lui recommandant d’être sage. Surtout avec l’autre zigoto de Julien, son adjoint et fiancé de sa fifille !

Chauguise a été invité par son copain de promotion, Fernand Cassignol, qui occupe le poste de commissaire à Cannes. En tant que séjour pour des vacances, y’a pire songe notre commissaire.

Un brave type ce Fernand, un peu porté sur les "mominettes" (1) mais bon !

Après douze heures de train, un changement de locomotive en gare de Marseille Saint-Charles, on troque une « CC » contre une « Pacific »à vapeur ! Car, au début des années cinquante, la ligne n’est pas encore électrifiée de Marseille à Vintimille ! En cause, les nombreux tunnels qu’il faudra agrandir afin d’assurer le passage des caténaires.

Chauguise débarque avec une simple valise, son pote l’attend… Accolade.

- Bon voyage ?

- Mouais !

Toujours aussi loquace notre héros.

- Dis donc, Chauguise, tu en penses quoi de Marie Besnard ?

Nous sommes en 1952, et le procès de celle qu’on appelle « la bonne dame de Loudun » vient de s’ouvrir à Poitiers.

- Tu sais, Chignole…

- Ah non ! Laisse tomber, tu ne vas pas m’affliger de ce sobriquet, j’en ai assez chié à l’école de police !

- Bon, d’accord, Fernand… Alors cette bonne femme, elle a la tronche d’une empoisonneuse ! La mantille, les grosses lunettes , son air sévère, j’en passe et des meilleures. Mais ça n’en fait pas une coupable ! Je pense comme Frédéric Pottecher : elle est innocente ! Que des racontars, des jalousies, des mesquineries de province.

Après avoir remonté la rue d’Antibes en direction du port, que surplombe l’église du Suquet, la 203 Peugeot arrive près du marché Forville, son joli porche peint en ocre rouge, puis emprunte la rue Meynadier.

Une rue assez étroite, bordées de commerces en tous genres et extrêmement animée. Cassignol gare la pompe, puis invite Chauguise à descendre.

- Monseigneur est arrivé !

Un immeuble assez ancien, un escalier de bois propre, deuxième étage. Fernand ouvre la porte face à l’escalier.

- Oh Rose ! C’est nous.

Une petite brunette apparaît, un peu rondelette, sous les bouclettes, un joli visage au large sourire.

- Rose, je te présente Chauguise, mon copain : le COMMISSAIRE Chauguise !

- Allez zou ! Pas de manières, je vous fais la bise !

Deux gros poutous qui claquent, Chauguise entre : sur la table de la salle à manger, le pastis attend déjà ! Une bonne odeur de viande rôtie lui chatouille agréablement l’odorat.

A la tienne, à la mienne, ils ont pas mal éclusé nos flics en goguette et, après une nuit blanche dans le train, une 'tite sieste s’impose !

Il est dix-sept heures quand Chauguise se réveille, la chambre qu’on lui a réservée donne sur une cour très calme.

- Ça va mieux ? demande Rose.

- Oui, merci !

- Fernand rentrera d’ici deux heures : peu après que vous soyez allé vous coucher, il a été appelé pour une affaire sur la Croisette, un type qui s’est fait flingué qu’il m’a dit !

Chauguise a bondit. En bas de l’immeuble, il se met en travers d’un taxi en brandissant son sésame, sa carte rayée bleu, blanc, rouge.

- Sur la Croisette et fissa, je ne joue pas les touristes, cappice ?

- Oui, inspecteur !

- COMMISSAIRE, s’il te plaît !

- Bi ...bien.

Doucement, le taxi se dirige vers le Palm Beach. Une simple rue à deux voies à cette époque, elle a été élargie vers 1976 puis séparée en son milieu. Des milliers de tonnes de sable ont été apportées afin de reconstituer la plage.

Soudain à hauteur du palais des festivals (l’ancien, pas le « bunker »), un attroupement.

- Stop ! hurle Chauguise en tendant un « Chateaubriand » (2) au chauffeur : Garde la mornifle !

- Merci, insp… Commissaire.

Chauguise est descendu, un flic en képi étend ses bras afin de lui interdire le passage.

- J’suis d’la baraque, lâche Chauguise en lui montrant son carton aux couleurs de la République.

- Pardon Commissaire !

Les bras s’abaissent, Chauguise s’avance.

Cassignol est là. Un mec assez grand semble-t-il est étalé face contre terre, il est vêtu d’un pantalon beige et d’une chemise pied de poule très à la mode à cette époque, des mocassins de toile blancs aux pieds.

- Ah, t’es réveillé ?

- Non, je dors, je suis dans un rêve !

- Putain, pas d’bol, le jour où t’arrives, je pensais qu’on seraient peinards !

- Tu permets que je jette un œil, Fernand ?

- Oui, bien sûr, fais comme chez toi !

Chauguise s’est penché, à droite de la tête, à hauteur du pariétal, un petit trou bien rond, où suinte un filet de sang.

Discrètement, Chauguise a sorti un crayon « Baignol & Farjon » de sa poche puis en a glissé l’extrémité dans le petit trou. L’angle que forme le crayon indique clairement que la balle a été tirée « d’en haut ». Or la victime se dirigeait vers le Palm Beach, trottoir côté mer, il tournait le dos au port.

Pour qui connaît un tant soit peu les lieux, le coup est parti de la mer et en hauteur ! Point d’immeuble d’où aurait pu s’embusquer le tireur…

Merde, songe Chauguise, c’est quoi ce truc ?

- Bon, j’te laisse, Fernand, je vais m’en jeter un en face.

- OK, je te rejoins, il n’y en a plus pour longtemps.

En face, c’est le « Blue Bar »(3), situé en bas de l’ancien palais des festivals, juste à côté du bijoutier « Lacloche »(3).

Arthur le limonadier fait d’incessantes allées venues afin d’abreuver la clientèle, qui a rappliqué en masse pour assister à l’évènement.

- Dites voir, garçon, vous n’avez rien entendu ? demande Chauguise après avoir commandé une « Carlsberg ».

- Non, répond le loufiat, avec un accent niçois bien prononcé, je suis bien trop occupé, et puis je me souviens qu’il y avait un avion, un bi-plan jaune qui tournait, et vous savez comme c’est bruyant ces coucous !

- Un bi-plan jaune ? Il a tourné longtemps ?

- Cinq bonnes minutes, c’est après qu’il soit parti que j’ai vu un attroupement, y’a un mec qui est entré téléphoner, afin d’appeler les flics.

- Merci mon gars !

Une demi-heure plus tard, le corps a été enlevé, les badauds dispersés, Fernand a rejoint Chauguise.

- T’en penses quoi ?

- Trop tôt encore, il faut attendre les analyses, l’autopsie, les empreintes… A propos d’empreintes, si tu veux, envoie-les au "36" en express, je te recommanderai, tu auras les résultats demain, je demanderai à Couillette, pardon Bourrieux de s’en occuper.

- Merci ! T’es un frère Chauguise.

Retour rue Meynadier :

- Tiens, au fait, commente Fernand, notre gus c’est un chleu, un certain Dieter Schwartz, il avait son « ausweispapiere » sur lui.

- Ouais, bon, si on allait s’en jeter un avant d’escalader tes deux étages ?

- Je connais un p’tit rade sympa derrière le palais : « le petit Carlton »(3), rien à voir avec le grand Carlton, le taulier c’est un pote à moi !

Le patron, un gras du bide à l’accent marseillais, a déjà entendu parler de l’affaire du boche trucidé !

Après une demi-douzaine de mominettes retour au bercail.

- Un p’tit pastaga ? propose la charmante Rose.

- Non merci, répondent en cœur les Dupont, Dupond, on a déjà donné !

A table, on parle un peu de l’affaire, Fernand envisage un règlement de comptes de la maffia. Mais il ne s’explique pas le coup de « 22 » tiré depuis la mer !

Le rosé de Provence, plus les mominettes ont bien étoilé la tête de nos deux héros, une petite promenade digestive sur le port, est la bienvenue.

Quelques pêcheurs s’en vont pour une pêche au lamparo, le Suquet illuminé de lumières orangées se détache sur le ciel noir. Les lampes des réverbères font scintiller l’encre du port, au loin les guirlandes électriques des bateaux de la flotte américaine ancrée au large, ajoutent une note féérique.

- Putain, c’est bon les vacances, articule Chauguise entre deux bâillements.

Quand notre commissaire se réveille le lendemain, l’appartement est vide, sur la table une cafetière et un petit mot de la main de Rose : "faites vous chauffer le café, je vous ai laissé un trousseau de clés, ainsi vous pourrez aller à votre guise".

Le café avalé, Chauguise a composé le numéro du standard, car à l’époque, on ne pouvait pas obtenir directement les abonnés hors de sa circonscription. Il fallait obligatoirement passer par « l’inter », et les délais d’attente étaient parfois très longs !

- Paris ? Trente-cinq minutes d’attente ! lui répond la préposée.

- Rien du tout, gueule Chauguise dans le bigophone, je suis LE commissaire Chauguise, et si tu ne veux pas te retrouver aux archives le reste de ta carrière, t’as intérêt à te bouger le fion, et me passer en priorité ….. Fissa ! Verstehen ?

- Oui Commissaire, fallait le dire tout de suite !

Sonnerie, la standardiste du 36 n’a même pas le temps de parler !

- Passez-moi Bourrieux et fissa, a-t-il commandé à la standardiste.

- De la part ?

- De Pie XII ! C’est moi, Chauguise !

- S’cusez patron, je vous le passe.

- Couillette ? C’est Chauguise, alors les empreintes que Cassignol t’a fait parvenir ?

- C’est du lourd, patron ! Il s’agit en fait, non pas de Dieter Schwartz, mais de Otto Von Adler !

- Otto Von Adler… Ça me dit quelque chose…

- Ben oui ! C’est un criminel nazi recherché par Interpol, et même davantage : par les sbires du « Mossad » ! S'ils l’avaient chopé, il aurait passé un sale quart d’heure !

- Bien bossé Couillette ! Pour le sale quart d’heure, c’est fait ! Écoutes : tu gardes ça pour toi, tu annonceras le résultat des courses demain à Cassignol… Capito ?

- Reçu cinq sur cinq, patron !

- Merci.

Dans la foulée, petit coup de téléphone à Juliette, histoire de se rassurer. Il joue les gros durs, Chauguise, mais pour sa Juju, c’est un tendre !

Tout de même, cette histoire de mec descendu en plein jour, sur La Croisette, le turlupine. Il n’a pas envie de faire part de sa découverte de la double identité du mort tout de suite !

A midi, Fernand et Rose sont rentrés pour déjeuner : spaghetti à la bolognèse… Et toujours le rosé de Provence.

- Dis donc Fernand, tu pourrais me prêter ta bagnole c’t’aprèm’, histoire de visiter un peu ?

- J’allais te le proposer ! Tu sais on a une tire de service, une « Juvaquatre », c’est pas rapide, mais bon….

Cassignol parti, Chauguise, se met au volant de la « 203 », puis direction Mandelieu, petit village au bord de la grande bleue, sur le territoire duquel figure un petit aérodrome.

A cette époque, l’aérodrome ne comporte qu’un hangar et une seule piste faite de tôles perforées, comme les pistes provisoires qui servaient de terrain d’atterrissage aux « war birds » durant la seconde guerre mondiale.

Il est trois heures, la chaleur est encore écrasante. Devant le hangar, sont alignés quelques appareils : un Jodel, un Piper « Apache », un Super Cab et même un Norécrin. Un peu à l’écart un biplan jaune, un « Stamp » fameux avion de voltige des années trente, d'origine Belge.

Un mécano travaille sous le capot relevé du "Super Cab", il inspecte le « Continental », un moteur quatre cylindres à plat de soixante cinq chevaux. Chauguise s’approche.

- Bonjour, il appartient à qui le bi-plan ?

Le mécano relève la tête : Ah ! Le « Stamp » ?

- Ouais.

- Demandez à Josette, la secrétaire, là dans le bureau.

Josette une très jolie blondinette, accueille Chauguise avec un large sourire.

- Vous désirez ?

- Je voudrais savoir Madame, à qui appartient le bi-plan jaune ?

- AH le Stamp ! Il appartient à Claude, vous le trouverez au bar de l’aéroclub !

- Merci !

Chauguise se dirige vers l’établissement.

Sur la terrasse couverte de canisses, deux types sont attablés, chacun devant un coca.

- Bonjour Messieurs, il est à vous le joli « Stamp » ?

- Oui, à moi, répond le plus jeune, pourquoi, il vous intéresse ?

- Non, mais ce qui m’intéresse, c’est ce que vous foutiez hier à quinze heures, à tourner en rond en face du palais des festivals !

- Vous êtes qui pour nous poser des questions ?

- Commissaire Chauguise !

- A quoi bon jouer au plus con, Commissaire, lâche le plus vieux. C’était une ordure ce Von Adler, un bourreau qui sévissait à Birkenau ! Un médecin officier Allemand, qui s’est livré à d’horribles expériences sur des déportés juifs.

J’étais dans ce camp, nous avons été délivrés par les Russes en 1944. Il y a quinze jours, je l’ai reconnu cette ordure, je prenais un verre à la terrasse de chez « Gaston et Gastounette » (3) sur le port, quand je l’ai vu à la table d’à côté, il ne m’a pas reconnu, pensez donc ! On était maigres à faire peur à l’époque, mais par contre, lui, je l’ai retapé tout de suite !

Pendant près de deux semaines, je l’ai suivi, toujours le même itinéraire.

L’après-midi, il partait du port, direction le Palm Beach, puis revenait. Nous faisons, Claude et moi, des photos aériennes que nous vendons ensuite à des magazines. Claude pilote le « Stamp » pendant que je photographie. Vous savez, « shooter une image » ou shooter un mec au bout d’un fusil à lunette, c’est à peu près la même affaire, Commissaire !

- Tout de même ! Ajuster une cible dans un appareil qui se déplace n’est pas à la portée du premier aveugle venu !

- J’ai été finaliste au tir à la carabine aux jeux de Berlin en 1936… Ça aide ! Commissaire, Claude n’y est pour rien, il pensait que je photographiais, alors que j’alignais l’autre salopard, arrêtez-moi, mais laissez mon pote.

Les deux amis se regardent, Claude a les yeux humides, ils se serrent la main, puis Henri le « photographe » se lève.

- Emmenez-moi discrètement, Commissaire, je ne ferai pas de schkroum !

Le soir, Chauguise a invité Rose et Fernand au « Blue Bar ». Marius, l’un des garçons, s’occupe d’eux. Il est tout jeune et plein d’attentions, il apprend vite et bien son boulot !

Au moment du dessert, Fernand a allumé un « cigarillo ». Chauguise, lui, reste fidèle à ses Boyards papier maïs.

- Alors tu t’es bien baladé tantôt ? demande Cassignol.

- Ouais, j’ai poussé jusqu’au Trayas… Putain, c’est beau ces roches rouges qui plongent dans la mer !

-C’est sûr !

Puis revenant à l’affaire qui le préoccupe :

-Putain je n’y comprends rien à cette affaire ! C’est sans aucun doute un coup de la maffia. Tu sais, ajoute-t-il à voix basse, c’était un ancien nazi » alors les fonds secrets, le pognon qui a été planqué après la guerre… Patin, couffin, et tout le toutim… Je vais classer l’affaire aux pertes et profits et BASTA !

-T’as raison, répond Chauguise en lui reversant une rasade de rosé, classe et laisse pisser le mérinos !

(Le Suquet, ch'tiot crobard Andiamo)




1) : mominette : un pastis version miniature !

2) : Chateaubriand : billet de 300 francs (d'avant 1958) représentant Chateaubriand... Un beau pourliche !

3) : tous ces endroits ont réellement existés, mais je parle d'un temps que les moins de ...(mets ce que tu veux) ne peuvent pas connaître !

lundi 19 septembre 2011

Tant-BourrinLa très aventureuse vie du Chevalier de Tant-Bourrin et de son écuyer Saoul-Fifre (Chapitre XVIII)

(lecture préalable des chroniques précédentes conseillée)

Où le Chevalier de Tant-Bourrin avance masqué

XIIIème siècle après Jésus-Christ - Quelque part dans le Royaume de France

L'étrange équipage cheminait cahin-caha, tout empoussiéré de volutes terreuses que le pas de leurs montures arrachait au chemin sec et caillouteux, sous les dards puissants d'un soleil médiéval.

En tête, l'écuyer Saoul-Fifre somnolait comme un bébé, bercé par les zigs et les zags de sa bourrique miteuse. Enfin, pour être plus précis, comme un bébé qui aurait ingurgité une bonne douzaine de pintes de mauvaise vinasse. Autour de sa face rubiconde et joviale, les mouches vrombissantes lui faisait une aura mordorée.

Derrière, loin derrière, le Chevalier de Tant-Bourrin, l’œil inquiet d'un lapin pris dans la lumière des torches, le col de son armure déstructurée relevé, la visière de son heaume-melon baissée, la tête entrée dans les épaules pour mieux se camoufler, laissait à son écuyer le soin d'ouvrir la route, par crainte de croiser le moindre gueux hilare, suite à sa dernière aventure. Son aura de gloire semblait définitivement en berne.

Soudain, Hippobert Canasson de Tant-Bourrin, pensif depuis un bon moment, sembla pris d'une soudaine résolution, fit stopper net sa monture et dit :

- Cela suffisoit ! Les miennes aventures s'arrestoient icy-mesme !

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