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samedi 6 août 2005

Tant-BourrinHein ?

Ce matin-là, Ernest Robichu s'aperçut qu'il était devenu sourd pendant la nuit.

Oh, bien sûr, il lui fallut un certain temps pour se rendre à l'évidence. Ainsi, quand il alluma son poste de radio et que celui-ci resta bêtement muet, il se dit simplement que les piles étaient mortes et qu'il faudrait qu'il pense à en acheter des neuves à la quincaillerie du coin en revenant du boulot. Mais il se sentit vite mal à l'aise : tout semblait étrangement cotonneux autour de lui. La porte du frigo ne produisit pas son grincement habituel quand il l'ouvrit pour prendre le saucisson. Le pain se laissa découper sans le moindre petit bruit.

Ernest avala son quignon et ses trois rondelles en proie à une indicible panique. Puis il lâcha un énorme rot, un de ceux qui, d'habitude, résonnent longuement dans la petite cuisine. Il n'entendit rien : il était bel et bien devenu sourd. Que faire ? Prévenir son patron ?... A quoi bon ? Le téléphone était devenu inutilisable dans son état... Attendre que ça passe ?... Oui, mais si ça ne passe pas ?... Voir son docteur ! Oui, c'est ça ! La première chose à faire, c'est d'aller voir le docteur !

Dans la rue, Ernest Robichu se sentit perdu. Ses vieilles godasses ne couinaient plus, les voitures filaient, plus silencieuses qu'un pet de mouche anémique. Il ne pourrait plus écouter la radio, tailler le bout de gras avec ses vieux potes au bistrot du coin, et surtout, il ne pourrait plus entendre le son de sa télé !!! Bon sang, qu'allait-il devenir ?

Quand il appuya sur le bouton de la sonnette, Ernest n'était plus qu'une loque humaine, tremblante de toute son âme. Par chance, le docteur Bidonnard put le recevoir rapidement dans son cabinet.

Le docteur lui fit un grand sourire poli, et articula quelque chose. Sans doute lui demandait-il ce qui l'amenait. Ernest Robichu désigna ses oreilles, puis il haussa les épaules en signe d'impuissance. Puis il hurla : "DOCTEUR ! JE N'ENTENDS PLUS RIEN !!!" Le volume sonore utilisé, proche de celui d'un décollage de Boeing 747 par jour d'orage, en était d'ailleurs la meilleure des preuves.

Le docteur parut perplexe, ses lèvres s'animèrent de nouveau. Ernest n'osait maintenant plus bouger. Il laissait le docteur examiner ses oreilles, plaçant en lui ses derniers espoirs de retrouver une vie normale, avec télé et rots sonores.

Le docteur de redressa brusquement, écarquillant les yeux de surprises. Il se pencha de nouveau sur les oreilles d'Ernest, comme pour vérifier si ses yeux ne l'avaient pas trahi. Il cessa subitement son examen, visiblement en proie à un inextinguible fou rire. Ernest pâlit. Mais pourquoi se tenait-il ainsi les côtes ? Qu'avait donc sa surdité de si risible ?

Le docteur plongea alors ses doigts dans les oreilles d'Ernest, et en extirpa.....deux boules Quies !

Ernest sentit monter en lui un immense soulagement, ainsi qu'une terrible envie de rire. Ah, quel étourdi, quel ballot il faisait ! Paniquer pour deux malheureuses boules Quies ! 'Y a vraiment qu'à lui que ça arrive ce genre d'histoire stupide !

Il ne pouvait plus se retenir. Il éclata lui-même de rire....mais son sang se glaça aussitôt dans ses veines. Du rire qui était sorti de sa gorge, aucun son n'était parvenu à ses oreilles.

Ernest Robichu était réellement devenu sourd pendant la nuit.

jeudi 4 août 2005

Tant-BourrinLe grand jeu-concours de l'été

Eh oui, c'est l'été ! Les neurones fondent lentement, les gestes s'appesantissent, les marronniers emplissent les journaux télévisés, les blogs tournent au ralenti, bref la glande s'installe doucement... Alors, pour rester dans l'ambiance doucement ludique qui plane alentours, Blogborygmes a le plaisir de vous proposer son grand jeu-concours de l'été.

Voici donc une grille de mots croisés concoctée par mézigue. Le principe est simple : le premier qui me renverra par mail la solution de cette grille aura l'immense joie de recevoir ma photo dédicacée !... Comment ça, on s'en fout ??? De toute façon, c'est ça ou rien d'autre, espèces de malotrus, na ! Et puis, vu que mon maître à penser en matière de mots croisés était le grand Robert Scipion, vu que j'ai essayé de glisser un maximum de vice dans mes définitions, vous ne l'avez pas encore, ma photo dédicacée, de toute façon !

Pour ceux qui préfèrent, voici une version prête à imprimer en pdf de la grille.

Au travail !

Horizontalement :

  1. Sur les chemins de l’amas

  2. T’as d’bouseux, tu sais ?

  3. Bêcher    Fumer sans fin

  4. Chez des Anglais    Plus proche que cela

  5. Double à contresens    Sur la carte en Italie

  6. Plus il est gros, plus il est attirant    Pour les déplacements de Tant-Bourrin ?    Européenne chez les Américains, Américains chez les Français

  7. Une mêlée retournée    A toujours été carrément à l’Ouest

  8. Une femme très discrète

  9. Décorer en mettant du désordre    Rayons dans un miroir

  10. Ne font ni chaud ni froid

  11. Mettras enceinte ?

Verticalement :

  1. Joue en attaque

  2. Vieux cheval sur le retour, mais tellement parisien

  3. Trop anglais    Meurtries dans leur chair

  4. Un conquérant très remonté    Un ingrédient essentiel des tripous

  5. Mot de passe    Romains    Changeant quand il est grand

  6. On y prépare la cervelle    Drape ou marcheras à reculons    Strontium

  7. Référence circulaire    Station de lavage

  8. Doit être pris pour commencer    Adepte du « tous bourriques » ?

  9. Signifie oralement un renvoi    Une femme très populaire

  10. Contredisent donc la logique des portes


Edit du 6 août 2005 : le grand jeu-concours de l'été s'est achevé sur la victoire d'Audalie. Si vous souhaitez, pour votre plaisir personnel, faire quand même cette grille, évitez de regarder les commentaires (la solution s'y trouve).

mardi 2 août 2005

Tant-BourrinPour maigrir, faites de l'Aveyron

Dans un billet récent, je vous indiquais que, lors de mes pérégrinations estivales et provinciales, j'avais pu me livrer à d'intéressantes observations ethnologiques. Je vais ici vous faire part d'une partie de celles-ci, concernant les coutumes alimentaires aveyronnaises.

Je me focaliserai plus spécifiquement sur deux des bases du bien manger en Aveyron : les tripous et les échaudés. Oui, je sais : rien que les noms, ça fait peur, mais attendez donc la suite, vous n'en avez pas fini de vos émotions.


Les tripous

Le plat aveyronnais par excellence, casse-croûte du matin des peuplades indigènes, mais également plat de résistance à midi, petite collation l'après-midi, plat de résistance le soir. Bref, près de 80% des apports nutritifs chez l'Aveyronnais moyen.

Les tripous sont essentiellement constitués de panse de veau garnie de fraises coupées et assaisonnées. Je vous devine faisant la moue devant votre écran. Attendez, il faut que je vous précise : les fraises ne sont pas les fruits rouges auxquels vous pensez, il s'agit de fraises de veau, c'est-à-dire la membrane qui enveloppe les intestins de l'animal. Voilà, cette fois, vous pouvez vraiment faire la moue à bon escient.

Le tout fait ensuite l'objet d'une préparation chimique assez lourde et complexe (les usines de tripous sont classées Seveso II) qui lui confère une jolie teinte verdâtre relativement originale.

Quand on vous sert une bonne assiette de tripous, prenez votre temps, essayez de vous imprégner du moindre détail, profitez de cette expérience unique (unique, car il fort probable qu'on ne vous y reprendra plus). Admirez le remarquable camaïeu de verts. Respirez à pleins poumons le subtil fumet (qui donne à penser que les bouts d'intestin ne font l'objet d'aucun nettoyage entre l'abattage du veau et l'arrivée dans l'assiette). Testez du bout de votre fourchette la résistance surprenante de la texture spongiforme. Hmmmm, vous voilà prêts pour le suicide la première bouchée.

En aucune façon il ne faut raconter la fin d'un film. Aussi ne vous dévoilerai-je pas l'extraordinaire palette d'émotions qui se bousculent au portillon dès la mise en bouche du premier morceau, je préfère vous laisser découvrir cela par vous-même.

Tout au plus vous ferai-je part d'une ultime observation que j'ai pu faire : une ingurgitation et une régurgitation ne modifient en rien ni la couleur, ni l'odeur des tripous. Je suppose qu'il en est de même pour le goût, mais là, je n'ai pas eu la force de tester.


Les échaudés

Après les tripous, une petite gâterie : les échaudés, qui sont des petits gâteaux dont la recette, très ancienne, remonte au Moyen-Âge, ce qui ne nous rajeunit pas.

Les échaudés sont constitués d'une pâte parfumée à l'anis, mise en forme de triangle, pochée à l'eau bouillante puis cuite à four très chaud. A l'arrivée, un petit gâteau d'aspect fort sympathique et appétissant qui, après le traumatisme des tripous, vous réconcilie quelque peu avec les moeurs culinaires aveyronnaises.

Passons à la dégustation. Fermez les yeux pour mieux savourer. Plongez la main dans le paquet d'échaudés. Portez-en un à la bouche et croquez. Heu... là, vous ouvrez les yeux et vous ressortez de la bouche le caillou que vous avez dû prendre par mégarde. Mais non, ça a bien la forme d'un échaudé, la couleur d'un échaudé, ça doit donc être un échaudé. Bigre, plutôt coriaces, les gâteaux !

Essayez de nouveau en tâchant de trouver l'effet de levier maximal dans votre mâchoire. Gnnnnnnn.... non, ça résiste. Essayez alors de casser l'échaudé en dehors de votre bouche, cognez-le contre un mur, essayez de le couper avec une paire de ciseaux, avec un couteau, avec le hachoir à viande. Rien. Nada. Peut-être un grand coup de marteau ? Après avoir constaté que la table sur laquelle reposait l'échaudé est moins résistante aux coups de marteau que l'échaudé lui-même, lancez-vous dans des expériences de physique : essayez de ramollir l'échaudé dans de l'eau. Au bout d'une heure, vous constaterez à votre grand désespoir que le coefficient d'absorption de l'échaudé est très proche de zéro.

Vous sentant habité par une rage décuplée, revenez à la première méthode : mettez l'échaudé en bouche et mordez, mordez, mordez, MORDEZ !

CRAAA-AAAC !!!

Enfin ! Dans une nuée de débris divers giclant tout alentours, l'échaudé vient de céder sous vos dents. Soupir de soulagement. Vous regardez alors le bout d'échaudé qu'il vous reste entre vos doigts. L'échaudé est intact.

Et là, vous comprenez votre erreur : ce que vous avez pris pour la rupture de l'échaudé n'était en fait que l'explosion d'une dizaine de vos dents et d'une partie de votre mâchoire.

Les historiens attestent de l'existence de l'échaudé depuis l'an 1200 environ. Ce qu'ils ne précisent pas, c'est que ce sont les mêmes échaudés qui sont en circulation depuis lors : personne n'a jamais réussi à en manger un seul.


Conclusion

Messieurs et Mesdames qui cherchez à faire un régime, une destination de rêve : l'Aveyron. Une semaine là-bas à manger tripes et boyaux (et à vomir tripes et boyaux) et à sucer des cailloux, c'est dix kilos de moins assurés. Attention toutefois : l'abus d'Aveyron peut être dangereux pour la santé.

dimanche 31 juillet 2005

Tant-BourrinDevoirs de vacances

Puisque Saoul-Fifre et moi nous sommes bien organisés cette année pour assurer une permanence sur le blog pendant l'été, je prends donc le relais pour une petite quinzaine (à moins que le Saoul-Fifre ne trouve un accès internet quelque part dans le Limousin).

Or donc, je ne suis pas resté totalement inactif durant mes quinze jours d'absence : j'avais pris soin de mettre dans ma valise, avant de partir, un devoir de vacances, le questionnaire loufoque proposé par Obni.

Oui, je sais, je ne suis pas à la pointe de l'actualité : son questionnaire a été proposé il y a fort longtemps, il y a déjà 70 participants qui y ont répondu. Bref, j'arrive bien après la bataille. Mais je revendique de pouvoir circuler sur les départementales de l'information quand d'autres affolent les radars sur les autoroutes.

Détail amusant : parmi ceux qui ont déjà répondu, on peut noter la présence de Saoul-Fifre. Comme, sous des dehors bourrus, c'est un grand timide qui rougit aussi facilement que la lame de son couteau quand il égorge un cochon, il n'a pas osé en faire part à son lectorat favori. Réparons la chose : ses réponses sont accessibles ici.

Pour ma part, voici tout ce que ce questionnaire m'a inspiré...

Lire la suite

samedi 30 juillet 2005

Tant-BourrinLes rendez-vous manqués

Maxime Le Forestier m'excusera, je l'espère, de lui avoir emprunté pour ce billet le titre d'une de ses plus belles chansons (et d'un de ses plus beaux albums par la même occasion), mais je le trouve particulièrement adapté aux vicissitudes tantbourrino-saoulfifresques que je m'en vais vous compter.

Or donc, me voici de retour vers la civilisation (à savoir la Capitale) après deux semaines de folles escapades dans des contrées sauvages (la Province) où j'ai pu me livrer à d'intéressantes observations ethnologiques sur quelques peuplades primitives (les Provinciaux).

Mais reprenons au commencement : avant de partir, il y a donc une bonne quinzaine de jours, j'avais tout naturellement prévenu Saoul-Fifre, mon acolyte alcoolique, de mon départ imminent, en lui signifiant que je partais pour revenir début août, en passant par la Lorraine avec mes sabots par Bordeaux la première semaine pour finir en Aveyron la semaine suivante.

Saoul-Fifre eut alors une idée géniale comme seuls les cervelets supérieurs peuvent en avoir : puisque j'allais quitter l'Aveyron pour rentrer vers la Ville Lumière début août, au moment où lui-même et sa tribu monteraient dans le Limousin comme tous les ans, pourquoi ne ferais-je pas un petit crochet de rien du tout pour venir passer une journée dans sa résidence secondaire ? (oui, car il faut que je vous précise que Saoul-Fifre, comme tout bouseux qui se respecte, roule sur l'or et accumule résidences secondaires, tertiaires, quaternaires et tous les trucs en "aires" suivants que je vous laisse compléter ; quand il joue les Fernand Reynaud à coups de "ça eut payé", ne vous laissez pas abuser : il y a plus d'or caché sous son matelas que dans les coffres de Fort Knox)

Enfin, je formule ça comme ça, mais sous la plume de Saoul-Fifre, ça tenait plus d'une mise en demeure administrative que d'une vague suggestion.

A priori, la perspective de revoir ce vieux soûlaud de Saoul-Fifre n'était pas pour me déplaire. Mais il y a Tant-Bourrine et Tant-Bourriquet, et ça, ça oblige à réfléchir avant d'accepter une invitation. En effet, peut-être ne vous l'ai-je pas jusqu'ici précisé, j'ai la chance d'avoir à mes côtés une compagne et un petit bout de 20 mois.

Petit bout de 20 mois et bientôt toutes ses dents, si tant est qu'il les garde longtemps dans sa bouche, parce qu'il apparaît être du genre téméraire et casse-cou, ce qui oblige à une attention soutenue sur ses conneries agissements.

Or donc, mesurant le souk que cela représente de se trimbaler tout le nécessaire de Tant-Bourriquet (et de Tant-Bourrine qui ne se départit jamais de tout ce qui est nécessaire à son confort !), mesurant que la journée passée dans le Limousin serait de toute façon une journée passée à suivre le Tant-Bourriquet à la trace, mesurant aussi sur la carte que les kilomètres supplémentaires du "petit crochet" proposé par Saoul-Fifre allaient faire exploser le compteur de ma Clio, je suggérai à Saoul-Fifre de remettre peut-être ça à plus tard, à une autre occasion où l'on pourrait se voir plus longuement et dans de bien meilleures conditions.

Las, que n'avais-je pas dit là ? J'avais beau invoquer Mappy ou Maporama, pas question de lui faire admettre que c'était un gros crochet. Sa réponse claqua comme un coup de fouet : "si on vous voit pas, je considèrerai que vous êtes passés SOUS NOS FENÊTRES, sans vous arrêter !"...

Les palabres continuèrent pendant mon absence. En effet, durant la seconde semaine, je retrouvai un accès à internet chez la belle-doche de l'Aveyron (mais l'ordinateur étant localisé dans sa chambre, la bienséance m'interdisait de m'y attarder plus que de raison).

J'en profitai pour expliquer à Saoul-Fifre que non, décidément, ce n'était pas possible : la première semaine (et le début de la seconde) avait été passée à surveiller Tant-Bourriquet en permanence  ; il avait mis 19 mois pour apprendre à marcher mais là, il n'avait mis que 19 secondes pour apprendre à monter un escalier (sans étudier pour autant la problématique de la descente !) ; veiller sur un loustic comme lui dans un environnement hostile (escaliers, marches et décrochés dans tous les coins, ronces et orties dans le jardin, etc.) relevait plus de la galère que du navire de plaisance. Bref, j'étais crevé et n'aspirais qu'à rentrer me reposer au plus tôt.

Et, l'offensive étant la meilleure défense, j'en profitai pour lui suggérer - pourquoi pas ? - de faire un "petit" crochet par Paris entre le Limousin et sa Provence, stratégie qui - mystérieusement - eut le bel effet de calmer la fronde saoulfifresque.

Et puis, je me mis à réfléchir. Nous étions le 28 juillet. Le dernier message de Saoul-Fifre datait du 27 juillet. Il était donc encore chez lui. Or nous remontions sur la Capitale le 29. Un léger doute s'insinua en moi (non, je ne vous dirai pas par quel trou il était entré !). Je fis part de mes doutes par mail à Saoul-Fifre.

Le verdict tomba vite : nous nous prenions la tête alors même qu'il n'y avait aucun recouvrement entre mes pérégrinations vacancières et celles de Saoul-Fifre ! Je suis rentré hier, 29 juillet, alors qu'il ne sera que dimanche dans le Limousin. Mon méat (urinaire) coule pas : vu que je partais à la mi-juillet pour 15 jours, j'ai parlé d'un retour "début août" à Saoul-Fifre, sans regarder précisément le calendrier. Mais 15 juillet + deux semaines = 29 juillet !

Voilà donc pourquoi j'invoquais tantôt Maxime le Forestier et ses "rendez-vous manqués".

Mais j'ai la désagréable impression que j'aurais tout aussi bien pu invoquer à mon endroit le grand Brassens et son "temps ne fait rien à l'affaire" : "Quand on est con, on est con !"

mardi 26 juillet 2005

Saoul-FifreLe cul fait vendre

Bon, d'accord, c'est les congés.
Bon, d'accord, je suis une grosse tache indélébile en informatique, je ne sais pas encore insérer des images, changer de police, mettre un fond musical...
Bon, d'accord, on aborde plein de sujets tabous, on agresse la totalité de la population moins une, en attaquant à la Grosse Bertha ce qu'ils ont de plus cher au monde, et on fait vomir le reliquat avec des descriptions peu ragoûtantes...
Bon, d'accord, c'est vrai tout ça, et c'est donc logique que les surfeurs jettent un œil et s'enfuient...

Mais quand même ! Ces stats sont le contraire de bandantes !

Et puis, ce que tapent les gens pour échouer chez nous, c'est vraiment pas valorisant !?

Pastis artisanal Corrèze...
Membre viril...
Vidéo saillie étalon...
Grosse cochonne gratuit...

Il faut réagir. Puisque ya que le cul qui vous intéresse, je me dévoue ! Je vous fais :

The full monty !

TATATAN !!!

  • Pensez à mettre le son !

dimanche 24 juillet 2005

Saoul-FifreAvec le temps

Il y a encore quelques mois, ma tribu n'avait qu'un petit forfait internet ridicule qui nous suffisait juste à relever les mails et à aller sur 2/3 sites en faisant vachement attention à vite-vite déconnecter, pour ne pas le dépasser. Tant-bourrin, par contre, est un surfeur patenté, vieil habitué des forums et des newsgroups, où il adore aller, sans forcément être un interventionniste acharné...

L'autre jour, nous parlions (par mails) des critiques de chansons à la Matthieu que je trouve amusantes. Tant bourrin me répond que oui, c'est sûr, mais qu'on peut prendre n'importe quel texte poétique et faire rire avec en le prenant au premier degré. Et me raconte que "Marcellus 55" (pseudo de Matthieu sur les forums) était un habitué de ces analyses de textes brillantes et qu'il s'était même attaqué à "Avec le temps", de Léo Ferré ! Je lui répond que "waw ! C'est bien la preuve que Matthieu est dans le second degré, non ?", et Tant bourrin me répond avec son flegme britannique et son air de ne pas y toucher : "Sûrement ! Quoi que..." et il m'envoie ce lien pour que je me fasse ma propre opinion.

Et effectivement, s'il y a de la dérision dans les propos de Matthieu, elle est soigneusement cachée et fortement pince sans rire ! Petit florilège (je rappelle que Matthieu parle de "avec le temps", de Ferré) :

Ce texte est à l'émotion ce que s'arracher un poil de nez pour pleurer est aux larmes : du frelaté.
la platitude des paroles
ce n'est pas parce qu'un texte ne veut rien dire qu'il est poétique. Cette chanson est, à mon avis, un ensemble de mots, mis ensemble pour faire joli, mais qui n'ont aucune relation entre eux. De plus, je ne souhaite pas casser le rêve que certains trouvent dans cette poésie. Mais la poésie me semble cruellement absente de cette chanson, remplacée par une bouillie intellectuelle.

J'ai écrit quelque part sur ce blog "ma" définition de la poésie. Ce n'est que la mienne. En gros, la poésie est quelque chose qui "sort" du poète. Il n'y a pas de ratures, pas de censure, pas d'auto-analyse, pas de réflexion, pas de distance, pas de regrets. Le poète doit respecter et ne pas essayer de modifier la poésie qui sort de lui. Il n'en est que le truchement. Le poète est humble : la poésie ne lui appartient pas. Le poète est porté par la poésie, et non l'inverse. Il est inspiré.

Selon cette définition, je ne peux pas dire si "Avec le temps" est un poème. Seul Ferré le pourrait, et Ferré est mort. Selon Stan Cuesta (Léo Ferré, chez Librio) la chanson aurait été écrite en 2 heures. Si c'est exact, je lui donne son brevet de poésie. Un texte pareil écrit d'une seule traite est une poésie. Et là, je m'inscris en faux contre Matthieu : la poésie se moque des explications, des significations, de la syntaxe. Le poète se moque de la critique, il peut répondre "adressez-vous au génie de la lampe ! Allez vous plaindre au feu, au don, aux muses..." La poésie est au peuple. Le poète peut, après coup, une fois redescendu du nuage où il s'est laissé aller à l'écriture automatique, avoir un regard, une opinion sur ce qu'il a écrit, mais au même titre que n'importe qui, en simple spectateur. Le poète est un réceptacle de création, comme la mère, de son bébé. Elle dit, nous disons : mon bébé, son bébé... Mais en est-elle propriétaire ?

Le poème est donc à lui-même et à tout le monde, comme un bébé de mots... et c'est particulièrement vrai pour "Avec le temps", que le public s'est approprié d'une manière compulsive. Ferré était d'ailleurs jaloux du succès de son enfant. Il aurait aimé se la garder pour lui tout seul, se la jouer le soir sur sa guitare, mais trop tard ! L'enfant avait pris son envol et son indépendance !

Le poème est à chacun. Il est aussi à Matthieu, qui a parfaitement le droit de le renier, pour plein de raisons complexes, parce qu'il ranime la mémoire triste d'une muse ou d'un museau ?

Contrairement à un autre débat sur "Fernand" de Brel, où une analyse a été menée, vers à vers, les échanges ont de suite viré aux insultes, pour discuter de "Avec le temps". Et pourtant, Matthieu demandait avec insistance qu'on lui "explique"... Comme je l'ai dit plus haut, il n'y a pas UN sens, mais autant de sens que d'auditeurs, et quelquefois même aucun sens C;-! ... Mais je veux bien parler de COMMENT je ressens ce texte.

Avec le temps...
avec le temps, va, tout s'en va

Moi je dis avec Matthieu que "c'est ben vrai" ! C'est d'ailleurs scientifique que la mémoire ne s'arrange pas en vieillissant. Nous avons d'ailleurs là un début d'explication du succès rencontré : 100 % des français sont d'accord et c'est même un de leur soucis principal.

on oublie le visage et l'on oublie la voix
le cœur, quand ça bat plus, c'est pas la peine d'aller
chercher plus loin, faut laisser faire et c'est très bien

Matthieu fait semblant de croire que le cœur s'est arrêté de battre réellement. Pas du tout, M. n'est pas si con ! Il connaît parfaitement la métaphore poétique de l'amoureux qui a le cœur qui bat. Là, donc, le poème dit l'inverse : l'amoureux a oublié le visage et la voix de l'être aimé, son cœur ne bat plus à son souvenir et le poème dit qu'il ne faut pas se rebeller contre cette déliquescence des sentiments. Il faut savoir faire son deuil, on ne peut pas être et avoir été, il faut passer à la page suivante. Moi je dis que c'est chiadément bien torché et que Ferré ne vole pas ses royalties.

l'autre qu'on adorait, qu'on cherchait sous la pluie

Là aussi, Matthieu cherche à se faire passer pour plus bête qu'il n'est (quoi que..., dirait Tant bourrin dB-). Au cours d'une dispute, Jules claque la porte et part sous la pluie en tee-shirt, et Matthieu enfile son manteau, sort la voiture du garage, attache sa ceinture de sécurité et démarre à sa recherche ??? Non non non, j'y crois pas. Matthieu, il sort en tee-shirt lui aussi. C'est un vrai sanguin, Matthieu.

l'autre qu'on devinait au détour d'un regard
entre les mots, entre les lignes et sous le fard
d'un serment maquillé qui s'en va faire sa nuit

Les 2 premiers vers trouvent grâce aux yeux de Matthieu. C'est vrai qu'ils ont de la gueule. Moi, pour écrire comme ça, je donnerais, je sais pas..., mes actions du blog, tiens ! En disant "Un serment de pute ? Je vois pas, là.", Matthieu n'était pas loin de comprendre, pourtant : oui, on peut dire que la nana se fait traiter de pute. Poétiquement, allusivement, mais l'idée est bien celle-ci : c'est une menteuse (son regard se détourne), mais l'autre, qui a oublié d'être con, il voit clair dans son jeu et il sait bien que ses promesses ne sont que des promesses et que ce n'est pas chez sa mère qu'elle va passer sa nuit (la salope).

avec le temps tout s'évanouit

Oui, avec le temps, tout (même moi, même Matthieu, même les anecdotes, les trahisons, les serments qui se sont révélés être mensongers...) s'évanouit dans la mémoire infidèle des êtres humains. Dans le sens "disparaît", bien sûr ! C'est un peu comme quand on dit "celui-ci, je le vomis...". Ça veut pas dire "je l'avale d'abord, et je le recrache ensuite". Les mots ont plusieurs sens, Matthieu ?

mêm' les plus chouett's souv'nirs ça t'a un' de ces gueules
à la gal'rie j'farfouille dans les rayons d'la mort

Alors, là, Matthieu, le jeu de mot avec "La foir' fouille", ça vient comme un cheveu sur la soupe ? Où elle est la démonstration que la poésie est absente de ce texte ? Tu dérapes, tu changes de sujet, la pente devient savonneuse ? La chaîne de magasins n'existait pas encore d'ailleurs, à l'époque, par contre, le verbe farfouiller, oui.. Ces 2 vers, je les trouve toujours aussi tip-top que les autres. Le poème essaye de faire ressentir que les souvenirs, avec le temps, se déforment comme se décharne un crâne ou un squelette. Le poète plonge dans ses souvenirs et ne trouve que des lambeaux, des traces... Le souvenir à moitié oublié de la plus belle des filles a indubitablement une sale gueule ! Des métaphores comme celle-ci, je tire mon chapeau.

le samedi soir quand la tendresse s'en va tout' seule

Là, Matthieu fait une allusion au film de cul de Canal +. Nonobstant le fait qu'à l'époque de la chanson, il n'y avait qu'une seule chaîne, je trouve cette lecture fine. Samedi soir après l'turbin, à l'époque, c'était la soirée libre : on picolait, on remplissait son devoir conjugal, et si on était solitaire, on fouillait dans les rayons d'la mort, à la recherche (bredouille) de chouettes souvenirs, et on finissait, en désespoir de cause (et non en des espèces de squares), par une bonne branlette. Alors, "quand la tendresse s'en va toute seule", ce serait la métaphore poétique du geyser de sperme ? Je laisse à Matthieu la responsabilité de ses intuitions-force...

l'autre à qui l'on croyait pour un rhume, pour un rien
l'autre à qui l'on donnait du vent et des bijoux
pour qui l'on eût vendu son âme pour quelques sous
devant quoi l'on s'traînait comme traînent les chiens

Le 1er vers ne m'évoque pas grand chose, Laurent B. avait l'air de bien le sentir, il y voyait une allusion à la médecine. On pourrait alors le comprendre comme ceci : l'autre est toujours l'ex, et elle le chouchoutait, le soignait. Elle avait des avis autorisés et définitifs sur la maladie. Nous en avons tous connu, de ces spécialistes des tisanes, des inhalations, des petites pilules homéo... Pris dans ce sens, la syntaxe ne me choque pas (je crois que c'était ce qui gênait Matthieu) : l'autre à qui l'on croyait (en qui l'on avait confiance), pour un rhume (lorsque l'on avait un rhume), pour un rien (des petits riens)... Le 2ième vers parle de bijoux (cadeaux bien palpables et monnayables) et de "vent", qui représente à mon avis tous les autres cadeaux immatériels (les mots doux, les sourires, les soupirs...). "Devant quoi" au lieu de "devant qui" pose un problème à Matthieu mais ne m'en pose personnellement pas : devant quoi se traînent les chiens ? Devant la déité, la déitude que nous représentons pour eux ? Est-ce qu'un chien s'arrête à de tels soucis de genre ? Un chien se traîne, rampe, devant "ÇA"...

on oublie les passions et l'on oublie les voix
qui vous disaient tout bas les mots des pauvres gens
ne rentre pas trop tard, surtout ne prends pas froid

Encore des conseils de santé qui confirment l'interprétation précédente : la dernière épouse de Ferré était du genre "mama italienne", on dira que c'était son style de femme et que l'ex dont il parle était aussi du genre "protectrice". En tout cas, tout ça est bien émouvant et visiblement vécu, la faim, le froid sont bien des soucis de pauvres, mais tout ça est bien loin, avec le temps, va, les ennuis d'argent s'éloignent...

et l'on se sent blanchi comme un cheval fourbu

Rien de bizarroïde là-dedans. L'escroquerie intellectuelle dont parle Matthieu, c'est juste celle de parler de chevaux alors qu'on a juste vu "Crin-blanc" à la télé ? Quelqu'un du forum dit qu'un cheval fourbu a de l'écume blanche sur la peau, et Matthieu le remercie car il a appris quelque chose aujourd'hui. En fait, si un des sens de fourbu est en effet "fatigué", quand on parle d'un cheval fourbu, il s'agit d'une vraie maladie des sabots, "la fourbure", qu'attrapent quasiment tous les vieux chevaux. Et si ses poils étaient foncés, en vieillissant, ils... blanchissent !

et l'on se sent glacé dans un lit de hasard

Ce vers également me semble évident et lumineux. Matthieu nous demande de le suivre aux Galeries Lafayette où on le voit avec stupéfaction acheter un lit et le ramener sur son dos dans un chez lui sans chauffage (alors que nous aurions plutôt acheté un radiateur électrique), mais on sent surtout qu'il rame à donf depuis quelques vers pour tenter de nous faire rigoler avec ce qui est sans doute LA chanson émouvante du siècle. Moi, rien que l'idée d'un "lit de hasard", ça me glace. Tout le monde a compris (sauf Matthieu ?) que le vers parle d'un coup sans lendemain, tiré vite fait-bien fait dans un hôtel, avec une inconnue (une groupie ?)... Faire l'amour sans Amour, sans sentiments, ça manque de chaleur, ça refroidit le poète, et moi, je comprend le poète.

et l'on se sent tout seul peut-être mais peinard
et l'on se sent floué par les années perdues- alors vraiment
avec le temps on n'aime plus

Matthieu n'a rien trouvé de précis à reprocher aux derniers vers, mais c'est juste que selon lui, la cause est entendue, vu qu'il a bien fait son boulot d'humoriste. Mais les définitions sont tenaces et elles sont précises : l'ironie IMPLIQUE que le lecteur sache qu'il s'agit bien d'ironie. Quand Desproges raconte que Brassens lui a téléphoné pour lui dire "J'aime bien ce que vous faites" et que Desproges affirme lui avoir répondu "Moi aussi, j'aime bien ce que je fais", il n'y a aucune ambiguïté. Tout le monde éclate de rire.

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