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lundi 25 juillet 2011

AndiamoMorsure

Vous allez partir en vacances ? Ou bien vous y êtes encore ? Sans doute croiserez vous :

Sur un chemin, montant, sablonneux, malaisé,

Et de tous côtés au soleil exposé.

Une jolie vipère ! Ne la tuez point, ces petites bestioles peuvent toujours être utiles, je vais vous le montrer tout à l'heure...

.

MMMH… MMMMH... Un souffle de plus en plus court, la poitrine qui se soulève de plus en plus rapidement, la sueur qui inonde le front de la femme, et l’horrible étau qui serre sa poitrine, la douleur gagne le bras gauche, puis s’achève à l’auriculaire, la mâchoire se crispe…

Philippe se réveille, allume la lampe familière posée sur sa table de chevet, ouvre en hâte le tiroir de cette dernière, saisit le petit pulvérisateur de trinitrine, se penche sur son épouse et la force à ouvrir la bouche, puis il lui soulève la langue sans ménagement, et pulvérise plusieurs fois le produit.

Cathy ressent une brûlure sous sa langue, en même temps que l’horrible sensation d’écrasement de sa cage thoracique s’estompe par vagues successives, jusqu’à disparaître, laissant place à une délicieuse sensation d’apaisement.

Elle ouvre les yeux, un petit sourire en direction de son mari.

- Tu m’as encore sauvée, lui dit-elle.

- Je tiens tellement à toi, ma chérie ! Ce matin, j’appellerai le Docteur Lagorde, il faut qu’il t’examine, après l’attaque que tu viens de subir…

- Non, ça n’est pas la peine, ça va beaucoup mieux.

- J’y tiens, mon amour, et puis ça me rassurera.

- Tu es gentil, mon chéri, après tout ce que je t’ai fait subir… Toutes ces infidélités, ces « découchages », tu es là : prévenant, attentionné, gentil et délicat. Je crois que je paie pour tout ce que je t’ai fait endurer.

- TA TA TA, ne dis pas de bêtises, allez rendors-toi : il n’est que six heures et demie. Je vais me lever. Quand tu te réveilleras, je t’apporterai ton café au lit.

Un dernier sourire un peu timide, un peu las, Cathy s’est rendormie.

Philippe s’est levé, il s’est préparé un café bien fort, a avalé deux biscottes à peine beurrées, il ménage son cholestérol, l’exemple de son épouse lui impose une discipline alimentaire assez rigoureuse, et puis à cinquante ans il se sent très alerte, alors pourquoi tenter le diable !

A neuf heures, il est allé voir son épouse. Elle était réveillée, il lui a monté le plateau avec un petit déjeuner : café allégé, biscottes natures, et… un demi-sucre seulement.

- J’ai appelé le cabinet du Docteur Lagorde, il passera dans la matinée. Tu as tout ton temps pour faire ta toilette, ne t’habille pas, et recouche-toi après. Il faut que tu te reposes…

- Merci Philippe, t’es trop gentil.

Il était dix heures trente environ quand le Docteur Lagorde est passé. Un homme d’une cinquantaine d’années, grand costaud, les tempes argentées, l’allure sportive. Un Toulousain venu s’installer en Auvergne, près d’Issoire. La montagne lui plaît, et cette région plus particulièrement.

- Vous avez eu la chance que votre mari soit là, chère Madame : il vous a encore sauvé la vie.

- Oh oui ! Je sais ce que je lui dois.

- Bon, passez demain à mon cabinet, je voudrais vous faire un petit ECG, juste comme ça pour nous rassurer. Rien de grave, l’alerte que vous avez subie n’a apparemment pas laissé de séquelles, mais je préfère tout de même m’en assurer.

Philippe a raccompagné le médecin sur le pas de la porte. Ce dernier à l’air préoccupé.

- Je pense qu’il va falloir sérieusement songer à l’intervention. Mais soyez sans craintes, je connais à Clermont un excellent chirurgien de mes amis, nous avons fait notre internat ensemble à Toulouse, il a opté pour la chirurgie, et moi pour la médecine « de campagne », j’aime tellement cette région !

- Merci Docteur et à demain, répond Philippe.

Philippe s’est installé dans la cuisine, il s’est resservi une tasse de café. Il songe à ces années passées. C’est vrai qu’elle l’a trompé, elle s’est carrément foutue de sa gueule, oui ! Il lui revient cette boutade : si certains tirent sur tout ce qui bouge, Cathy, elle, bougeait sous tout ce qui tirait. Un sourire amer lui tord la bouche. Sans compter que durant sa période de chômage, combien de fois lui avait-elle fait remarquer que c’était elle qui faisait bouillir la marmite et que, de plus, la maison qu’ils occupaient lui venait de SA famille.

Sa femme entre dans la cuisine, elle porte encore son peignoir, les cheveux en bataille. Elle est chouette la dragueuse, songe-t-il, quarante-cinq ans… Elle en paraît dix de plus : la maladie l’a salement amochée ! Il y a tout juste trois ans, elle faisait bander tout le canton et ne s’en privait pas ! Tandis qu’aujourd’hui…

- Cette matinée de septembre est magnifique ! La semaine dernière et durant trois jours, il a plu : ça ne m’étonnerait pas que je trouve des ceps, déclare Philippe à son épouse. J’ai bien fait de prendre mes R.T.T. aujourd’hui, tiens !

- Vas-y mon chéri, je me reposerai en t’attendant.

Que peut-elle faire d’autre MAINTENANT ? songe Philippe avec une certaine amertume. Elle a bien changée depuis que je la soigne, elle en a rabattu comme l’on dit, elle est moins arrogante.

A trois heures, Philippe est parti, emportant un large panier et un sac de jute. Le bois est à trois ou quatre cents mètres derrière chez lui. Il y a deux jours, il a vu, profitant des derniers rayons du soleil, une superbe vipère aspic, que l’on nomme ici plus communément « vipère rouge » en raison de sa belle couleur marron orangé.

Philippe sait qu’à cette époque elle ne changera plus de territoire, octobre approche, et les vipères ne vont pas tarder à hiberner. Sans doute celle-ci a-t-elle déjà repéré le trou dans lequel elle se blottira afin de passer l’hiver. Précautionneusement, Philippe s’est approché de l’endroit où il a aperçu le serpent voici deux jours, il marche sur la pointe des pieds, il sait que la moindre vibration mettra la vipère en alerte, et qu’elle s’en ira, silencieuse, furtive, invisible…

Elle est là, paresseusement lovée sur une longue pierre plate qui a accumulé la chaleur du soleil. Elle ne bouge pas, profitant des derniers bienfaits de l’été, avant le long assoupissement de l’hiver. Philippe a confectionné voici dix minutes une petite fourche, tirée dans l’embranchement d’un coudrier, il l’a soigneusement effeuillée, puis retiré l’écorce avec son « Laguiole » qui ne le quitte jamais.

Il s’approche encore. Une feuille déjà sèche fait entendre un crissement. La vipère se détend et cherche à fuir en rapides reptations. Plus rapide, Philippe immobilise la tête du serpent, l’emprisonnant dans la fourche qui s’est fichée dans le sol meuble de la clairière, pas trop toutefois pour ne pas la blesser. Maintenant, elle se contorsionne, siffle, s’agite, se détend brutalement, tel un ressort trop bandé qui tout à coup se libère…

Philippe a attendu cinq bonnes minutes. Epuisé, le serpent s’est un peu calmé, ses soubresauts sont moins vifs, plus espacés. Alors, précautionneusement, l’homme a saisi la vipère par la queue, a ouvert le sac et a introduit le serpent la tête en premier, a lâché le tout, puis refermé vivement le sac.

Rentré chez lui, il est passé directement par le sous-sol, « son » endroit privilégié. C’est là qu’il aime s’isoler, prétextant une bricole à faire. Cathy n’y descend jamais, surtout depuis ses pépins cardiaques : l’escalier un peu trop raide lui demande un effort qu’elle ne peut plus assumer.

Dans un coin, un aquarium, vidé de son eau, autrefois Philippe s’était un peu intéressé à l’aquariophilie. Les : « tes poiscailles ça nous coûte bonbon, surtout depuis que tu ne bosses plus ! » Alors il avait arrêté, offert les jolis poissons multicolores à un voisin.

Très lentement, il dénoue la ficelle enserrant le sac, puis le retourne vivement au-dessus de l’aquarium. La vipère y choit lourdement. Alors Philippe recouvre ce qui est devenu un vivarium d’une planche de contreplaqué, sur laquelle il pose une cocotte minute mise au rencard. Le reptile se contorsionne, sa langue capte toutes les odeurs. Affolé, il cherche une issue qu’il ne trouvera pas.

Quand il regagne le rez-de-chaussée, il trouve sa femme allongée sur le canapé, la télé est allumée, mais son regard est vide, le nez est pincé, visiblement elle souffre.

- Ça ne va pas ?

- C’est rien, ça va passer, je pense que le pontage est inéluctable.

- On verra demain avec le Docteur Lagorde, tu as rendez-vous : alors attendons !

Après le dîner, la soirée s’écoule, monotone : un téléfilm insipide, une rediffusion, Philippe en connaît déjà le dénouement. Cathy baille depuis un moment.

- Tu devrais aller te coucher, la télé te fatigue… Sois raisonnable.

Une moue de petite fille contrariée...

- Tu as raison, j’y vais.

Un baiser furtif sur le front de son époux, la femme a rejoint la chambre, refermé la porte.

Resté seul, il zappe constamment, passant d’une chaîne à l’autre… Aucun sujet ne l’accroche. Puis, au bout d’une heure, il se rend à son tour dans la chambre, s’approche du lit, la respiration régulière de son épouse, le très léger ronflement le rassure… Elle dort profondément, il en est certain.

Il a soulevé la planche de contreplaqué avec d’infinies précautions, puis il a très adroitement emprisonné la tête du reptile à l’aide de la petite fourche. De sa main gantée, il saisit la vipère derrière la tête, puis la sort du vivarium. Celle-ci se débat vigoureusement, sa gueule s’ouvre et se ferme, cherchant un endroit où planter ses crochets… Elle ne rencontre que le vide.

- Patience, ma belle, patience, murmure l’homme.

A pas de loup, il a monté l’escalier, puis s’est introduit dans la chambre. La couverture se soulève régulièrement au rythme de la respiration de son épouse. Philippe a soulevé la couverture et le drap, découvrant le pied de la belle endormie, il a approché la gueule de la vipère, de manière à ce que les crochets mordent dans la plante du pied.

Furieuse, la vipère a mordue, plantant ses crochets aussi profond qu’il lui est possible. A peine terminé, Philippe a bondit hors de la pièce… Un cri horrible, Cathy s’est réveillée, une horrible brûlure sous son pied la fait se tordre de douleur !

Philippe a dévalé les escaliers du sous-sol, a saisi la queue du serpent de sa main gauche. D’un large mouvement, il la frappe contre le mur de parpaings. Bientôt la petite tête n’est plus qu’une bouillie, la bête a cessée de remuer, alors Philippe l’enveloppe dans un journal, puis jette le tout dans la poubelle.

Il refait le chemin en sens inverse, se précipite dans la chambre. Cathy, se contorsionne, ses deux mains sont agrippées à son pied gauche, le regard affolé se pose sur son époux.

- J’ai… j’ai mal, hoquète-t-elle… Qu’est-ce-qui m’arrive ? Le pied me brû… brûle atrocement… Regarde, je t’en prie !

Philippe a délicatement ôté les mains de sa femme, puis il feint de chercher…

-Je ne vois rien, ment-il alors qu’il aperçoit distinctement deux petites marques rougeâtres sous la plante du pied.

Le souffle de Cathy devient de plus en plus court tandis que son front se couvre de sueur. Elle s’arc-boute, sa poitrine se soulève de plus en plus rapidement, un dernier soubresaut… Elle retombe inerte, le regard fixe… Sans vie.

Calmement, Philippe a décroché le téléphone puis a sélectionné le numéro du Docteur Lagorde dans son répertoire.

- Venez vite, Docteur, mon épouse vient d’avoir une crise, et je crains…

- Faites le 15, appelez le SAMU… Vite !

L’homme a composé le 15, feignant l’affolement. Puis, calmement, il a ouvert l’un des tiroirs de la commode. Comme toutes les épouses : sur quatre tiroirs que comporte la commode, trois lui sont réservés ! Il a sorti une paire de socquettes, celles qu’elle portait lorsqu’elle faisait du jogging, les lui a enfilées… Ainsi songe-t-il, ils ne verront pas les pieds : on ne sait jamais !

La mort ayant été quasiment instantanée, le pied n’a pas eu le temps de gonfler ni de prendre cette couleur violacée si caractéristique.

Le SAMU est arrivé toutes sirènes hurlantes, le médecin n’a pu que constater le décès. Le carillon de l’entrée a résonné Philippe est allé ouvrir.

- Docteur Lagorde, vous arrivez trop tard… Tout est fini, a hoqueté Philippe, simulant une vive émotion

- Après son attaque, ça n’est pas si surprenant, j’aurais dû la faire hospitaliser tout de suite.

- Ne vous reprochez rien, Docteur.

Le docteur Lagorde s’est approché du lit, le personnel du SAMU est encore là. Une brève discussion, le médecin traitant explique le cas au médecin du SAMU, celui-ci opine, serre la main du Docteur Lagorde, puis suivi de son équipe, se retire

- Je signerai le certificat de décès, lance le Docteur Lagorde.

Resté seul avec Philippe, il regarde la morte, une chose l’intrigue.

- Elle mettait des chaussettes pour dormir, votre épouse ?

- Oui, vous savez comment sont les femmes… Toujours froid aux pieds !

Le médecin s’est penché, puis a fait rouler les socquettes, les a fait glisser, mettant les pieds à nus. Alors, doucement, il a fait pivoter le pied gauche.

- Il faudra expliquer les deux piqûres rougeâtres sur la plante du pied, Monsieur Vassard. Parce que si il y a bien deux endroits où votre épouse n’avait jamais froid : c’était aux pieds et au cul. Et ça, je le sais par expérience !

Ch'tiot crobard Andiamo

dimanche 17 juillet 2011

AndiamoLa dilettante

AH ! Dis donc, ça roupille sévère sur les blogs.....Quasiment le désert !

Normal ce sont les vacances. Alors j'ai fouillé dans mes archives, et j'ai retrouvé quelques ch'tiots crobards, que j'avais fait à l'intention de mes vieux complices (le premier qui ose dire : mes couilles aussi, paye la tournée).

On va se prendre le chou ! On verra ça à la rentrée, en attendant je vais essayer de vous faire sourire....

On s'inquiète pour l'ours pyrénéen ?... Pas de soucis je l'ai rencontré, il se porte plutôt bien !

La preuve en images !

Non Tonton Andiamo ne va tout de même pas s'attaquer à "bonne nuit les petits" ? Combien d'entre vous se sont endormis, avec dans les oreilles la douce musique jouée à la flûte par "le patron" ? POM POM POM POM...POM POM !

Bande d'hypocrites... J'en ai vu qui riaient !

AH ! Si les personnages que je dessine pouvaient parler !

Fais pas la gueule Léon c'est pour rire !

A toutes et à tous je souhaite de bonnes et même de TRES bonnes vacances..... (à suivre)

lundi 11 juillet 2011

Mam'zelle KesskadieVous avez vu ?

Vous avez vu?

Mais si ! Kate et William sont venus nous faire un petit coucou ! Au Canada, comme vous le savez sans doutes, nous sommes dans le Commonwealth, ce qui veut dire que la reine Elizabeth est notre reine. Oki, on aimerait mieux Isabelle Adjani qui perd la tête comme dans la Reine Margot, mais coup donc, il y a longtemps que les français, de un, nous ont abandonné, et de deux, ont abandonné la monarchie.

Donc, on se doit de protester un peu, question d'être solidaires avec les cousins français (au fait, c'est pas vous qui avez choppé la dernière princesse dans un tunnel, vilains démocrates ?) et question d'être people avec le reste, on a fait des courbettes. Voir Paris-Match pour les détails.

Alors, étant donné que je n’ai plus rien à dire, je vais vous inventer une histoire.

La blonde assistante du Dr Li@!#$ks? haussa son sourcil parfaitement maquillé, ouvrit ses pulpeuses lèvres au rouge pêche N°3245 Lancôme, ouvrit sa main aux ongles bordés de brillants et laissa tomber son portable rose fuschia sur la moquette beige.

Coupé!

Sylviane en a profité pour roter, il faudrait vraiment laisser tomber le coke se dit-elle en se grattant la fesse gauche.

"On reprend" cria quelqu'un.

La blonde assistante du Dr Li@!#$ks? haussa son sourcil..... laissa tomber le portable mais dans un faux mouvement, accrocha un ongle bordé de brillant, se trémoussa le popotin de douleur, sautilla sur son talon aiguille en qualifiant l'événement de Tabarnak de bordel de merde ! (mère québécoise et père inconnu).

Coupé!

"M'enfin, Sylviane! Tu... " le pauvre bougre n'eût pas le temps de finir sa phrase, il parlait au charmant popotin si coquinement rebondi et sourd aux revendications autant lubriques que critiques.

« Les blondes, je te les enculerais toutes une derrière l’autre » dit-il avec les mâchoires serrées d’un gars qui n’avalerait plus aucun autre contre-temps.

« Ouais, moi, ça serait plutôt les unes après les autres » fit l’assistant facétieux.

Le metteur en scène ferma les yeux pour garder en lui-même la réflexion qu’il enculerait aussi tous les assistants les uns derrière les autres, mais pas avec le même plaisir, ayant horreur du poil.

Cinq minutes plus tard, ce fût la jolie poitrine de Sylviane qui rebondit sur le plateau. « Alors, les choux, on s’y remet ? »

Sylviane trouvait très drôle d’appeler les hommes mûrs ses choux, en pensant à la règle de grammaire qui comprenait le genou, faisant référence à leur pauvre calvitie et à quelques coups qu’elle avait bien dirigés contre certains parties anatomiques trop intéressées aux siennes.

La blonde assistante du Dr Li@!#$ks? haussa son sourcil parfaitement maquillé, ouvrit ses pulpeuses lèvres, patati et patata jusqu’à l’échappée finale du portable.

Coupé! Celle-là, c’est la bonne conclut le chou en chef.

« On fait une pause? » demanda la blonde en papillonnant de son sourcil allongé.

Non, grogna-t-il de son œil rouge vitreux. On est encore en retard de trois scènes.

« Oh, mais tu ne vas pas m’en faire une pour ça! » minauda-t-elle. Mais elle n’insista pas, une vraie chatte sait quand il faut miaouler, ronronner ou montrer patte blanche, fût-elle bordée de brillants aux griffes.

Le scénariste avait encore changé d’idée pour la scène finale. De quoi faire regretter chou-mûr-en-chef de ne pas faire de porno, l’action y est plus simple et la finale ne change presque jamais, une fois atteinte, évidement.

Allez, on remets ça!

« Là, Sylviane, tu vas te pencher pour rattraper le portable parce que tu veux entendre le message une autre fois, tu ne peux pas en croire tes oreilles. »

Il se retint pour ne pas décrire la scène en lui disant qu’elle n’avait pas compris le message parce qu’elle ne pige jamais rien du premier coup. Homme fatigué ménage ses coups.

Sylviane remua son derrière bien moulé dans son pantalon blanc, plongea du haut de son talon aiguille permettant ainsi aux regards de plonger dans son décolleté, garda la bouche ouverte (elle se souvenait qu’elle l’avait dans cette position à la scène précédente, même si elle n’avait pas prononcé une seule parole), et tenta de cueillir le portable rose-fuschia dans la moquette.

Coupé!!!!

Sylviane, s’il-te-plait, ne regarde pas la caméra en te penchant, mais regarde par terre, c’est là que se trouve le portable. Si tu regardes l’objectif, tu comprends, le spectateur ne comprendra pas pourquoi tu le regardes.

Oups! rigole-t-elle.

Déformation professionnelle pensa l’assistant facétieux.

Action!

Sylviane reremua son derrière, se repencha du haut de ses talons aiguilles, et tenta de cueillir le dit portable, mais comme Brigitte Bardot dans la célèbre scène où la jupe se fendait sur demande, sentit son pantalon se fendre, mais cette fois –ci, sans qu’on le lui demande.

Les choux présents ouvrirent de bien grands yeux quand la déchirure découvrit la jolie petite culotte et .. le ruban adhésif qui retenait une partie anatomique qui leur semblait familière, mais déplacée sur une jolie femme, si la partie, évidement, lui appartient.

Morale : je vous laisse écrire cette partie, vous avez une si jolie façon de commenter!

lundi 4 juillet 2011

Saoul-FifreMessage de Doudou

Salut les amis,

Ici Jean-Marc, Doudou pour les intimes.
Vous ne le savez pas forcément, mais il m'arrive d'écrire, un peu.
Pour le bouquin que je commence, j'aimerais que vous m'aidiez un peu en répondant à cette question. Très sérieusement.
"Si demain il y avait une révolution, quelle serait pour vous la chose la plus importante à réaliser ?" (politiquement, socialement...) Je vous accorde deux réponses, un peu étayées si possible.
Bien entendu, si je vais au bout de cette écriture, vous serez les premiers informés...
Merci de faire passer le message à vos amis, j'ai besoin d'un maximum de réponses et d'informations !

A bientôt

Quand j'ai reçu cet appel au secours de Doudou, mon sang n'a fait qu'un tour : crise d'écriture ou non, mon ami avait besoin d'aide, je me devais de répondre présent.

Bon vu mon état de fatigue, je n'ai étudié qu'une réponse mais elle en vaut largement deux.

Pour faire une bonne révolution, il suffit d'envoyer au diable le pouvoir et tous les pouvoireux.

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mercredi 29 juin 2011

AndiamoDes ports qui travaillent

Il y a des ports comme ça qui sont devenus des « parkings » pour friqués, des "as-tu vu mon gros barlu ?"... Des ports qui abritent d’énoooormes fers à repasser, munis de moteurs plus que surdimensionnés.

Pour faire quoi ? Rien justement ! Clapoter au rythme des vaguelettes bien noires des ports méditerranéens !

Et puis parfois on appareille…. Mais oui, on se risque jusqu’aux îles de Lérins pour une « partie » ou une partouse, je ne sais pas, je n’ai jamais été invité… Hélas !

Et puis il y a les autres : les ports qui travaillent, ceux qui abritent des chalutiers. Des petits chalutiers, qui pratiquent la pêche côtière, le cabotage, au rythme des marées. Point d’énormes filets de plusieurs kilomètres qui ravagent tout !

Cette pêche « artisanale » n’épuise pas puisque, aux dires de pêcheurs eux-mêmes, le poisson n’est pas rare !

De bons et braves bateaux, qui sortent par tous les temps… Il faut bien manger !

Ils rentrent à marée haute, après dix heures en mer, débarquent leur poisson, les coquilles et autres « dormeurs », puis, comme si cela ne suffisait pas, ils aident encore à la vente, soit directement sur le port, soit dans la belle halle récemment rénovée.

Ce port, que je commence à connaître, se situe sur la côte d’albâtre, ainsi nommée grâce à ses magnifiques falaises de craie blanche, les plus hautes d’Europe (plus de 100 mètres).

Ce joli port s’appelle : le Tréport, le bien nommé !

Là, point d’hôtels avec un grand « H », des petits restaurants bien sympas, à l’image des habitants. Le petit marché, et là, sous vos yeux, une charcutière vous prépare dans un grand récipient, façon plat à paella, une spécialité du crû : les andouillettes cuites au cidre, avec oignons et tout ça qui faut ! Accompagnées d’un joli Sancerre… Pas dégueu !

Flâner sur la digue ou le long de l’immense plage, entendre le ressac roulant les galets… La Manche qui change de couleur au gré des nuages et des marées, passant du gris au vert émeraude, puis un grand coup de bleu quand le ciel se déchire.

Emprunter le funiculaire (gratos au passage) qui vous conduit sur le chemin des douaniers surplombant la mer d’une centaine de mètres. On y aperçoit Criel et ses falaises qui se courbent jusqu’à toucher la mer.

Là-haut, un restaurant abrité derrière des buttes artificielles qui vous mettront à l’abri du vent, car ici quand ça souffle, il vaut tenir ton chapeau !

Dans ce petit restau on vous servira des gaufres, avec un coup de cidre normand…. MMMMH, je ne vous dis que ça !

Pour nous, ça n’est pas bien loin : deux heures et quart de route. Des départementales qui serpentent à travers le pays Picard, en traversant l’Oise et la Seine Maritime.

De jolis paysages verdoyants et vallonnés, des villages aux maisons de briques ou à colombages, toitures d’ardoises ou de tuiles, s’étirent en longueur, c’est le pays Picard….

Autrefois pavées et boueuses, ces routes sont maintenant magnifiques, pittoresques, pas très larges, mais qu’importe, nous avons le temps de savourer et nous le faisons !

Sur les collines, des éoliennes commencent à pousser, leurs pales immenses tournent gracieusement, et il est vrai que c’est moins laid que des pylônes électriques, comme me le faisait justement remarquer Françoise.

J’ai encore dans ma tête les cris des goélands argentés qui suivent le sillage des bateaux, en quête de nourriture facilement pêchée ! Et j’ai dans les yeux la douce lumière de cette côte Picarde.

Ch'tiot crobard Andiamo

Les contemplatifs (en Rital : les desoccuppati)

En balade sur le chemin des douaniers.

(Photos Andiamo 2011)

vendredi 24 juin 2011

Tant-BourrinLe Blogbodico (14)

A l'instar de Diderot et de sa fameuse Encyclopédie, je n'aurais de cesse d'œuvrer régulièrement sur ce blog à l'écriture de mon Blogbodico. Voici donc une quatorzième livraison, modeste brique supplémentaire pour l'édification de ce futur phare de la pensée moderne (les briques précédentes sont là : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12 et 13).

Le Blogbodico ? Le beau dico qu'il vous faut !



A demi-nems : (loc.) Une attaque à demi-nems consiste à lancer des rouleaux impériaux coupés en deux sur son interlocuteur pour le discréditer. Comme il ne sait pas argumenter, on voit Henri cantonné aux attaques à demi-nems.

Agro-bath : (adj.) A la fois rural et agréable. Il s'émerveillait à haute voix de la beauté de la campagne alentours, la jugeant fort agro-bath, jusqu'à ce qu'il glisse sur une bouse fraîche et fasse un triple salto arrière.

Bourre-donc : (n.m.inv.) Homme souffrant d'une addiction au sexe. Les bourre-donc font grand usage de leur dard. (Mus.) "Le viol du bourre-donc" : interlude orchestral de Nikela Rimski-Korakor.

Cale-cul : (n.m.) Pièce de mobilier sur laquelle on peut s'asseoir. Visualiser un tabouret dans sa tête est la base du cale-cul mental.

Came-en-beurre : (n.f.) Trafic de stupéfiants à des fins d'enrichissement personnel. Etym. : transformer de la came en beurre dans les épinards. Les policiers ripoux sont assez coulants avec la came-en-beurre.

Chiassepot : (n.m.) Appareil médical muni d'une baïonnette, servant à combattre la constipation par voie anale. On a attaqué le bouchon de constipation au chiassepot. La riposte a été rapide et puissance : une canonade digne de la grosse Bertha !

Cidrérurgie : (n.f.) Procédé de fabrication d'une boisson à base de pommes si fortement alcoolisée qu'elle nécessite un estomac d'acier pour être ingérée. Un produit cidrérurgique ? Non, merci, je vais plutôt prendre un Coke !

Gonocoquillette : (n.f.) Petite pâte alimentaire pouvant causer une infection génito-urinaire, communément appelée "chaude-pizza". Depuis que j'ai des gonocoquillettes, on ne peut pas dire que je sois ravi au lit.

Informastic : (n.f.) Patch correctif destiné à réparer les fenêtres de Windows. C'est le trente-huitième plantage de la matinée ! Laissez tomber l'informastic et préparez le mastic : je vais jeter l'ordinateur par la fenêtre !

Lampe-à-derche : (n.f.) Dispositif d'éclairage destiné à l'exercice de la proctologie. Synonymes : raie-de-lumière, torche-cul.

Morut : (n.m.) Excitation sexuelle provoquée par la présence d'une fille de mauvaise vie. Lulu l'astiqueuse a ses ragnagnas : ce soir, y'aura de la branlade de morut au menu !

Pariscide : (n.m.) Lourde défaite du PSG face à l'OM. Antonyme : OMicide.

Pond-des-râles : (adj. inv.) De nature à provoquer des gémissements de douleur. Elle pâlit et hoqueta sous la surcharge pond-des-râles de son amant de 140 kg.

Para-shit : (n.m.) Politique de lutte contre le trafic de stupéfiants. - T'as vu toutes les mesures contre la drogue qu'a annoncées le Président hier ? - Pfff, rien que des effets d'annonce pour occuper la une des journaux ! Du para-shit à sensationnel !

Patatouage : (n.m.) Tatouage peu figuratif, en forme de patatoïde. - Oh, qu'est-ce que tu as au creux des reins ? C'est un patatouage ? C'est mignon ! - Non, c'est juste que je suis allée aux cagouinces et qu'il n'y avait plus de PQ !.

Tsunamibe : (n.m.) Infection parasitaire du gros intestin due à une amibe et provoquant une très forte diarrhée. Il est souvent nécessaire de repeindre les toilettes, voire les pièces avoisinantes, après un tsunamibe.

lundi 20 juin 2011

AndiamoChauguise et les crucifiés

Célestine jurait, tempêtait :

- Saloperie de saloperie de bagnole ! Qu’est-ce t’as dans l’cul à hoqueter comme ça ?

La vieille deux-chevaux hoqueta une dernière fois, puis s’arrêta.

- Et merde, manquait plus qu’ça !

Célestine ouvrit la portière qui émit un grincement propre à vous arracher les tripes, se dirigea vers l’arrière de la pauvre deuch grise, ouvrit le bouchon du réservoir et entreprit de jauger*.

La longue tige en fibre marron ne recélait nulle trace de liquide, pas même sur son extrémité !

- Ah la vache ! Fumier d’ Fernand ! Il s’en est servi hier, il aurait pu faire le plein… Va m’entendre ç’ui-là !

La longue tige dans la main, elle leva les yeux. Sa bouche s’affaissa, puis sa main s’ouvrit, laissant choir la jauge. Aucun cri ne sortit de sa poitrine. Pétrifiée, elle ne pouvait détacher son regard du calvaire situé au lieu-dit « le carrefour du marronnier », à l’intersection des deux départementales de ce canton de l’Oise, à proximité de Clermont.

Ligoté à la croix de pierre, le corps d’une femme entièrement nue.

Célestine se signa, puis, les jambes tremblantes, courut en direction de Jonville, tout proche, qu’elle venait de quitter .

Etonnés, quelques passants la regardèrent.

- Elle a vu l’diable en personne, not’Célestine ! lâcha Marguerite, la boulangère.

Célestine s’arrêta au « Café de la Place », entra en trombe, puis interpella Gilbert, le patron :

- Gi…Gilbert, appelle les gendarmes ! Dis-leur qu’ils viennent de suite, il y a … Il y a… Elle ne termina pas sa phrase, des hoquets l’agitaient, elle fondit en larmes.

Nul besoin d’expliquer à la maréchaussée. Avant d’entrer dans Jonville, au carrefour, ils découvrirent la scène !

Ils interrogèrent brièvement Célestine, lui demandant si elle n’avait rien remarqué.

Pour toute réponse, elle se contenta de secouer la tête négativement, incapable de prononcer une parole, elle d’ordinaire si bavarde !

L’enquête fut confiée dans un premier temps à la gendarmerie puis, se ravisant et jugeant l’affaire trop sordide et étant sans doute le fait d’un maniaque, le juge d’instruction en charge de l’affaire la confia au commissaire Chauguise.

Bien sûr, les gendarmes du coin avaient bien un peu renaudé, mais finalement le « patron » du 36, dont la compétence n’était plus à démontrer, fit l’unanimité au sein de la brigade de gendarmerie, et ils se tinrent prêts à coopérer.

La victime fut rapidement identifiée, son mari ayant signalé sa disparition la veille de la macabre découverte.

Il s’agissait de Mireille Langot, âgée de trente ans, domiciliée à Clermont de l’Oise, mariée à Pierre Langot et maman de deux enfants.

Après autopsie, le légiste déclara : « mort par strangulation. La victime était décédée lorsqu’elle a été ligotée sur le calvaire. »

En ce mois de novembre, les pluies incessantes avaient mis les champs en marmelade comme le chantait Léo Ferré, et lorsque la brigade scientifique voulut faire des relevés afin d’identifier d’éventuels indices, ils ne trouvèrent que flaques d’eau et gadoue !


Une semaine plus tard, Henri Bignon rentrait chez lui à bicyclette, il était dix-sept heures. Le ciel chargé ne rendait pas la visibilité facile. Henri, un peu éméché, devait écarquiller les yeux afin de ne pas verser dans le fossé, qui avait une fâcheuse tendance à se rapprocher de la roue avant !

En passant devant le calvaire du bois Maillard, il tenta de se signer comme à son habitude, mais il perdit, en voulant accomplir ce geste ô combien dévot, le peu d’équilibre qui lui restait, et s’affala sur le talus !

Après un nom de Dieu suivit d’un bordel de merde, qui valent un Pater et un Avé, il se releva et, bouche bée, articula un « « bon Dieu » supplémentaire !…

Grossièrement ficelé au grand crucifix en fer forgé, don des paroissiens de la commune toute proche, le corps sans vie d’un homme entièrement nu !

Henri eut un haut le cœur, le trop plein de « côtes du Rhône » à la pression atterrit sur ses godillots, qui n’en demandaient pas tant !

Evidemment, Chauguise établit immédiatement le rapprochement ! D’autant que la victime avait été étranglée avant d’être attachée au calvaire !

- Bordel, il n’y a pourtant pas de « tueurs en série » chez nous, déclara-t-il à son adjoint.

- Des céréales kileures, patron ?

- Mais non ! Quel ignare, tu fais : des SERIALS KILLERS !

- Je sais patron, c’était histoire de détendre l’atmosphère.

- Ah bon ?

L’analyse minutieuse des liens ayant servis à ligoter les victimes ne révéla rien : il s’agissait de ficelle d’un modèle courant, en vente dans toutes les bonnes quincailleries, avait déclaré Bourrieux dit « Couillette », le chef de labo du 36.

Evidemment, dans les années cinquante, point de grandes surfaces à l’usage des bricoleurs atteints de la maladie « du parpaing » (c’est ainsi que je nomme les mecs atteints de bricolomanite aigüe !)


Chauguise tourne en rond dans son bureau. N’y tenant plus, il sort dans le couloir et interpelle son adjoint.

- Rapplique, Dugland !

- Vous voulez quoi, patron ?

- Fais le plein de la chignole ! On part pour Clermont de l’Oise, faut aller sur place… S’imprégner de l’ambiance, respirer l’atmosphère et tout le toutim !

Ils sont partis en milieu de matinée, sortie porte de la Villette, la route de Flandres, la Courneuve, le Bourget et son aéroport encore en service dans ces années-là. Julien ralentit au passage vrombissant d’un Loocked Constellation super G.

- Ils ont tout de même de la gueule, hein, patron ?

- Mouais….

La patte d’oie de Gonesse, la quinze tangue un peu sur les pavés mouillés de la N2, puis ils empruntent la N 17, un petit crochet par Chantilly…

- Pas même le temps d’admirer le magnifique château ayant appartenu au Duc d’Aumale, lâche laconiquement Julien.

- Le duc d’Aumale ? ricane Chauguise…

- Qu’est-ce qu’il y a de marrant, patron ?

- Tu sais pas ?

- Ben non !

- Juliette va drôlement s’emmerder avec toi !

- ???

Chauguise, le bada enfoncé jusqu’aux yeux, roupille. Enfin… Il déclarera tout à l’heure qu’il a juste récupéré un peu…

Passé Clermont, ils ont dégauchi dans un petit bled non loin des lieux des macabres découvertes, un petit troquet, simple mais propre et accueillant.

Attablés dans le fond du bistrot, près du gros Godin en fonte, le commissaire et son adjoint viennent de terminer leur repas.

Le plat du jour, une spécialité locale : « des ficelles Picardes » des crêpes fourrées aux champignons, accompagnées d’un Sancerre tout à fait honorable.

- Deux cafés, commande Chauguise, avec ce qu’il faut à coté !

- Un p’tit genièvre, interroge le patron ?

- Ouais, pourquoi pas ? Ça fait un bail que je n’en ai pas bu !

Avant de procéder aux interrogatoires, Chauguise aime bien s’imprégner de l’ambiance, prendre la température comme il dit…

- Tu vois, Dugland, tous ces bouseux savent déjà qui nous sommes ! Ils ont l’air « plouc » comme ça, mais fais gaffe : ce sont des malins, des intuitifs, rien ne leur échappe. Ou bien ils t’ont à la bonne, ou bien ils te détestent, et dans ce cas autant interroger une moissonneuse-batteuse !

- Tiens, patron, mettez trois verres, vous trinquerez bien avec nous ?

- C’est point de refus !

Maurice, le patron, s’avance, trois petits verres à liqueur dans une main, dans l’autre la bouteille de genièvre, avec son bec verseur en étain.

Il verse, sa main tremble légèrement… Trois ou quatre gouttes se répandent, histoire de décaper un peu la table de bois !

- Je suis le commissaire Chauguise et voici l’inspecteur DUG… Crafougnard !

- Je m’doutais ben qu’vous étiez flics !

- Pour être une « sale » affaire, c’est une sale affaire, lance le commissaire histoire d’entamer la conversation.

- Ouais, appuie le patron du troquet, m’étonnerait que ce « soye » quelqu’un d’par ici ! J’connais ben les gens d’chez nous : grandes gueules, un pain à l’occasion quand ils ont bu un coup d’trop. P’têt’ capab’ de décrocher l’fusil chargé au gros sel, histoire de punir un écornifleur ou un voleur, mais des trucs vicelards comme y’a eu dans l’coin et à Jonville : ça non !

- Ouais, bien sûr, mais ils ne se sont pas entortillés comme ça tout seuls !

- Ben non, commissaire, ben non ! J’vous remets ça ? C’est ma tournée !


Le retour à la nuit tombée, les lumières blafardes de la quinze, éclairent chichement la route. On est loin des lampes au mercure, et autres phares à iode d’aujourd’hui !

- Bon, il est tard, tu me raccompagnes… Et tu resteras bouffer avec nous, Dugland ! J’crois bien que Juju a préparé une rouelle de veau, lâche Chauguise en se tournant vers Julien qui s’écarquille les gobilles afin de ne pas perdre la route des yeux !

- Merci patron, ce sera avec plaisir !

- Mouais.

L’enquête piétine, le procureur s’impatiente, le préfet aussi, c’est bientôt les élections. C’est vrai qu’en France on vote tous les six mois, on ne sait pas trop pourquoi, mais on vote. Beaucoup pour les cocos à l’époque, histoire d’emmerder le pouvoir en place, plus que par grande conviction !

L’as du 36 a beau chercher : nada, que dalle, zéro, triple zéro même, chou blanc comme on dit !


Quinze jours après la première découverte, le téléphone sonne dans le bureau du patron.

- Oui ?.... Comment ? Ou ça ? Près de Grandvilliers ? On arrive !

- Dugland radine ! Le cinglé a remis ça !

Un petit bled près de Grandvilliers, des champs de betteraves à perte de vue. C’est justement la campagne de ramassage, avec son lot de camions boueux, de remorques bringuebalantes attelées à des tracteurs poussifs et fumants, qui laissent d’énormes plaques de boue sur les routes. A cette époque, chaque village abrite sa propre sucrerie.

Une grande mare au beau milieu du village. Cette mare, c’est un vestige d’un temps où l’on éteignait les incendies en faisant « la chaïne ».

Le village, avec ses maisons de briques rouges et ses toits d’ardoises s’étire en longueur, le ciel est bas, les arbres noirs dépouillés de leurs feuilles, on se croirait dans un tableau de Vlaminck… c’est le pays picard.

Chauguise se met à fredonner cette vieille chanson de Haydn Wood pour la mélodie : « Roses de Picardie »

Souviens-toi, ça parlait de la Picardie
Et des roses que l’on trouve là-bas…

Julien, au volant de la Citroën, se tourne vers son patron…

- Vous chantez bien, patron !

- Ouais, mieux qu’un cheval, mais je ne cours pas aussi vite !

Juste avant le carrefour à la sortie de Rancourt, un calvaire, et sur la grande croix en chêne, le corps entièrement dénudé d’une jeune femme, ficelé comme les précédents. Quelques curieux maintenus à distance par les gendarmes.

Chauguise s’extirpe de la voiture, relève le col de sa gabardine, ajuste son bada, enfonce les mains dans ses poches après avoir allumé une « Boyard papier maïs ».

Julien lève les yeux…

- Ben dites donc, patron, c’est une fausse blonde !

- Et t’as trouvé ça tout seul ? Tu ferais mieux de chercher des indices au lieu de dire des conneries !

Bien sûr, même méthode, mort par strangulation avant la macabre mise en scène…


Le retour à Paris, les routes glissantes, les arrêts fréquents afin de nettoyer le pare-brise.... Et oui point de lave-glaces sur les chignoles de l'époque !

Dès son arrivée le lendemain matin "le boss" convoque tous les O.P.J.

- Alors voilà : vous allez m’éplucher la vie des trois victimes, et ce à la loupe ! Je veux tout savoir : depuis leur premier biberon jusqu' à leur première branlette, en passant par le nombre de boutons d’acné qu’ils ont eu sur le tarbouif… Compris ? Et fissa : les résultats, je les veux pour hier !

Les inspecteurs se sont retirés. Chauguise a eu encore à répondre au Préfet, qui lui-même a eu à faire au procureur, qui… au Ministre !

"L’enfoiré, si je le coince, ce cinglé !" marmonne notre commissaire alors que Julien entre dans son bureau.

- On ne t’a pas appris à frapper ?

- Excusez-moi commissaire, mais j’ai quelque chose…

- Fais voir !

- Voilà : nos trois victimes ont suivi des cursus scolaires assez différents, mais tous trois ont obtenu un diplôme d’accompagnateur (l’équivalent du BAFA) en suivant un stage dans des CEMEA (Centre d’Entraînement aux Méthodes d’Education Active)...

- C’est quoi ce truc, Dugland ?

- C’est un stage qui permet à des jeunes et moins jeunes d’encadrer des enfants ou des ados en colonie de vacances, ou lors de voyages scolaires.

- Mais c’est intéressant, ça… T’as bien bossé !

- Merci patron.

- Mais ne t’endors pas, on fouille encore, on va chercher afin de savoir si nos trois victimes n’auraient pas fait « un camp » ou une colo ensemble.

Le duo infernal est retourné dans les trois villages d’où étaient originaires les trois victimes. Ils ont découvert que, dix ans plus tôt, ils avaient tous trois accompagné une sortie, qui visait à récompenser les lauréats du certificat d’études primaires. Cette sortie avait eu lieue au Tréport, mi-juillet.

Un accident effroyable s’était produit : échappant à la vigilance des accompagnateurs, deux gamins s’étaient esquivés à la suite d’un pari stupide, et pour les beaux yeux de la petite Nicole.

Ils avaient entrepris d’escalader l’immense et magnifique crucifix en fer forgé faisant face à la mer !

Pour le jeune Paul, ça s’était mal passé : à la suite d’une prise mal assurée, son pied avait ripé, il avait chuté et s’était éventré sur l’une des nombreuses piques qui ornent les bras de la croix ! Malgré l’intervention rapide des secours, Paul était décédé.

Un an et demi plus tard, en Novembre, il y avait eu procès. La culpabilité des accompagnateurs avait été minimisée, les gamins ayant rusé afin d’échapper à leur vigilance.

Au procès, les parents effondrés avaient juré de venger leur fils. C’était il y a dix ans,

Quand Chauguise accompagné de Julien et d’une escouade de gendarmes ont fait irruption dans la petite maison de briques rouges, Madame et Monsieur Piquelon les attendaient, assis à leur table de bois marquée par les longues années de service. Sur la cheminée, une photo jaunie d’un gamin souriant en tenue de scout.

- On vous attendait, ont-ils simplement dit. Il y a trois jours, « il » aurait eu vingt-quatre ans.





Le très joli calvaire du Tréport .

Daguerréotype : Andiamo.

*Les premières deux-chevaux ne comportaient pas de jauge au tableau de bord. Afin de connaître la quantité d’essence restant dans le réservoir, ce dernier était muni d’une jauge graduée en fibre, de couleur marron.

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